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analyse

Laïcité : manipuler avec soin

Des personnes portent des pancartes sur lesquelles est écrit : « Mon Québec favorise la diversité » et «The secret is in the mix », cette dernière accompagnée de dessins représentant une croix de David, un croissant et une étoile, ainsi qu'un crucifix.

Le projet de loi 21 a poussé des parents et des élèves à manifester leur opposition devant une école secondaire de Westmount.

Photo : Radio-Canada

Sébastien Bovet

La semaine qui s'achève démontre avec éloquence les dangers qui nous guettent dans le débat sur la laïcité. Ces risques sont pourtant connus, le Québec a joué dans le film de la commission Bouchard-Taylor et de la charte des valeurs. Il n'en demeure pas moins que la fin de semaine commence au son de mots comme « nettoyage ethnique » et « racisme ». La laïcité doit être manipulée avec soin, nos élus devraient se le dire et se le répéter.

C’est comme si François Legault avait pressenti la glissade verbale de la semaine. Dans son intervention formatée de dimanche, il pesait chacun de ses mots comme si le danger le guettait à chaque virgule.

Sa vice-première ministre, Geneviève Guilbault, n’a pas eu la même prudence. Elle est tombée dans le piège en disant qu’on devrait appeler la police pour faire appliquer la future loi sur la laïcité.

Elle a vite été corrigée par le premier ministre.

Le chef libéral par intérim, Pierre Arcand, pourtant reconnu pour son ton apaisant – monotone, diront d’autres – s’est demandé à voix haute, en pleine Chambre, si François Legault était digne d’occuper ses fonctions de premier ministre.

Le prix de l’enflure verbale revient toutefois au maire de Hampstead, sur l’île de Montréal, William Steinberg. Il a accusé le projet de loi d’être « raciste » et de vouloir faire du « nettoyage ethnique ».

Il a admis à des collègues journalistes vouloir attirer l’attention en utilisant des mots aussi lourds de sens.

Le rôle des élus...

On ne serait pas surpris d'entendre un groupe radical tenir de tels propos. Mais un élu? Dans ce débat émotif sur la laïcité, un débat qui fait appel à nos valeurs, les mots comptent.

Qu’ils soient pour ou contre le projet de loi, nos élus devraient essayer d’attirer l’attention par leurs arguments, plutôt que par des phrases-chocs pour passer au bulletin de nouvelles.

En politique, convaincre passe avant détruire.

... et celui du gouvernement

Le gouvernement a évidemment lui aussi un rôle à jouer dans le ton du débat. Il essaie par tous les moyens d’éviter les faux pas. Jusqu’à maintenant, son discours s’adresse surtout à la majorité : « Les Québécois en ont assez de ce débat », « Il faut passer à autre chose », « Nous voulons faire adopter le projet de loi rapidement ».

Quand il parle à ceux qui seront touchés par l’interdiction, c’est pour dire qu’« il y a d’autres emplois disponibles ».

Un peu plus de sensibilité ne ferait peut-être pas de tort et permettrait (peut-être) d’apaiser le débat.

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