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La présence du fentanyl en hausse de 24 % dans les opioïdes saisis au Canada

Un homme s'injecte de l'héroïne dans la rue, la nuit.

Depuis cinq ans, Santé Canada observe que la présence du fentanyl a explosé dans différentes drogues de rue.

Photo : Getty Images / The Washington Post

Natasha MacDonald-Dupuis

Selon un nouveau rapport de Santé Canada, les opioïdes saisis par les autorités canadiennes sont de plus en plus puissants. En 2018, de tous les échantillons d'héroïne qui ont été analysés par Santé Canada, 68 % contenaient du fentanyl.

Au total, 43 % des opioïdes saisis étaient du fentanyl, contre 33 % en 2017.

Si l’on ajoute les dérivés de fentanyl, cette proportion monte à 53 % des opioïdes saisis en 2018.

En Ontario, 36 % des opioïdes saisis étaient du fentanyl, contre 28 % en 2017. Au Québec, la proportion de fentanyl est beaucoup plus basse et on observe même une légère diminution, soit de 9 à 8 %.

Ces données sont basées sur 128 270 échantillons fournis par différents corps policiers au Service d’analyse des drogues de Santé Canada (SAD). Le SAD prévient que ces statistiques peuvent donc « ne pas être représentatives des substances qui circulent sur le marché » ou de toutes les substances saisies.

Ces données ne sont pas du tout surprenantes. Depuis mai dernier, 100 % de nos surdoses sont liées au fentanyl.

Raechelle Devereaux, directrice du Centre communautaire de Guelph, qui gère un centre d’injection supervisée

« Les trafiquants utilisent et recherchent constamment des drogues plus concentrées, comme le fentanyl, pour faire des économies », explique Nick Boyce de la Société de prévention des surdoses de Toronto.

Nick Boyce admet que ces statistiques pourraient refléter des efforts de saisies ciblées de la police, mais dit que « c’est tout de même très représentatif de ce qu’on observe dans la rue » et une « conséquence directe » de la criminalisation des drogues au pays.

An OPP officer displays bags containing fentanyl as Ontario Provincial Police host a news conference in Vaughan, Ont., on February 23, 2017. New Brunswick's chief medical officer is warning the public about the presence of furanyl fentanyl in the province. A news release says a toxicology report revealed furanyl fentanyl was found in the system of a person who died recently in northern New Brunswick. THE CANADIAN PRESS/Chris YoungAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En 2018, 68% des échantillons d'héroïne saisies par les autorités et analysées par Santé Canada contenaient du fentanyl.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Hausse de surdoses mortelles

« Dans un sens, ça confirme les tendances qu’on observe en clinique, spécialement en ce qui concerne le mélange entre le fentanyl et les autres substances, qui mène à plus de complications et de morts », explique Maria Zhang, pharmacienne de pratique avancée pour le Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto.

« Ce qui m’inquiète le plus [dans le rapport], c’est que 68 % des échantillons d’héroïne contenaient du fentanyl. C’est une combinaison très dangereuse et un exemple probant du niveau élevé de contamination ».

Un tableau du rapport de Santé Canada, qui montre une augmentation marquée des saisies de fentanyl dans les dernières années.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un tableau du rapport de Santé Canada, qui montre une augmentation marquée des saisies de fentanyl dans les dernière années.

Photo : Radio-Canada / Santé Canada

Ces nouvelles données sont compilées alors que la crise des opioïdes continue de faire des ravages au Canada. En Colombie-Britannique, le Bureau du coroner de la province a récemment révélé qu’il y a eu autant de morts par surdose en 2018 qu’en 2017, soit une moyenne de quatre par jour.

Le mois dernier, 452 surdoses liées aux opioïdes ont été recensées à Toronto. « C’est 100 appels de plus que tout autre mois observé depuis le début de notre collecte de données en août 2017 », explique la médecin hygiéniste en chef de Toronto, la Dre Eileen de Villa.

« Ce rapport reflète ce que nous voyons chaque jour dans notre communauté. La chaîne d’approvisionnement des drogues illicites est extrêmement toxique », explique Wendy Muckle, directrice de l’organisme communautaire Ottawa Inner City Health, qui gère un centre d’injection supervisée.

Il est grand temps de mettre en place un système d’approvisionnement en drogues sécuritaire afin de sauver des vies.

Wendy Muckle, directrice d’Ottawa Inner City Health

La Gendarmerie royale du Canada, la Police provinciale de l’Ontario et la police de Toronto n’ont pas encore répondu à nos demandes d’entrevue au sujet de ce rapport, qui devrait être rendu public sous peu.

Sur une table, deux sacs remplis de poudre sont étiquetés « fentanyl ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des sacs remplis de fentanyl ont été saisis par les agents des douanes américaines.

Photo : Reuters / Joshua Lott

Autres drogues

Le fentanyl et les autres types d’opioïdes sont toutefois loin de représenter la majorité des substances contrôlées soumises pour analyse auprès de Santé Canada.

En 2018, 30 % des drogues saisies au Canada étaient de la marijuana, contre 21 % pour la cocaïne et 20 % pour la méthamphétamine. Le fentanyl arrive quatrième à 6 %.

Les statistiques pour l'Ontario sont comparables aux données nationales.

Au Québec, le fentanyl ne figure même pas parmi les drogues les plus saisies. En 2018, 32 % de ces substances étaient de la marijuana, 23 %, de la méthamphétamine, et 16%, de la cocaïne. C’est la MDMA qui arrive quatrième à 2 %.

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