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De Longueuil à Lebel-sur-Quévillon dans l’espoir d’une vie meilleure

Vigan Conrad, sa femme et ses deux enfants assis dans l’autobus.

Akkam, 5 ans, Raziel, 8 ans, leur mère, Geneviève Agboola, et leur père (derrière à gauche), Vigan Conrad, originaires du Bénin, établis depuis 5 ans à Longueuil.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Travailler à la mine pour pouvoir s'acheter une maison et assurer l'avenir des enfants. Quitter Longueuil, Laval ou Montréal, pour trouver la tranquillité d'une petite communauté éloignée de 2200 habitants dans le Nord-du-Québec, et y être accueilli à bras grands ouverts. Des immigrants explorent la possibilité d'un tel rêve.

Vendredi matin. Akkam, 5 ans, et Raziel, 8 ans, manquent l’école, mais leurs parents s’apprêtent à vivre une aventure qui changera peut-être leur vie.

L’autobus part de Montréal juste après l’heure de pointe. Il traversera les Laurentides, la Réserve faunique La Verendry, et prendra la direction du Nord-du-Québec, jusqu’à Lebel-sur-Quévillon, une municipalité en forme de presqu’île, entourée des eaux gelées du lac Quévillon. Un trajet de 625 km. Après plusieurs pauses, l’autobus arrivera au bord du lac, devant l’entrée du motel, à 17 h.

Maintenant, je vois que le Québec est vraiment grand!

Une citation de : Vigan Conrad, originaire du Bénin, père de deux enfants

Le Centre professionnel de la Baie-James organise le séjour exploratoire de trois jours (dont deux de transport), en collaboration avec la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, qui a recruté les candidats majoritairement dans la région de Montréal.

Gros plan sur le visage de Pegdwende Bakissa BalimaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pegdwende Bakissa Balima, Burkinabée au Québec depuis 3 ans

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Pegdwende Bakissa Balima, 32 ans, est une mère célibataire originaire du Burkina Faso. « Tout le monde m’appelle Balima, c’est plus simple! », dit-elle dans un éclat de rire. Comme électromécanicienne, elle a déjà travaillé pour une mine d’or à ciel ouvert à Essakane, alors en construction dans son pays d’origine. « La mine, c’est fait pour moi! »

Présentement, elle vit seule à Laval, mais projette de faire venir au Québec sa fille de 9 ans, qui demeure pour l’instant chez ses grands-parents, à Ouagadougou.

Je rêve d’un environnement tranquille et d’un travail où je vais pouvoir explorer mes compétences, pousser mes performances.

Une citation de : Pegdwende Bakissa Balima, originaire du Burkina Faso, mère d'une fillette
Vue extérieure des bâtiments de la mine Nyrstar Langlois, avec une barrière d'arrêtAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La mine Nyrstar Langlois

Photo : Jean Blouin

Citoyens et pas seulement travailleurs

Dès samedi matin, les visiteurs se rendent à la mine Nyrstar Langlois. On y accède par une route forestière enneigée. Le trajet dure de 40 à 60 minutes à partir de la ville de Lebel-sur-Quévillon.

C’est ici que les étudiants du Diplôme d'études professionnelles (DEP) en extraction de minerai passeront cinq mois en formation pratique, dans une partie de la mine qui leur sera réservée. Auparavant, ils devront suivre une formation théorique de cinq semaines à LaSalle, dans le sud-ouest de Montréal, au Centre de mécanique, de métallurgie et d’électricité.

Deux candidats au DEP habillés en combinaison de mineur orange se font expliquer comment mettre leur casque vert, avant de descendre dans la mine.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vigan Conrad (à droite) prépare son équipement pour descendre sous terre.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Depuis qu’il vit au Québec, Vigan Conrad, ex-militaire au Bénin, cherche sa voie et enchaîne les petits boulots. Il a fait un DEP en vente et conseil, puis un autre en cuisine, tout en travaillant comme agent de sécurité sur appel.

Maintenant, il voudrait pouvoir gagner un meilleur revenu, « parce que cinq ans sans économies, sans rien, ce n’est pas facile avec la famille qui s’agrandit ».

Pegdwende Bakissa Balima, dans le vestiaire des femmes, tend les bras pour voir si la combinaison de mineur qu’elle vient d’enfiler est de la bonne taille.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pegdwende Bakissa Balima, dans le vestiaire des femmes

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Les horaires à la mine comportent des quarts de jour comme de nuit. Les mineurs travaillent 10 h par jour et alternent entre 7 jours de travail et 7 jours de repos.

Souvent, ils rentrent chez eux, à l'extérieur de la région, à l’occasion de leur semaine de congé, ce qu’on appelle le « fly-in, fly-out ». Un phénomène que souhaite éviter ce programme de DEP en extraction de minerai. Les candidats sont d'ailleurs sélectionnés en fonction de leur intention de s’établir à Lebel-sur-Quévillon.

Vigan Conrad porte des vêtements de travail et un casque de sécurité.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vigan Conrad souhaite que ses études lui permettent de gagner un meilleur revenu.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Si on fait une formation si loin, c’est pour l’emploi.

Une citation de : Vigan Conrad, originaire du Bénin, père de deux enfants

La mine Nyrstar Langlois ne peut leur promettre une embauche immédiate, mais obtenir un diplôme dans le secteur minier semble un bon investissement. À cause des départs à la retraite, des milliers d’emplois seront à pourvoir dans les mines du Nord-du-Québec au cours des 10 prochaines années.

Les salaires commencent à 30 ou 35 $ l’heure, sans compter les primes, aides au logement et avantages fiscaux liés à l’établissement en région éloignée.

Portrait de Pegdwende Bakissa Balima, équipée d’un casque, d’une lumière frontale et de lunettes de protection.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pegdwende Bakissa Balima, rayonnante après sa découverte de la mine

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

« J’ai adoré essayer le marteau-piqueur pour casser la pierre », s'exclame Pegdwende Bakissa Balima après sa visite de la mine.

Balima, devant l’autobus scolaire, avec Mariana et Amadou Bah, originaires de la Guinée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Balima a tissé des liens avec d’autres personnes du groupe, Mariana et Amadou Bah, originaires de la Guinée.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Faire partie de la communauté

Samedi après-midi, les candidats montent dans des autobus scolaires pour un tour de Lebel-sur-Quévillon et de ses services. C’est l’opération grande séduction, et la visite se déroule à vive allure pour tout voir : centre de santé, CPE, écoles, salle de spectacle, aréna, bibliothèque, plage, salle d’exercice...

Un match de hockey à l’aréna de Lebel-sur-Quévillon.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

De jeunes joueurs de hockey de Lebel-sur-Quévillon et de Rouyn-Noranda s’affrontent à l’aréna lors de notre passage.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Quand tu restes chez vous à te tourner les pouces, c'est sûr qu’à un moment donné, tu vas vouloir partir d'ici, parce que tu vas virer fou à rester enfermé dans ton loyer.

Une citation de : Jacynthe Barrette, présidente de l’Agora boréale

Jacynthe Barrette, qui préside l'association interculturelle Agora boréale, insiste donc sur l’importance de s’engager dans la communauté.

Jacynthe Barrette, assise dans l’autobus, s’adresse aux passagers.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La Quévillonnaise Jacynthe Barrette, présidente de l’organisme d’aide aux immigrants Agora Boréale, anime le tour guidé.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Plusieurs organismes permettent de socialiser et de s’entraider : la Maison des jeunes, le Symbiose café, le Centre de femmes l’îlot d’espoir, le Réseau hommes, ainsi que l’Agora boréale, qui aide les immigrants et organise des événements multiculturels.

Des maisons d’un quartier résidentiel de Lebel-sur-Quévillon en hiver.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des maisons d’un quartier résidentiel de Lebel-sur-Quévillon, vues depuis l’école secondaire.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

La ville de 2193 habitants date d’une cinquantaine d’années seulement. Elle est bâtie, explique Jacynthe Barrette, à la manière d’une communauté crie. La rue principale forme le coeur d’une fleur, qui regroupe tous les commerces et services à la population.

Les quartiers résidentiels ont poussé tout autour, comme les pétales.

La directrice du CPE Sucre d’orge, Johanne Gendron, montre à des visiteuses les carnets personnels des enfants accrochés au mur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La directrice du CPE Sucre d’orge, Johanne Gendron, montre les carnets personnels des enfants accrochés au mur à Pegdwende Balima, Geneviève Agboola et Mariana Bah.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

« Je n’ai pas de bébé, mais je pose des questions. Ce n’est pas dans les projets pour l’instant, mais on ne sait jamais », dit Pegdwende Balima en visitant le CPE du coin. Le délai pour obtenir une place au CPE ou dans une garderie en milieu familial est d’environ 6 mois.

Au centre de santé, l’attente est de 30 minutes en moyenne. « Si vous attendez une heure, c’est parce qu’ils ont une petite urgence », précise Jacynthe Barrette.

Une batterie est installée au fond de la salle de musique de l’école secondaire La Taïga.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le directeur adjoint du Centre professionnel de la Baie-James Steve Paquette fait visiter la salle de musique de l’école secondaire La Taïga.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Le centre communautaire, l’école primaire, l’école secondaire, tout est concentré au même endroit. Les bâtiments communiquent même entre eux. Les enfants peuvent venir à pied depuis les quartiers résidentiels.

Le premier reportage de Myriam Fimbry a été diffusé à Désautels le dimanche 7 avril; le deuxième le sera le 14 avril dès 10 h sur ICI Première.

Mieux que la banlieue

Vigan Conrad ressort de cette visite enthousiaste, euphorique, tout en se lamentant d’avoir passé cinq ans au Québec sans connaître Lebel-sur-Quévillon.

C’est splendide! Si j'avais su qu'il y avait un truc comme ça ici, je ne serais pas allé à Longueuil.

Une citation de : Vigan Conrad, originaire du Bénin, père de deux enfants
Vigan Conrad, son épouse Geneviève Agboola et leurs deux enfants Raziel et Akkam, assis sur la scène de la grande salle de l’école secondaire La Taïga.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vigan Conrad, son épouse Geneviève Agboola et leurs deux enfants Raziel et Akkam, à l’école secondaire La Taïga

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Vigan Conrad a choisi Longueuil en faisant des recherches sur Google, depuis le Bénin. Il ne voulait pas vivre à Montréal, dans la grande ville. Jamais il n’aurait pensé regarder dans les régions plus éloignées. Il n’imaginait pas y trouver des écoles propres, vastes et bien équipées pour ses enfants.

« Si les gens viennent directement ici, ils n'iront plus à Montréal », croit-il.

Désormais, il n’a qu’une hâte, quitter la banlieue de Montréal où il ne parvient pas à faire la moindre économie avec le salaire minimum.

Steeve Paquette, directeur adjoint du CFP de la Baie-James, pose devant une murale à la bibliothèque de l’école secondaire La Taïga.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Steeve Paquette, directeur adjoint du CFP de la Baie-James, pose devant une murale à la bibliothèque de l’école secondaire La Taïga.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

« On fait venir aussi les conjointes, ou les conjoints, parce qu’on a beaucoup d'emplois disponibles autres que dans le domaine minier », explique Steeve Paquette, responsable du programme de DEP en extraction de minerai.

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Geneviève Agboola, originaire du Bénin

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

« Je voudrais un boulot stable pour assurer l’éducation de mes enfants », explique pour sa part Geneviève Agboola, la conjointe de Vigan.

Elle est titulaire d’un DEP comme préposée aux bénéficiaires, elle n’aura donc aucun mal à trouver du travail à Lebel-sur-Quévillon. On y cherche de la main-d’œuvre dans de nombreux domaines, dont la santé et l’éducation.

Enceinte d'un troisième enfant, Geneviève Agboola est actuellement en retrait préventif. Si son mari trouve du travail à la mine, elle est partante pour déménager avec toute la famille.

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Le maire de Lebel-sur-Quévillon, Alain Poirier, en discussion avec Pegdwende Balima

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Le maire Alain Poirier l’aidera volontiers dans ses démarches. Cartes professionnelles à la main, il propose de recueillir les CV pour les distribuer lui-même aux entreprises et employeurs locaux.

On est en effervescence au niveau du développement économique. On a besoin de relève. La relève, c'est vous! Je veux vous avoir chez nous.

Une citation de : Alain Poirier, maire de Lebel-sur-Quévillon
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Une maison d’un quartier résidentiel de Lebel-sur-Quévillon

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Mais Lebel-sur-Quévillon est victime de son succès. Depuis un an, la population augmente grâce au dynamisme du secteur minier et à la réouverture prochaine par Chantiers Chibougamau de la papetière Domtar, fermée en 2008. Et cela se reflète sur la disponibilité des maisons.

Il restait 100 maisons à vendre il n’y a pas longtemps; là, il en reste 8. Le logement, c’est ma priorité.

Une citation de : Alain Poirier, maire de Lebel-sur-Quévillon
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Une maison d’un quartier résidentiel aisé de Lebel-sur-Quévillon

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Quarante terrains sont disponibles à bon marché. Trois promoteurs sont prêts à construire des immeubles d’appartements dès ce printemps, mais la faible valeur foncière des propriétés - bien que les prix de vente grimpent - rend les banques frileuses à accorder des prêts au montant demandé pour les travaux.

Le maire Alain Poirier fait des pieds et des mains, y compris sur le plan politique, pour faire débloquer la situation. Il ne voudrait surtout pas que l’absence de logements disponibles vienne saper les efforts de « grande séduction » pour attirer à Lebel-sur-Quévillon les familles de Montréal, Laval ou Longueuil.

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