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Le tabou des compressions budgétaires

Un élève en classe.

Les secteurs de la santé et de l'éducation se préparent à de possibles réductions budgétaires après les élections albertaines du 16 avril.

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Déficit, emploi et économie sont mentionnés par tous les politiciens en campagne électorale en Alberta. Il faut dire que la dette a presque quintuplé depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement néo-démocrate. Malgré cela, vous aurez bien du mal à entendre parler un politicien de restrictions budgétaires. Ces mots sont devenus presque tabous en Alberta.

Pour l’économiste de l’Université de Calgary Jack Mintz, tous les partis devraient pourtant s’intéresser de plus près aux dépenses de la province.

L’Alberta est une des provinces les plus dépensières par habitant. Et pourtant, quand on regarder l’état du système de santé, la qualité est plutôt médiocre, affirme ce chercheur de l’École de politiques publiques de l’Université de Calgary. La province n’atteint pas ces cibles de temps d'attente, que ce soit pour les opérations chirurgicales de la cataracte ou de remplacement d’articulation.

L’épineuse question de la santé

Réduire les dépenses en santé est cependant une bataille que de nombreux politiciens ont déjà menée et perdue par le passé. Les 20,5 milliards de dollars de dépenses annuelles représentent encore plus de 40 % du budget annuel.

Aucun des partis ne propose non plus une révolution en profondeur. Seul le Parti conservateur uni ne garantit pas que l’augmentation des dépenses corresponde à l’augmentation de la population et de l’inflation. L’organisation politique de Jason Kenney suggère aussi une privatisation des services de laboratoire et de laverie des hôpitaux.

Un homme avec des lunettes rondes sourit devant une salle de nouvelles. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jack Mintz est économiste à l'Université de Calgary et spécialiste en fiscalité.

Photo : Radio-Canada

Jack Mintz croit qu’on pourrait aller plus loin, notamment en étudiant les compressions budgétaires en cours en Ontario. Une plus grande compétition pourrait aussi être mise en place entre les services privés pour effectuer des opérations chirurgicales de la cataracte et de la hanche.

Il avoue toutefois que, politiquement, la suggestion est suicidaire.

Il n’y a pas de volonté politique.

Une citation de : Jack Mintz, École de politiques publiques de l'Université de Calgary

Le traumatisme Klein

Pour en comprendre la raison, il faut retourner aux années 1990. Le premier ministre de l’époque, Ralph Klein, a réussi à éliminer la dette de la province, mais à grand renfort de réductions draconiennes dans les services publics. Même les secteurs de la santé et de l’éducation, souvent protégés, ont vécu des coupes sombres.

Un bâtiment s'effondre au milieu de la poussière générée par l'explosion. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La démolition de l'Hôpital général de Calgary est venue à symboliser l'ampleur des compressions budgétaires effectuées par Ralph Klein.

Photo : Radio-Canada

Vingt ans plus tard, le spectre de ces compressions plane encore. Les infirmières qui ont vécu les années 1990 et 2000 sont très inquiètes. Elles ne veulent pas voir se répéter ce qu’il s’est passé sur leur lieu de travail et dans leurs familles, indique Heather Smith, la présidente du syndicat des infirmières unies de l’Alberta.

Nous ne voulons pas de ce type de carnage : des pertes d’emplois et le sacrifice de toute une génération d’infirmières.

Une citation de : Heather Smith, présidente du syndicat des infirmières unies de l'Alberta

Les syndicats mettent leur pied à terre

Son syndicat est catégorique : il n’y a aucune place pour des économies auprès des employés de première ligne. Nous avons déjà atteint nos limites en termes de réponse aux besoins de la population, affirme Heather Smith.

Une femme aux cheveux longs et à lunettes est assise sur un canapé. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Heather Smith est présidente des infirmières unies de l'Alberta.

Photo : Radio-Canada

Elle doute même qu’il y ait des économies à faire du côté de l’administration. Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, les services de santé de l’Alberta consacrent la plus petite part de leur budget (Nouvelle fenêtre) aux frais administratifs de tout le Canada.

L’autre grosse dépense albertaine, l’éducation, fait face au même ton catégorique des syndicats. Les salles de classe sont de plus en plus importantes, et les besoins des élèves sont de plus en plus complexes, selon le coordonnateur au syndicat des enseignants de l’Alberta, Robert Mazotta.

Il faut avoir l'argent pour les élèves qui s'en viennent en Alberta. Si on projette d'avoir 15 000 élèves de plus chaque année, il faut mettre [l’argent] dans les salles de classe et avoir plus d’enseignants, affirme M. Mazotta, qui s’oppose ainsi à un gel des dépenses.

Un homme en complet se tient devant des rayonnages de livres et parle à un homme que l'on voit de dos. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Robert Mazotta du syndicat des enseignants de l'Alberta

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Prêts à contre-attaquer

Ces affirmations ne sont pas que des plaintes dans le vide. Le syndicat des employés de la fonction publique provinciale (AUPE) promet de ne pas se faire surprendre comme au temps de Ralph Klein.

Ses finances sont au beau fixe au cas où des grèves seraient nécessaires.

Nous sommes beaucoup mieux préparés cette fois-ci. [Nos membres] sont-ils effrayés? Un peu, mais je leur ai dit d’être préparés, pas effrayés, affirme le président de l’AUPE, Guy Smith.

Notre dossier sur les élections provinciales 2019 en Alberta

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