•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Vaccination obligatoire : le combat d’un père et les réserves d'experts

Un enfant est sur le point de recevoir un vaccin.

De nouveaux cas de rougeole sont rapportés au Canada, où cette maladie avait été éradiquée il y a plus de 20 ans.

Photo : iStock

Christian Noël

L'immunisation des enfants d'âge scolaire devrait être obligatoire au Canada, selon un père de Toronto qui se bat en cour contre son ex-conjointe afin d'obtenir le droit de faire vacciner leurs deux enfants. Mais les spécialistes canadiens consultés sur la question sont plutôt nuancés sur cette approche.

Arnaud Presti estime que la santé publique canadienne devrait prendre exemple sur les mesures de vaccination plus strictes qui sont en place ailleurs dans le monde.

Ce père torontois essaie depuis deux ans de convaincre son ex-conjointe de faire vacciner leurs deux garçons, âgés de 8 et 13 ans, dont ils ont la garde partagée. Mais un arbitre ontarien du droit de la famille a rejeté sa demande, en affirmant que « choisir de ne pas faire vacciner n'est pas illégal, négligent ou immoral, c'est un choix personnel ».

On pense que la vaccination est obligatoire en Ontario, mais c'est faux. N'importe qui peut demander une exemption et aller quand même à l’école. Le système est dysfonctionnel.

Arnaud Presti, père de deux enfants non vaccinés

La vaccination en Ontario

La vaccination est obligatoire pour les enfants ontariens qui veulent fréquenter l’école publique. Mais il est possible d’obtenir une exemption pour des raisons médicales, religieuses ou philosophiques.

Les parents doivent suivre un cours de sensibilisation en personne, afin d’avoir toute l’information nécessaire avant d’exiger l’exemption.

À peine 1,7 % des enfants obtiennent une exemption pour des raisons religieuses ou philosophiques. Si une maladie contagieuse menace leur école, ils devront rester à la maison.

L’exemption pour des raisons philosophiques « ouvre la porte aux objecteurs de conscience qui croient que les vaccins sont plus néfastes que bénéfiques », selon Arnaud Presti, ce qui met à risque les personnes plus vulnérables, comme ses enfants. Les deux ont contracté la coqueluche en 2017.

« Pas d’école sans vaccination »

La France, l’Australie et de nombreux États américains ont adopté des règles très strictes sur la vaccination obligatoire. Certains pays n’acceptent que les exemptions pour des « contre-indications médicales reconnues ».

Dans les cas où l’exemption philosophique est encore acceptée, les parents doivent s’engager par écrit à renoncer au système de garde ou à l’école publique, et à accepter leur responsabilité sociale et légale si l’enfant en contamine d’autres.

Certains parents canadiens, comme Arnaud Presti, croient que c’est la voie à suivre. Mais de nombreux experts de la communauté médicale canadienne ont une position plus nuancée.

Obligation sociale?

La vaccination a ceci de particulier qu'elle permet de se protéger individuellement contre les maladies, mais elle sert également de bouclier pour le reste de la communauté. Certaines personnes estiment que la protection collective devrait primer le droit personnel de refuser la vaccination.

Moi, je me protège, mais je protège aussi mon grand-père ou un bébé qui ne peut pas être vacciné. Le droit commun devrait être plus important que le droit personnel, en théorie. Mais en pratique, c’est plus complexe.

Paul Roumeliotis, médecin-hygiéniste du bureau de santé de l’Est de l’Ontario

La situation est complexe parce que, notamment, rendre la vaccination obligatoire risque de soulever un tollé auprès du mouvement antivaccin.

Les gens résistant à la vaccination vont se sentir acculés au pied du mur et risquent de se rebuffer encore davantage. Toute la théorie du complot va revenir à la surface.

Caroline Quash, pédiatre microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine

À court terme, les mesures plus strictes pourraient améliorer le taux de vaccination. Mais à long terme, le contrecoup sera plus virulent.

Déjà, des campagnes antivaccins virulentes sont en cours dans certains États américains. À Toronto, des panneaux publicitaires antivaccins ont été retirés par la santé publique le mois dernier.

Si on impose des amendes, ou si on refuse l’accès à l’école publique, poursuit Caroline Quach, les antivaccins seront davantage marginalisés.

Si ces enfants se retrouvent dans un système scolaire privé, parallèle ou autre, on va se retrouver avec des poches de population qui ne seront pas vaccinées du tout, et là, ils seront encore plus à très haut risque.

Caroline Quash, pédiatre microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine

Coercition ou pédagogie?

Ève Dubé est chercheuse en maladies infectieuses. Elle travaille avec les personnes hésitantes ou méfiantes à l'égard des vaccins. Selon elle, l’approche coercitive « n’est pas la meilleure façon » de convaincre les indécis. Souvent, les parents sont persuadés qu’ils agissent pour le bien-être de leur enfant.

Ça devient une partie de leur identité comme parent. On s'informe, on est critique envers la santé publique, on n’accepte pas tout cuit les recommandations médicales. Ça devient une façon de dire qu'on est un bon parent.

Ève Dubé, anthropologue et chercheure à l’Institut national de santé publique du Québec.

Elle privilégie surtout les approches basées sur l'éducation et l'information, pour que les gens prennent une décision éclairée et conforme à leurs valeurs.

Ève Dubé fait remarquer que, même dans les pays comme la France qui ont une approche très stricte de la vaccination, il y a beaucoup de cas de rougeole. « Malgré ces politiques-là, il y a quand même des éclosions de maladies évitables par la vaccination. »

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Santé publique

Santé