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Un collectif d'universitaires s'oppose au projet de loi sur la laïcité

Le philosophe, portant veston et cravate, sourit.

Le philosophe Charles Taylor, l’un des auteurs du rapport de la Commission sur les accommodements raisonnables au Québec (2008), figure parmi les signataires de la lettre ouverte.

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Radio-Canada

Dans une lettre ouverte publiée dans le quotidien Le Devoir, un groupe de 250 chercheurs et professeurs d'université estime que le projet de loi 21 sur la laïcité est contraire aux principes des droits fondamentaux et alimente les préjugés envers les minorités religieuses.

Selon les universitaires qui proviennent principalement de McGill, de l’UQAM et de l’Université de Montréal, les termes du projet de loi 21 contournent la Charte des droits et libertés de la personne, « un socle fondateur « de notre État de droit.

Le projet de loi sur la laïcité, déposé le 28 mars dernier par le ministre québécois de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, prévoit notamment l’interdiction du port de signes religieux pour tous les employés de l’État en position de coercition (juges, policiers, procureurs de l'État) ainsi qu’aux enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public.

Alors que la Charte des droits et libertés de la personne constitue un socle fondateur de l’État de droit, le gouvernement prévoit d’y déroger de manière à l’affaiblir et à porter atteinte à des droits fondamentaux au nom d’une laïcité antireligieuse.

Extrait de la lettre ouverte publiée dans Le Devoir

Les chercheurs et professeurs estiment que la loi que propose le gouvernement Legault renforce en fait les préjugés envers certaines minorités religieuses plutôt que de contribuer à les atténuer.

« Ce projet de loi est basé sur un principe discriminatoire qui est le profilage des individus sur la base de la religion », soutient le collectif d’intellectuels.

Les femmes musulmanes ciblées, disent-ils

Des manifestants sur le trottoir, dont une personne portant une burqa.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des manifestants dénoncent devant une école de Westmount le projet de loi caquiste sur la laïcité de l'État.

Photo : Radio-Canada / Vincent Resseguier

Pour eux, le projet de loi 21 vise spécifiquement, sans les nommer, les femmes musulmanes ainsi que les communautés juives et sikhes qui arborent habituellement les signes religieux les plus visibles.

Des communautés, soulignent les signataires, qui « sont déjà fortement affectées par le racisme et la discrimination ».

Bien que le gouvernement Legault répète que ce projet de loi exprime une volonté claire des Québécois et « qu’il répond à un besoin social », les auteurs de la lettre affirment que, « comme plusieurs chercheurs et chercheuses l’ont montré, la plupart des controverses sociales autour de la laïcité se basent sur des préjugés à l’égard des minorités religieuses ».

Ils ajoutent que la médiatisation à outrance de « certaines affaires présentées, à tort, comme des accommodements raisonnables » a aussi contribué à la mise sur pied de ce projet de loi.

Or, rappellent les signataires, « le gouvernement a la responsabilité de ne pas alimenter ces polémiques, qui ont principalement visé les personnes issues des minorités religieuses, racisées et de l’immigration ».

Loin de toute neutralité, c’est le contraire que fait ce projet : valider les préjugés, profiler des groupes minorisés, alors même que ces groupes sont l’objet de pratiques et de normes discriminatoires tant dans les institutions publiques que sur le marché de l’emploi.

Extrait de la lettre ouverte publiée dans Le Devoir

« Ce projet de loi, comme tous les précédents projets visant à restreindre le port des signes religieux, ne répond à aucun problème concret », peut-on lire dans la lettre.

Une loi fondée sur des préjugés

D’après les 250 chercheurs et professeurs, le principe de laïcité ne peut être utilisé comme « moyen idéologique » dans une société comme la nôtre pour « profiler des individus ou appuyer des préjugés discriminatoires ».

Pour les auteurs de la lettre, le gouvernement Legault, qui assurait vouloir éviter les dérapages dans le débat entourant son projet de loi sur la laïcité, devient lui-même la source d’un dérapage politique qui « rendra acceptables l’atteinte aux droits fondamentaux et la discrimination des groupes déjà minorisés ».

Opposer le bon fonctionnement de l’État et la neutralité des institutions au port de signes religieux conduit à considérer comme suspects les individus et les communautés religieuses.

Extrait de la lettre ouverte publiée dans Le Devoir

Dans un contexte social où les crimes haineux contre les communautés musulmanes et juives « connaissent une hausse sans pareille au Canada », les signataires demandent au gouvernement du Québec d’abandonner le projet de loi 21 au profit de politiques plus inclusives « qui luttent contre la discrimination en emploi et qui favorisent la participation publique des minorités ».

Le philosophe Charles Taylor, qui est l’un des auteurs du rapport de la Commission sur les accommodements raisonnables au Québec (2008), figure parmi les signataires de la lettre.

M. Taylor, qui prônait à l’époque l’interdiction du port de signes religieux pour certains fonctionnaires en autorité, s’est ravisé depuis et s’oppose aujourd’hui à la vision du gouvernement Legault sur la laïcité de l’appareil d’État.

La pédopsychiatre Cécile Rousseau dirige le RAPS.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La pédopsychiatre Cécile Rousseau dirige le RAPS.

Photo : Radio-Canada

Outre M. Taylor, plusieurs figures universitaires reconnues ont apposé leur nom au bas de cette lettre, dont le professeur de philosophie Georges Leroux, la professeure au département se sociologie de l'UQAM Micheline Milot, le professeur de droit à l'Université McGill Daniel Weinstock, le professeur d'histoire et de philosophie à l'Université de Montréal Christian Nadeau, ou encore Cécile Rousseau de l'Université McGill.

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