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Porter secours aux Broncos : quand le hasard mène sur les lieux d’une tragédie

Marisa et Nicolas sur les lignes de côté du terrain de football du Stade Mosaic, à Regina
Marisa et Nicolas Ferré lors du match spécial des Roughriders de la Saskatchewan à la mémoire de l'équipe des Broncos de Humboldt, le 30 juin 2018. Photo: photo soumise par Marisa Ferré
Marie-Christine Bouillon

Être au bon endroit, au bon moment, le 6 avril 2018. Marisa et Nicolas Ferré habitent à Zenon Park, un village situé à une vingtaine de kilomètres à l'est de l'intersection des routes 35 et 335, où, le 6 avril 2018, l'autocar des Broncos de Humboldt a percuté de plein fouet un semi-remorque. Quatorze personnes sont mortes sur le coup. Deux autres personnes sont mortes à l'hôpital dans les jours qui ont suivi. Le couple de trentenaires s'est rendu sur les lieux pour porter secours aux blessés. Ils n'oublieront jamais ce qu'ils ont vu.

C’est la fin de l’après-midi, et Marisa revient d’un rendez-vous chez son médecin dont la clinique est située à Nipawin, un village au nord-ouest de Zenon Park.

Marisa roule vers le sud sur la route 35. Il est environ 17 heures. Elle dit « environ », parce que le temps, le 6 avril 2018, demeure un peu flou dans sa mémoire.

Sur une carte, le chemin entre Nipawin et Zenon Park.Le chemin que Marisa Ferré empruntait le 6 avril 2018 entre Nipawin et Zenon Park. L'accident entre l'autocar des Broncos de Humboldt et un semi-remorque est survenu à l'intersection des routes 35 et 335. Photo : Google Maps

L’intersection des routes 35 et 335 est connue des gens des communautés avoisinantes comme étant un point de rencontre souvent utilisé pour le covoiturage. Lorsque Marisa remarque plusieurs voitures stationnées à cet endroit, elle n’y voit rien d’anormal.

« De loin, ça ressemblait à ça. Il y avait plein de véhicules. [...] Je n’étais pas certaine que c’était un accident parce qu’il n’y avait pas de police ni de pompiers, pas de services d’urgence. Mais une fois que je suis arrivée plus proche, je voyais que c’était certainement un accident », raconte-t-elle.

Elle se range en bordure de la route, tout comme plusieurs autres automobilistes. Puis, elle sort de sa voiture.

À ce point-là, j’ai vu une des victimes. Il y avait quelqu’un qui était avec elle et je lui ai demandé ce que je pouvais faire pour aider et le monsieur m’a dit : "N’importe quoi, ça va aider" .

Marisa Ferré

Appel d’urgence

Nicolas est pompier volontaire à la Municipalité de Zenon Park. Lorsque sa conjointe l’appelle et lui décrit la scène de l’accident, il comprend la gravité de la situation. Le chef des pompiers de Zenon Park étant en congé, il joint l’un des capitaines. Il téléphone à la centrale responsable de relayer les urgences afin d’offrir leur aide. Il recevra l’appel officiel une quinzaine de minutes plus tard.

Il se rend à la caserne, enfile son équipement et s’installe dans le camion de pompiers.

« On était un peu sous le choc parce qu’on était juste deux dans le camion. Et puis, on s’est demandé si on devait attendre encore quelques minutes », dit-il.

Quatre pompiers se trouvent dans le véhicule lorsqu’ils le stationnent près des routes 35 et 335.

« Il y avait des ambulances qui partaient dans toutes les directions. Il y avait de la police qui était sur le chemin pour arrêter le trafic, il y avait plein de voitures d’urgence. Je n’ai jamais vu autant de voitures d’urgence dans ma vie. Il y avait des ambulances de Melfort, les pompiers de Tisdale étaient là, de Nipawin, la GRC de Nipawin, de Tisdale, de Melfort, de Carrot River était là. Il y avait même les [agents de conservation de la faune ] qui étaient sur la scène, alors il y avait beaucoup de gens. Mais c’était très organisé, vraiment. Ce n’était pas une grosse panique, mais tout le monde faisait sa job », relate-t-il.

Des fleurs, des lettres et des objets bordent des croix où sont inscrits les noms des victimes. Au centre, sur une grande croix, on peut lire « Humboldt Strong ». Un an après l'accident, des fleurs et des objets sont encore installés sur le site à la mémoire des victimes des Broncos de Humboldt, au croisement des routes 35 et 335. Photo : Radio-Canada / Chantal Hamon

Être ensemble

Comme Nicolas et Marisa se sont retrouvés tous les deux sur les lieux de l’accident, ils ont pu s’épauler et se soutenir dans les mois qui ont suivi l'accident, ce qui leur a été précieux.

« On pouvait se parler, on pouvait se soutenir, c’était plus facile de traverser ça ensemble comme couple. J’ai des amis qui étaient sur la scène, qui ne voulaient pas parler avec leur conjointe de ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils ressentaient, premièrement parce que c’est dur à expliquer et, aussi, parce qu'ils ne voulaient pas les inquiéter, confie Nicolas. Ce n’était pas une situation facile à voir et en n’ayant pas été là, je ne sais pas si on peut [...] comprendre la scène. »

Le trentenaire sait que plusieurs premiers répondants « souffrent toujours » à la suite de ce qu’ils ont vu ce soir-là.

 Dans notre département, tout le monde est assez bien, mais notre vie est changée pour toujours. 

Nicolas Ferré, pompier volontaire

Malgré cela, les pensées de Marisa et de Nicolas sont tournées vers les parents et les proches des victimes. La jeune femme souligne que cette tragédie a aussi mis en lumière la générosité et l’empathie de gens partout au pays, qui ont envoyé des couvertures, des dons, des lettres et des cartes disant « On pense à vous. »

D'après une entrevue de Chantal Hamon

Accident de la route

Société