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Des spécialistes se penchent sur le cannabis pour traiter la sclérose en plaques

Pot de cannabis versé sur une table en bois

La Société canadienne de la sclérose en plaques s'interroge sur les effets que le cannabis pourrait avoir sur les douleurs des malades.

Photo : iStock

La Presse canadienne
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Nombreux sont ceux qui chantent les louanges des vertus thérapeutiques du cannabis, mais qu'en est-il de sa véritable efficacité à traiter la douleur? La question est d'autant plus délicate lorsque l'on veut traiter une maladie neurologique comme la sclérose en plaques; voilà pourquoi l'enjeu est au cœur d'un sommet québécois tenu samedi à Boucherville.

La Société canadienne de la sclérose en plaques (SCSP) rassemble environ 600 personnes pour son sommet bisannuel qui vise à faire le point sur les plus récentes avancées de la science concernant la maladie.

Cette année, il est difficile de faire abstraction du débat entourant le cannabis, alors les organisateurs abordent la question de front avec des conférences intitulées : « Cannabinoïdes et mécanismes endogènes dans le développement et le traitement de la douleur » et « Les personnes atteintes de SP devraient-elles se ruer vers le cannabis? Peut-être pas... »

Le directeur général de la division du Québec de la SCSP, Louis Adam, reconnaît que des personnes atteintes de la maladie se tournent vers le cannabis, médicinal ou non, et que certains prétendent en tirer un apaisement de leurs douleurs.

Cannabis et douleurs neuropathiques

La SCSP vient d'ailleurs tout juste d'annoncer, le 21 mars, un investissement de 1,5 million de dollars pour permettre aux Instituts de recherche en santé du Canada d'étudier « le recours au cannabis dans la prise en charge des symptômes associés à la SP et sur les effets que ce produit pourrait avoir sur cette maladie ».

« On ne dit pas que le cannabis est un traitement pour les personnes atteintes. On va plutôt s'investir en recherche pour essayer de mieux comprendre les effets du cannabis sur les douleurs neuropathiques », précise Louis Adam.

Dans le communiqué annonçant la nouvelle, la présidente et cheffe de la direction de la SCSP, la Dre Pamela Valentine, soutient qu'il s'agit d'une première étude du genre, et que le cannabis demeure une substance peu connue du point de vue scientifique.

Le Dr Alexandre Prat, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la sclérose en plaques, confirme qu'il n'existe pas de preuves d'un effet « ni positif ni négatif du cannabis » sur le processus de la maladie.

Images du cerveau d'un patient atteint de sclérose en plaquesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Images du cerveau d'un patient atteint de sclérose en plaques

Photo : iStock

Selon le neurologue du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), on admet tout de même un certain apaisement des symptômes de spasticité que vivent les patients. C'est-à-dire une rigidité musculaire, une contraction spontanée et incontrôlée des muscles, qui survient chez les personnes atteintes de sclérose en plaques.

« On sait que le cannabis a un effet sur la spasticité, mais ça n'a pas d'effet en soi sur la progression de la maladie, le développement de la maladie ou le nombre de poussées dans une année », précise le Dr Prat.

En pleine effervescence

La grande majorité des quelque 600 participants au sommet sont des personnes atteintes de la maladie ou des proches, selon Louis Adam. Ceux-ci veulent se tenir bien informés des dernières avancées scientifiques.

« Les conférences sont vulgarisées pour faire en sorte que les gens comprennent bien où on en est rendu en recherche sur la sclérose en plaques dans le monde actuellement », mentionne-t-il.

Selon le directeur général de la division québécoise de la SCSP, la recherche est en pleine effervescence.

Ce constat est corroboré par le Dr Prat, dont la conférence offrait un tour d'horizon de la recherche au Québec et au Canada.

« À ma surprise, cela m'a permis de démontrer que le Canada est probablement l'un des pays les plus actifs dans la recherche en sclérose en plaques en ce moment, affirme-t-il. Quand j'ai commencé, il y a un peu moins de 20 ans, il n'y avait pas de traitement pour la maladie. Maintenant, on est rendu à 14 traitements qui ciblent différentes phases et différents aspects de la maladie. »

Ces traitements permettent de diminuer le nombre de poussées et l'intensité des poussées dont souffrent les patients, et, du même coup, de retarder la progression de la maladie.

« On s'aperçoit que les patients qu'on a commencé à traiter il y a 20 ans progressent beaucoup moins vite que les patients qu'on n'a pas traités ou qui ont refusé d'être traités », rapporte le neurologue qui voit bien moins de patients lourdement handicapés qu'auparavant.

Toutes les avancées scientifiques réalisées depuis 40 ans ont permis de « modifier l'histoire naturelle de la maladie », souligne le Dr Prat.

L'objectif des chercheurs consiste maintenant à comprendre la forme progressive de la maladie sur les plans biologique, clinique et radiologique, pour pouvoir agir sur ces phénomènes et éviter que les patients voient leur maladie passer à cette forme.

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