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Pete Buttigieg, le démocrate dont il faut retenir (et prononcer) le nom

Gros plan de Pete Buttigieg, qui est tout sourire

Pete Buttigieg se taille peu à peu une place parmi les candidats à l'investiture démocrate à surveiller.

Photo : Associated Press / Charles Krupa

Sophie-Hélène Lebeuf

Sorti de nulle part – ou du moins d'une petite ville de l'Indiana dont il est le maire – Pete Buttigieg s'impose comme étoile montante du Parti démocrate. Trentenaire articulé et charismatique, celui qui pourrait devenir le premier président ouvertement homosexuel, mais aussi le plus jeune président jamais élu, a éveillé une ferveur partisane et médiatique quasi spontanée. Portrait.

« Pete comment? » Dans les médias comme sur les réseaux sociaux, la prononciation de son nom inusité laisse pourtant perplexe.

Une particularité sur laquelle joue son équipe de campagne, qui résout le dilemme – Boot-edge-edge – à coups d’articles promotionnels.

Des pancartes à l'effigie de Pete Buttigieg indiquent comment prononcer son nom.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pete Buttigieg se sert de la particularité de son nom dans ses articles promotionnels de campagne.

Photo : Getty Images / Ethan Miller

À South Bend, une ville manufacturière de 100 000 habitants dont il a contribué à la revitalisation, plusieurs de ses concitoyens ont déjà réglé l’épineuse question en l'appelant tout simplement « maire Pete ».

Avec le reste du pays – et du monde –, les présentations restent encore largement à faire.

« On pourrait le qualifier d’overachiever », résume Christophe Cloutier-Roy, chercheur en résidence de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM.

Diplômé de Harvard avec distinction, récipiendaire de la prestigieuse bourse Rhodes de l’Université Oxford, en Angleterre, vétéran d’Afghanistan, le jeune politicien devenu maire à 29 ans joue du piano et parle sept langues, dont le français, l’arabe et le norvégien – qu’il a appris pour lire un auteur qu’il appréciait.

Déjà, en novembre 2016, l’ex-président Barack Obama le désignait parmi les espoirs démocrates de la relève.

Un candidat en plein essor

Pete Buttigieg s’est suffisamment illustré pour émerger dans les sondages, recueillir des millions de dollars en dons, multiplier les apparitions sur les plateaux de télévision et séduire des commentateurs qui rivalisent d’éloges.

Tout cela en à peine 11 semaines, après avoir signalé ses ambitions présidentielles en créant un comité exploratoire, mais avant même d’annoncer officiellement qu’il brigue l’investiture du Parti démocrate, ce qu'il a fait dimanche dans sa ville de South Bend.

« Il semble capable de s’adapter aux auditoires auxquels il parle, son message passe bien, spécifie Christophe Cloutier-Roy. Il connaît bien ses dossiers, il s’exprime bien, sans avoir le ton professoral qu’on pouvait parfois reprocher à Barack Obama. Et tout en ayant le côté très terre à terre d’un maire à la tête d’une petite ville médiane américaine. »

Un homme est photographié en compagnie d'une militante démocrate.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le maire de South Bend, en Indiana, Pete Buttigieg, prend une photo avec une militante démocrate à la suite d’un rassemblement le 8 avril 2019 à Las Vegas, au Nevada.

Photo : Getty Images / Ethan Miller

Dans les intentions de vote, le nouveau venu reste derrière les candidats potentiels ou déclarés les plus connus, soit l’ex-vice-président Joe Biden et le sénateur Bernie Sanders, candidat à l’investiture démocrate de 2016.

Avec quelque 10 % d’appuis, Pete Buttigieg s’est tout de même classé troisième dans les plus récents sondages réalisés en Iowa et au New Hampshire, qui donneront le coup d’envoi à la saison des caucus et des primaires, en février 2020.

Un résultat plus qu’honorable dans une course qui compte presque 20 candidats, dont la grande majorité n’est qu’à l’étape des présentations.

« Quand il a annoncé sa candidature, il avait 0 % des voix », signale M. Cloutier.

« C’est certainement un candidat qui a des raisons d’espérer », estime le politologue. Toutefois, durant ces courses à l’investiture qui s’étirent sur plusieurs mois, les appuis peuvent disparaître comme ils sont venus.

Il pourrait être l’un des grands candidats à surveiller en 2020. Ou il pourrait être une note de bas de page.

Christophe Cloutier-Roy, chercheur de l’Observatoire sur les États-Unis

Donner au pays un nouveau souffle

À 37 ans, Pete Buttigieg est l’un des deux plus jeunes candidats de la course. Non seulement serait-il le premier trentenaire jamais élu à la présidence, mais il serait aussi le premier issu de la génération des millénariaux.

Il est temps que le leadership soit assumé par une nouvelle génération, plaide-t-il.

« Il incarne le renouveau politique, notamment au sein d’un parti dont on souligne souvent le fait que ses élites sont vieillissantes », commente M. Cloutier-Roy.

Prônant une « justice intergénérationnelle », le jeune élu dénonce la vision à court terme des politiciens plus âgés sur des enjeux comme les changements climatiques, l’économie et le contrôle des armes à feu.

Plusieurs – à l’extérieur, comme au sein du parti – jugent présomptueux qu’un jeune maire d’une ville d’à peine 100 000 habitants aspire déjà au plus haut poste électif du pays sans faire davantage ses classes.

L’expérience politique, comme gouverneur ou élu du Congrès, a traditionnellement été un critère à la présidence, rappelle M. Cloutier-Roy.

« Dans les faits, le président actuel des États-Unis n’avait jamais été élu et n’a jamais occupé de fonction militaire. Buttigieg peut déjà cocher ces deux cases », souligne-t-il toutefois.

Un candidat issu d’une région stratégique

Avantage non négligeable, analyse M. Cloutier-Roy, il vient du Midwest, « une région névralgique qui a échappé aux démocrates lors des élections de 2016 ».

Que les bastions démocrates du Wisconsin, du Michigan et l’ouest de la Pennsylvanie se soient tournés vers Donald Trump, Pete Buttigieg dit pouvoir le comprendre.

Nous devons reconnaître qu’une présidence comme celle-ci ne survient pas à moins que quelque chose n’aille vraiment pas.

Pete Buttigieg, en entrevue au réseau NPR

La croissance économique a laissé pour compte de nombreux Américains à faible et moyen revenus, notamment dans le Midwest industriel, a-t-il expliqué au réseau NPR.

En 2016, « le courant traditionnel du Parti démocrate semblait dire : “le système fonctionne bien”. Ce n’était pas convaincant, parce que ce n’est pas vrai », a-t-il déploré.

Pete Buttigieg semble assez proche de la gauche économique, selon Christophe Cloutier-Roy.

Partisan d’un salaire minimum à 15 $ de l'heure et d’un programme d’assurance maladie universelle, il voit le Green New Deal, une proposition de démocrates progressistes pour lutter contre les changements climatiques, comme un « bon début ».

Estimant que la démocratie américaine doit être réparée, il propose notamment d’éliminer le Collège électoral, afin de couronner le candidat ayant récolté le plus de voix, et de modifier le nombre de juges de la Cour suprême tout en limitant la durée de leur mandat.

« C’est quelqu’un de très articulé, qui semble avoir beaucoup réfléchi aux différentes politiques qu’il veut mettre de l’avant, contrairement à Beto O’Rourke, qui est très charismatique, mais qui ne semble pas avoir beaucoup de substance », juge M. Cloutier-Roy

« Comme il est maire, mais qu’il n’a jamais été gouverneur, sénateur ou représentant, il y a beaucoup d’enjeux sur lesquels on ne connaît pas ses positions », note cependant le chercheur.

Pour une gauche religieuse

Sorti du placard en 2015, quelques mois avant sa réélection, Pete Buttigieg s’est marié à l’église trois ans plus tard.

« Il n’y a pas si longtemps, ç'aurait été impensable que quelqu’un d’ouvertement homosexuel puisse briguer la présidence des États-Unis », observe Christophe Cloutier-Roy.

Lui-même croyant, Pete Buttigieg dénonce l’hypocrisie des évangélistes qui critiquent par exemple l’homosexualité, mais ferment les yeux sur les comportements du président Trump.

Celui qui cite souvent la Bible dans ses apparitions publiques déplore que sa formation ait abandonné la discussion sur la religion aux républicains.

Il prône une renaissance de la gauche religieuse, en harmonie avec les principes de son parti, comme l’inclusion et la défense des démunis, a-t-il expliqué au Washington Post.

Un démocrate à surveiller

« J’ai l’impression qu’il est peut-être l’un des candidats à avoir le moins de failles », résume Christophe Cloutier-Roy.

Le fait qu’il ne soit pas très connu est son principal obstacle; en revanche, son inexpérience sur la scène fédérale fait en sorte qu’il n’a pas de « boulet à traîner », note le chercheur.

S’il continue à se démarquer, mais qu'il échoue à remporter l’investiture démocrate, il pourrait être choisi colistier par le gagnant, estime-t-il.

« Peu importe le résultat des primaires, je pense qu’on n’a pas fini d’entendre parler de lui », conclut-il.

Avec les informations de Washington Post, NPR, New York Times, et Pod Save America

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