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Lethbridge-Ouest, entre résilience économique et crise des opioïdes

À gauche, Shannon Phillips et à droite Karri Flatla, toutes deux en manteau d'hiver.

La néo-démocrate Shannon Phillips et la conservatrice Karri Flatla s'affrontent dans la circonscription de Lethbridge-Ouest.

Photo : Helen Pike

Audrey Neveu

Ville dynamique du sud de l'Alberta, Lethbridge a su mieux résister que le reste de la province à la tempête économique de ces dernières années, mais elle connaît aussi son lot de problèmes, dont le plus criant est la consommation de drogues. Les deux candidates principales de la circonscription de Lethbridge-Ouest sont toutefois en profond désaccord sur les mesures à adopter pour y remédier.

Le soleil plombe, et le vent souffle très fort à Lethbridge. Si, pour certains, cela peut être un inconvénient, pour d’autres, c'est une richesse dont Lethbridge a su tirer profit. Énergie éolienne et solaire, transformation alimentaire et tourisme... L’économie y est beaucoup plus diversifiée que dans d’autres régions de l’Alberta.

« Le sud de l’Alberta a évité les pires conséquences de la chute des prix du pétrole parce que l’économie est plus diversifiée », explique le professeur de sociologie politique à l’Université de Lethbridge Trevor Harrison. « Ça a mieux stabilisé l’économie qu’à Calgary, qui souffre encore. »

La députée néo-démocrate sortante de Lethbridge-Ouest, Shannon Phillips, s'en attribue en partie le crédit.

Shannon Phillips pose devant de nombreuses pancartes électorales, dont un signe crocheté à la main.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Shannon Phillips se dit aussi confiante de remporter la circonscription de Lethbridge-Ouest qu'elle l'était en 2015.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

En entrevue dans son bureau de circonscription, décoré de très nombreuses bannières orange, elle rappelle que le gouvernement Notley a mis sur pied plusieurs mesures qui favorisent la diversification économique, comme le crédit d’impôt sur l’investissement, qui exclut le secteur pétrolier et gazier.

« Nous avons besoin de continuer à diversifier l'économie, et le gouvernement doit continuer de mener ce processus-là », explique celle qui était ministre de l’Environnement. « Nous avons vu les avantages dans notre communauté. »

Shannon Phillips est fière de rappeler que Lethbridge a réussi à attirer la nouvelle usine de l’entreprise de pommes de terre surgelées Cavendish, qui envisageait d’abord de s’établir dans le Dakota du Nord.

Des bâtons dans les roues des entreprises

À quelques rues de là, la candidate du Parti conservateur uni, Karri Flatla, prépare avec soin l’horaire de son porte-à-porte des prochains jours. Sur le perron des maisons, elle dit entendre parler sans cesse des conséquences délétères des politiques du gouvernement néo-démocrate.

Karri Flatla pose pour la caméra devant un mur tapissé d'affiches sur lesquelles il est écrit ''emplois, économie, pipelines''.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La candidate conservatrice Karri Flatla affirme que les citoyens lui parlent surtout d'enjeux économiques lorsqu'elle les rencontre.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Les propriétaires de petites entreprises sont les plus touchés, selon elle.

Ils me disent qu’à cause de toute la bureaucratie, de la hausse du taux d’imposition des entreprises et de la hausse trop rapide du salaire minimum, leurs marges de profit sont trop petites. Ils me demandent pourquoi ils travaillent 100 heures par semaine? Ils ne font qu'essayer de survivre plutôt que de faire grandir leur entreprise.

Karri Flatla, candidate du Parti conservateur uni dans la circonscription de Lethbridge-Ouest

Shannon Phillips se défend d’avoir nui aux petites entreprises. « Nous avons baissé les impôts des petites entreprises de 30 % », rappelle-t-elle. En 2017, le taux d’imposition des petites entreprises est passé de 3 à 2 %, grâce aux revenus générés par la taxe sur le carbone.

Le centre de la controverse

Karri Flatla s’inquiète aussi de l’impact négatif de l’ouverture d’un premier centre d'injection supervisée au centre-ville de Lethbridge, l’an dernier. « C’est un échec total », déplore-t-elle.

Dans les rues, les gens qui veulent fermer le centre ne se gênent pas pour le dire. « Je sais que la dépendance est une maladie, mais j’aimerais mieux que ce centre n’existe pas », affirme Kevin Matson, rencontré devant l’hôtel de ville.

Il raconte que quelques-uns de ses amis entrepreneurs ont vu leur chiffre d’affaires baisser en raison de l’augmentation du taux de criminalité au centre-ville, en plus d’avoir dû embaucher du personnel de sécurité.

Une boîte pour disposer de manière sécuritaire d'aiguilles souillées est installée dans un parc de Lethbridge.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

18 personnes sont mortes d'une surdose de fentanyl en 2017 à Lethbridge, selon la ville.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Un autre passant qui ne souhaitait pas s’identifier mentionne les vols et les entrées par effraction qui sont maintenant chose commune au centre-ville, selon lui. Ces crimes font fuir la clientèle, témoigne pour sa part une femme pendant qu’elle prend une pause cigarette devant son commerce.

La police a augmenté sa présence au centre-ville, mais la solution serait plutôt de déplacer le centre, selon Karri Flatla. « Il n’y a pas eu assez de consultation sur son emplacement », déplore-t-elle. « La réduction des méfaits seule ne fonctionne pas en ce moment à Lethbridge », affirme-t-elle, ajoutant qu'il faut aussi de la prévention.

Plusieurs voitures sont stationnées devant des commerces un peu anciens d'une rue principale de Lethbridge.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Plusieurs commerçants affirment que les citoyens sont moins nombreux à fréquenter le centre-ville depuis l'ouverture du centre d'injection supervisé de Lethbridge.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

La néo-démocrate Shannon Phillips défend quant à elle le bien-fondé du centre d'injection supervisée, qui a sauvé des centaines de vies depuis son ouverture.

Un duel important

Ces opinions diamétralement opposées reflètent bien la bataille politique qui se déroule en ce moment à Lethbridge. Le Parti conservateur uni espère reprendre le siège de Shannon Phillips qui, en tant que ministre de l’Environnement, était l’un des piliers du gouvernement de Rachel Notley.

Karri Flatla croit fermement en ses chances, car la population de Lethbrige-Ouest est plus conservatrice que le NPD ne veut le faire croire, dit-elle.

Karri Flatla et son assistant établissent un horaire, assis à un bureau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La candidate conservatrice de Lethbridge-Ouest Karri Flatla doit planifier minutieusement son porte-à-porte.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Trevor Harrison croit que la bataille sera difficile pour Shannon Phillips, mais qu’elle a des chances de l’emporter. « Le sud de l’Alberta a tendance à être très conservateur, pas tant dans ses politiques, mais dans son identité. Les gens se voient comme conservateurs, même si certaines de leurs valeurs et de leurs croyances ne vont pas dans cette direction », explique-t-il.

Peu importe la solution retenue pour relancer l’économie ou régler la crise des opioïdes, les habitants de Lethbridge-Ouest ont un souhait en commun : voir le coeur de leur ville battre à nouveau au même rythme qu’avant.

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