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Prendre le pouls des parcs nationaux du Québec

Deux hommes observent les oiseaux à l'aube.
Le garde-parc Jean-Marc Vallières et Jean-François Houle réalisent un inventaire d'oiseaux migrateurs à l'aube. Photo: Radio-Canada / Maxime Corneau
Maxime Poiré

L'heure est au bilan de santé dans les parcs nationaux du Québec. Tous les cinq ans, la Sépaq les scrute et les inspecte, leur faisant passer une batterie de tests équivalant à notre propre bilan de santé annuel, ce qui permet ensuite d'intervenir afin de mieux les conserver. Voici comment on procède.

Le parc national de Plaisance s’étend sur une bande de 28 kilomètres carrés le long de la rivière des Outaouais. Il est composé aux deux tiers de milieux humides et de marais, mais aussi de terre ferme et de forêts.

Une vue aérienne du parc et de ses cours d'eau.Le parc national de Plaisance, en Outaouais Photo : Radio-Canada

C’est un endroit de prédilection pour les oiseaux migrateurs. La faune et la flore y sont exceptionnelles. Pas surprenant que des dizaines de milliers de visiteurs s’y rendent chaque année.

« Le parc, c'est la paix. C'est aussi la tranquillité, mais c'est aussi toute la nature qui nous entoure », dit Jean-Marc Purenne, un des membres fondateurs du groupe Les amis du parc national de Plaisance.

M. Purenne parcourt les sentiers du parc national de Plaisance depuis une quinzaine d’années. Le parc est son refuge.

Un homme contemple la nature en faisant du vélo.Jean-Marc Purenne à vélo au parc national de Plaisance. Photo : Radio-Canada

Ça m'amène, disons, à rester en forme et à voir la vie d'une façon agréable. Tout simplement parce que je suis continuellement entouré de beauté.

Jean-Marc Purenne, membre fondateur, Les amis du parc national de Plaisance

Comment savoir si un parc est en santé?

Pour connaître et assurer la santé d’un parc, on doit faire régulièrement un bilan. Lors de notre passage, Jean-François Houle, responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national de Plaisance, réalisait un inventaire des oiseaux migrateurs.

Il s’agit de l’un des nombreux indicateurs qui permettent de surveiller la santé du parc, explique M. Houle.

L'idée, c'est de voir s'il y a des changements, s’il y a des drapeaux qui se lèvent avec le temps au niveau des populations. Sur le coup, ça ne nous dit pas grand-chose, mais c'est avec le temps […] qu’on peut voir en profondeur ce qui se passe.

Jean-François Houle, responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national de Plaisance

Mais pour savoir ce qui se passe sur leurs territoires, les responsables des 27 parcs nationaux du Québec doivent faire plus qu’un inventaire d’oiseaux. Par exemple, ils vérifient la qualité de l’eau et de l’air, la diversité des écosystèmes et l’interaction entre les humains et la nature. Ils définissent ensuite des priorités de conservation.

À Plaisance, l’un des principaux défis sera la survie de la forêt.

Des prédateurs voraces mettent les arbres en péril

L’agrile du frêne, un insecte ravageur, fait le bonheur des pics-bois, mais met en péril 25 % des arbres du parc national de Plaisance.

Un pic-bois se tient sur un arbre.Un pic chevelu se régale des larves d'agrile. Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Cet ennemi minuscule dévore les frênes, sous l’écorce, sans que les visiteurs s’en rendent compte.

Un asticot blanc est sur l'écorce d'un arbre.L'agrile du frêne fait des ravages. Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Le professeur François Lorenzetti et son groupe de chercheurs de l’Institut des sciences de la forêt tempérée s’intéressent à cet insecte. Selon lui, les relevés qu’il a effectués au parc l’année dernière disaient vrai. « Ça va vite! »

Aujourd'hui, on a confirmé hors de tout doute que l'insecte est bien là. Il est bien actif. Sur plusieurs arbres, on retrouve des larves. Cette forêt risque de mourir totalement d'ici un an ou deux.

François Lorenzetti, professeur, département des sciences naturelles, Université du Québec en Outaouais

Au parc national de Plaisance, il y a des castors partout. On y retrouve la plus forte concentration de colonies de castors au Québec en territoire inexploité.

Un castor gruge un morceau de bois dans l'eau.Les castors se comptent par centaines. Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Sur ce petit territoire, on dénombre au moins 500 castors qui vivent dans plus de 100 huttes actives. Et ce n’est pas sans conséquence.

On voit des chênes se faire abattre, des pins blancs et des érables à sucre. On assiste à une espèce d'abattage anarchique de notre forêt. Alors ça nous inquiète. On doit intervenir à ce moment-là.

Jean-François Houle, responsable du service de la conservation et de l’éducation, parc national de Plaisance

Parmi les solutions, le parc a choisi de protéger certains arbres rares comme les micocouliers.

« On pense qu'ils [les micocouliers] sont en danger parce qu’en surpopulation les castors grugent tout. On a plusieurs centaines d'arbres grillagés un peu partout au parc. On ne peut pas tout grillager, mais on choisit nos petits “spots” qu'on veut préserver des dents des castors », explique Jean-François Houle.

On aura beau protéger quelques centaines d’arbres, à terme, la perte des populations de frênes, ravagées par l’agrile et les castors, posera un sérieux problème.

« C'est inquiétant pour l'intégrité écologique du parc. Donc, il faut agir pour essayer de boucher le trou que cette essence-là [le frêne] occupe dans le réseau écologique naturel du parc », indique pour sa part le professeur François Lorenzetti.

Un marais dans le parc.Le parc est composé aux deux tiers de milieux humides. Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Les arbres qui disparaissent créent des trous dans la canopée et laissent entrer la lumière jusque dans les milieux humides. Cela permet alors à des plantes exotiques envahissantes de croître et de se disperser partout à l’intérieur du parc.

Des voisins à la rescousse du parc

Une plante exotique a déjà fait son apparition à Plaisance et les autorités du parc craignent une percée majeure.

Les roseaux communs (phragmite) sont entrés dans le parc national en provenance des ruisseaux et des fossés qui bordent les routes en périphérie. Le danger, c’est que les roseaux s’installent dans les milieux humides et créent des massifs infranchissables.

« Ils prennent toute la place. En plus, cette plante a la propriété d'assécher les milieux humides. Donc, c'est toute la biodiversité de ce territoire qui disparaît », raconte Jean-François Houle.

La lutte contre cet envahisseur s’annonce difficile, mais elle n’est pas perdue d’avance.

Quand on est dans un parc comme le parc national de Plaisance, vraiment au cœur des zones urbaines et agricoles, les problématiques souvent arrivent de l'extérieur. [...] Donc, on n'a pas le choix d'aller voir nos voisins.

Jean-François Houle, responsable du service de la conservation et de l’éducation, parc national de Plaisance

L’appel du parc a été entendu. La municipalité du canton de Lochaber a pris le taureau par les cornes. En collaboration avec le ministère des Transports du Québec, elle s’attaque aux îlots de roseaux le long des routes en périphérie du parc.

« On sait que le parc de Plaisance a un attrait touristique. C'est très important d'avoir son paysage. C'est une qualité de vie qui est apportée à notre région », explique Corine Dubois, la directrice adjointe du canton de Lochaber, qui ajoute qu'il est important de protéger non seulement le parc, mais aussi les environs contre les roseaux.

Le cas de Plaisance n’est vraiment pas unique. Pour bien des parcs nationaux du Québec, les principales menaces à la santé des écosystèmes viennent aussi de la périphérie.

Une vue aérienne montre une route qui longe un marais du parc.Le parc national de Plaisance est bordé par la route 148. Photo : Radio-Canada

Les activités humaines autour de ces territoires sont devenues un enjeu majeur de conservation de la biodiversité, sur lequel les responsables des parcs ont souvent peu d’emprise.

Le reportage de Maxime Poiré et Maxime Corneau a été diffusé à La semaine verte, à ICI Radio-Canada Télé.

Un bilan tout de même positif

Mais reste qu’au parc national de Plaisance tout est loin d’aller mal. Le mariage entre visiteurs et protection du milieu naturel fonctionne bien.

Aussi, les principaux indicateurs fauniques sont stables ou en croissance. On y retrouve près de 260 espèces d’oiseaux. Même la grue du Canada y effectue un retour.

Des oiseaux volent dans le soleil levant.Un volier de bernaches du Canada au petit matin Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

La tortue serpentine, l’emblème officiel du parc, est toujours au rendez-vous. On peut l’observer en grand nombre en juin au moment de la ponte.

Il s’agit donc de bonnes nouvelles, mais il demeure des défis qui nécessitent de réfléchir et de passer à l’action.

« Il y a de l'espoir pour le parc. Puis, en fin de compte, c'est de tout simplement sensibiliser le plus possible les gens aux réalités qui les entourent. Puis, à partir de là, ils vont agir », croit Jean-Marc Purenne.

On doit avoir une attitude peut-être un petit peu zen, je dirais. Travailler correctement. Comprendre les impacts et essayer de ne pas répéter les erreurs du passé et puis essayer de passer à travers la tempête.

François Lorenzetti, professeur, département des sciences naturelles, Université du Québec en Outaouais

« Le parc national de Plaisance est en santé. Il va bien. On sent une santé importante dans sa périphérie aussi, par l'implication du milieu autour de nous. Ça augure bien. On est super encouragés. Je pense que le parc est entre de bonnes mains », estime Jean-François Houle.

Protection des écosystèmes

Environnement