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Étudier l'alcoolisme chez les singes pour comprendre ses effets sur les adolescents

Des bouteilles de bière vides sur déposées sur une table dans le salon d'un appartement.
La consommation excessive d'alcool à l'adolescence aurait un impact sur le développement du cerveau humain. Photo: iStock
Renaud Manuguerra-Gagné

Une étude faite sur des primates a démontré que l'équivalent de quatre consommations d'alcool par jour sur une période d'un an avait des effets dramatiques sur la croissance du cerveau à l'adolescence. Bien qu'il s'agisse de consommation excessive, cette étude montre les risques de l'alcool sur les cerveaux en développement.

Des études précédemment faites chez des adolescents avaient montré qu’il y avait un lien entre la consommation excessive d’alcool et des changements dans le développement du cerveau.

Toutefois, celles-ci utilisaient des données autorapportées et le cadre légal ambigu de ces consommations ne permettait pas aux chercheurs d’obtenir des données fiables et précises sur les effets de l’alcool sur le développement du cerveau.

Une équipe américaine a cependant réussi à combler ces lacunes en observant ces effets durant l’adolescence chez nos plus proches cousins : les primates.

Les risques que pose la consommation excessive d’alcool et les dangers de développer une dépendance à l'alcool sont largement connus par la population. D’autres problèmes plus sournois, tels que son lien avec le développement de certains cancers, sont de mieux en mieux documentés dans la littérature scientifique.

La consommation d’alcool entraîne des effets particulièrement dramatiques sur le cerveau, surtout au cours de l’adolescence. Or, cette période est justement celle où l'on commence à être exposé à l’alcool.

Une période critique

Durant l’adolescence, le cerveau traverse plusieurs étapes de transformation qui vont se poursuivre jusqu’à l’âge de 25 ans. Cela s’explique par le fait qu’à la naissance, notre cerveau contient beaucoup plus de neurones que nous n'en avons besoin.

Avec les années, l’ensemble de ces neurones, qu’on appelle la matière grise, sera élagué, c’est-à-dire que les plus activées seront maintenues, tandis que d’autres, obsolètes, seront éliminées.

Cela mène à une diminution du volume de matière grise, tout en augmentant l’efficacité des cellules restantes.

À l’inverse, au cours de la même période, le nombre de connexions entre ces neurones augmente. Les longs filaments qui relient les neurones les uns aux autres, les axones, sont couverts d’une substance graisseuse isolante nommée myéline, qui permet de protéger le signal nerveux qui les traverse.

Dans son ensemble, cette masse se nomme matière blanche, et son volume augmente à partir de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte.

Visualisation d'axones reliant des neurones à l'intérieur du cerveau.Boire trop d'alcool viendrait interférer avec le développement de connexions à l'intérieur du cerveau humain. Photo : iStock

Une interférence importante

Des travaux d'imagerie par résonance magnétique menés chez des adolescents ont montré que ce processus était altéré chez les grands consommateurs d’alcool, et entraînait une diminution plus rapide de la matière grise ainsi qu’une plus faible augmentation de la matière blanche.

La nouvelle étude faite chez une cohorte de 71 singes rhésus a permis de confirmer ces conséquences sur le développement du cerveau. Les conditions contrôlées au cours de cette expérience ont permis d’en évaluer les dégâts avec beaucoup plus de précision.

En ce qui concerne l’augmentation de volume du cerveau, les chercheurs ont d’abord évalué que celui des singes augmentait d’environ 0,54 millilitre chaque année durant l’adolescence.

Cette même croissance diminuait de 0,25 millilitre par année pour chaque gramme d’alcool consommé par kilogramme de masse corporelle. Chez un être humain moyen, ce chiffre équivaut à quatre consommations par jour.

Bien que les chercheurs aient observé qu’il y avait toujours une croissance de la matière blanche chez les animaux faisant partie du groupe des grands buveurs, cette dernière était fortement réduite, passant d’une hausse annuelle de 4,7 % à une hausse de 2,6 %.

De plus, certaines régions du cerveau ayant un rôle important à jouer dans les comportements de dépendance, comme le thalamus, voyaient aussi leur croissance diminuer chez les gros buveurs, passant d’une hausse annuelle de 5 % à 1,8 %.

Ces résultats montrent non seulement l’influence négative de l’alcool sur le développement du cerveau, mais aussi la possibilité qu’il favorise des comportements de dépendance plus tard dans la vie. Les chercheurs doivent maintenant vérifier si cette diminution est responsable de problèmes cognitifs au cours de l’âge adulte.

Bien que l’étude n’ait pas pris en compte les facteurs génétiques ou sociaux liés à la consommation excessive d’alcool, les conclusions des chercheurs sont similaires à celles d’études déjà faites sur des humains ou des souris.

Recherche médicale

Science