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Que font les partis politiques de vos données personnelles?

Une femme se tient devant un écran d'ordinateur alors que le logo du réseau social Facebook se réflète dans son œil.

La gestion que fait Facebook des données privées de ses utilisateurs a aussi été remise en question.

Photo : Getty Images / Josh Edelson

Radio-Canada

Avec un nom de famille, quelques mentions « J'aime » sur Facebook et une position géographique, les partis politiques canadiens sont en mesure d'en savoir beaucoup sur les électeurs qu'ils tentent d'influencer. À quel point? Impossible de le savoir précisément, et c'est justement ce qui inquiète le Commissariat à la protection de la vie privée et Élections Canada.

Un texte de Mathieu Gohier, de l'émission Les coulisses du pouvoir

En publiant cette semaine un guide de bonnes pratiques, les deux organismes fédéraux ont uni leurs forces. Ils exhortent les partis politiques à être plus transparents quant aux renseignements personnels qu'ils colligent, à six mois des prochaines élections.

C'est sûr que je suis déçu que la prochaine élection va se dérouler sans loi contraignante en matière de protection de la vie privée.

Daniel Therrien, commissaire à la protection de la vie privée

C'est que, même si la question peut sembler abstraite à première vue, elle est cruciale, selon le directeur général des élections.

« Les partis politiques ont de nos jours beaucoup de données sur les Canadiens. C'est le nerf de la guerre en politique maintenant. Ça se fait à partir de données, et c'est important que les partis puissent avoir ça. Mais en même temps, ils doivent rassurer les Canadiens sur l'utilisation qu'ils font de ces renseignements personnels », estime Stéphane Perrault, lors d'un entretien dans les bureaux d'Élections Canada.

Le directeur général des élections, Stéphane PerraultAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le directeur général des élections Stéphane Perrault

Photo : Radio-Canada

Exemples de recommandations aux partis politiques :

- publier une déclaration indiquant les types de renseignements personnels recueillis et le moyen utilisé pour les recueillir;

- publier une déclaration indiquant comment le parti protège les renseignements personnels qu'il détient;

- publier une déclaration indiquant comment le parti utilise les renseignements personnels qu’il détient, et dans quelles circonstances ces renseignements personnels peuvent être vendus à une autre personne ou à une autre entité.


Source : Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (Nouvelle fenêtre)

À quelques étages de là, dans le même édifice, le commissaire à la protection de la vie privée a une vue imprenable sur le centre-ville de Gatineau et la rivière des Outaouais. Daniel Therrien aimerait bien avoir un portrait aussi détaillé des banques de données des partis politiques.

« Les partis, présentement, n'ont pas d'obligation juridique de donner accès aux citoyens pour ce qui est des renseignements personnels qu'ils détiennent à leur sujet », souligne-t-il.

Inquiet, le commissaire a encore en mémoire le scandale Cambridge Analytica : les données personnelles de millions d'utilisateurs de Facebook ont été utilisées pour bâtir un programme permettant d'influencer le choix des Américains lors de la dernière élection présidentielle.

« Je ne dis pas que ça se produit au Canada, mais il n'y a pas de raison de croire que ça ne se produit pas au Canada non plus », laisse-t-il tomber.

Le commissaire à la vie privée Daniel TherrienAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le commissaire à la vie privée Daniel Therrien

Photo : Radio-Canada

Une loi qui n'irait pas assez loin

Si ces recommandations ne sont pas contraignantes, c'est que la loi électorale canadienne, réformée l'an dernier par le gouvernement Trudeau, ne force pas les partis à se soumettre à une quelconque forme de surveillance, et ce, malgré les demandes répétées d'Élections Canada et du Commissariat à la protection de la vie privée.

Les partis ont beau s'être dotés de politiques internes sur la gestion des données personnelles, Stéphane Perrault doute de leur efficacité.

« On peut aller sur les sites web des partis politiques, elles sont d’une qualité – si on veut – variable, dit-il. Sur certains points, certains partis sont meilleurs que d’autres, mais il n'y a pas un parti qui est nettement supérieur aux autres. »

En l'absence d'un mécanisme de surveillance de ces bases de données, Daniel Therrien encourage les électeurs à poser des questions aux partis.

« La première que je recommanderais aux citoyens, c’est de demander aux partis : Quels renseignements avez-vous à mon sujet? Comment les avez-vous obtenus? À quelle fin les utilisez-vous? », résume-t-il.

Une femme aux cheveux châtains portant des lunettes mi-jaunes, mi-noires, est debout et répond à une question.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La ministre fédérale des Institutions démocratiques, Karina Gould, lors de la période des questions le 31 mai 2017

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Pas de changement à court terme

La ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, dit recevoir favorablement ces nouvelles lignes directrices, mais elle croit qu'il faut encore étudier la question avant d'accorder plus de pouvoir à un chien de garde.

« Les partis politiques sont des organismes différents ici au Canada, et jouent un rôle important d’engager les Canadiens dans l’environnement politique, dans les élections. Et on veut s’assurer qu’ils puissent toujours faire cet engagement, mais en protégeant les données des Canadiens », explique-t-elle.

La question préoccupe de plus en plus les Canadiens, croit pour sa part Jacques Gourde. Ce député conservateur de Lévis–Lotbinière (Québec) est membre du comité parlementaire qui s'est longuement penché sur le cas de Cambridge Analytica et de Facebook.

« Cette situation vient dans la nouvelle réalité aujourd'hui de rejoindre les commettants par les réseaux sociaux. Il y a une inquiétude, on la sent palpable auprès des Canadiens, on la retrouve quand on ouvre notre Facebook et qu'on reçoit de la publicité. De quelle façon on reçoit cette publicité? », demande-t-il.

M. Gourde ne croit toutefois pas que les partis canadiens mettent en danger les renseignements personnels des électeurs.

Si on ne sent pas d'empressement chez les élus à soumettre leur parti à plus de surveillance, Élections Canada et le Commissariat à la protection de la vie privée comptent bien revenir à la charge.

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