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Et si le Green New Deal était un succès, malgré son rejet?

Matt Gaetz est en conférence de presse devant le Capitole.

Le représentant républicain de l'État de la Floride Matt Gaetz a dévoilé mercredi le Green Real Deal, sa proposition environnementale en réponse au Green New Deal démocrate.

Photo : Reuters / Alex Wroblewski

Joëlle Girard

L'ambitieux plan des démocrates pour lutter contre les changements climatiques a peut-être été rejeté par le Sénat américain, mais il pourrait bien avoir propulsé l'enjeu, jusque-là très impopulaire, au rang des priorités des électeurs comme des élus.

C’est sans surprise que le Green New Deal, manifestement campé à gauche, a été rejeté par le Sénat. Au total, 57 sénateurs ont voté contre, tandis que 43 autres ont simplement voté « présent ». Aucun vote n’a donc été enregistré pour la résolution, qui suggère des investissements massifs pour débarrasser les États-Unis des combustibles fossiles et éliminer les émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2030.

L’agitation partisane entourant le Green New Deal a cependant ramené les changements climatiques à l’avant-plan des débats politiques, un thème généralement connu pour susciter peu d’engouement à l’extérieur de la frange la plus à gauche du Parti démocrate.

« Le Green New Deal a été porté par l'aile gauche du parti, avec des élus qui représentent des régions dont l'économie ne dépend pas des industries qui émettent du carbone, affirme Christophe Cloutier-Roy, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand. Ces élus viennent majoritairement de bastions démocrates et n'ont pas à craindre de perdre leurs élections, même si le Parti républicain les traite d'extrémistes. »

Cela étant dit, on peut à tout le moins penser que la publicité autour du Green New Deal a pu mettre de la pression sur les démocrates plus réfractaires afin qu'ils mettent de l'avant une alternative plus modérée.

Christophe Cloutier-Roy, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand

Une résolution controversée

Le plan tient son nom du New Deal mis sur pied par le président Franklin Delano Roosevelt pour sortir les États-Unis de la Grande Dépression en 1933. Il s’agit d’« un élément très important dans la mythologie démocrate » qui permet de faire usage de moyens musclés pour juguler une crise sans précédent, explique Christophe Cloutier-Roy.

« Le Green New Deal, c'est un programme extrêmement vaste et ambitieux, une révolution assez totale des rapports des Américains avec l'exploitation des ressources et la création d'énergie et d'emplois », indique le chercheur.

Les partisans de la résolution espéraient qu’elle crée des millions d’emplois bien rémunérés grâce aux investissements massifs qu’aurait dû faire le gouvernement fédéral pour tourner entièrement son économie vers les énergies renouvelables. On aurait introduit par le fait même un renforcement des lois du travail ainsi qu'un meilleur accès à l’éducation, aux soins de santé et à du logement abordable.

Alexandria Ocasio-Cortez salue la foule énergiquement sur un plateau télé.

La représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez a pris part à un événement médiatique à New York pour expliquer la faisabilité du Green New Deal, quelques jours après que le Sénat eut rejeté sa résolution.

Photo : Reuters / Jeenah Moon

Présentée entre autres par la jeune représentante de l’État de New York Alexandria Ocasio-Cortez, la résolution a divisé le camp démocrate au sujet de l’ampleur des mesures à prendre pour lutter contre les changements climatiques. « Une ligne s’est tracée entre les plus à gauche du parti, [...] qui appellent notamment à une justice climatique, et ceux qui sont peut-être plus proches du centre », note M. Cloutier-Roy.

Selon lui, une fracture s’est aussi créée entre « la nouvelle génération de démocrates plus progressistes qui ont été élus en novembre dernier [comme Mme Ocasio-Cortez] et la vieille garde qui veut continuer avec des mesures plus prudentes, par étapes ».

Les républicains ont donc flairé l’opportunité de jeter un éclairage sur les dissensions des démocrates en forçant rapidement un vote sur la résolution. C’est ce qui explique que les démocrates ont voté « présent » en bloc, l’idée était de montrer la volonté d’agir sur la question des changements climatiques tout en évitant de forcer les élus à se positionner trop à gauche.

Une transition coûteuse, mais réalisable

L’aspect radical du Green New Deal a évidemment régalé les républicains les plus conservateurs, qui n’ont pas hésité à évoquer un « cheval de Troie socialiste ». « Les plus jusqu'au-boutistes chez les républicains savent que c'est assez payant d'utiliser une rhétorique alarmiste », soutien Christophe Cloutier-Roy.

Des républicains aussi influents que le sénateur du Texas, Ted Cruz, ou encore le président lui-même, ont par exemple affirmé que le Green New Deal provoquerait l’effondrement de l’économie, bannirait les vaches du territoire américain et clouerait au sol l’industrie aérienne, entre autres.

Rob bishop tient un hamburger dans une main et le point avec l'autre. Des homme en habit se tiennent derrière lui, souriants.

Rob Bishop, représentant républicain du 1er district de l'Utah, a tenu une conférence de presse le 27 février où il a mangé un hamburger, soutenant que si le Green New Deal était adopté, ce met deviendrait illégal.

Photo : @NatResources/Twitter

« Il y a une certaine part de désinformation, admet M. Cloutier-Roy, mais il faut dire que beaucoup de républicains plus modérés ont critiqué, et sans doute avec raison, le fait qu’il n'y a pas grand-chose de concret dans le Green New Deal, notamment par rapport aux moyens d’atteindre et de financer les objectifs qu’il contient. »

« Ce qui est délicat avec le Green New Deal, c’est qu’il s’agit plus d’une vision et d’un énoncé de grands principes que d’un plan précis », confirme Heidi Peltier, chercheuse associée à l’Institut de recherche en économie politique de l’Université du Massachusetts à Amherst.

Or, Mme Peltier, qui a planché avec des collègues en 2014 et 2015 sur des modèles similaires au Green New Deal, dont l’un produit par les Nations unies dans la foulée de l’Accord de Paris, estime qu’un tel virage économique est « technologiquement et économiquement » réalisable.

Nous avons découvert qu’en général, un financement de l’ordre de 1,8 % à 2 % du produit intérieur brut est nécessaire afin de permettre une réduction de 40 % des gaz à effet de serre d’ici 2030.

Heidi Peltier, chercheuse associée à l’Institut de recherche en économie politique de l’Université du Massachusetts à Amherst

Le PIB des États-Unis étant d’environ 20 trillions de dollars, on parle donc d’un financement nécessaire de 350 à 400 milliards de dollars par année pour une réduction de 40 % d’ici 2030, ajoute-t-elle, indiquant que cet investissement pourrait être fourni en partie par des compagnies privées qui oeuvrent dans le domaine des énergies renouvelables, moyennant des incitatifs fiscaux.

À titre comparatif, les catastrophes météo ont coûté 360 milliards à l’économie américaine en 2017, selon la National Oceanic and Atmospheric Administration.

Une volonté politique renouvelée?

Un sondage publié en décembre dernier par le programme Climate Change Communication de l’Université Yale démontre que 73 % des Américains croient aux changements climatiques, ce qui représente une augmentation de 10 points de pourcentage depuis 2015.

Au même moment, l’organisme a conduit un sondage concernant spécifiquement le Green New Deal. Le coup de sonde démontre que 81 % de la population croit qu’un tel plan pourrait générer de l’emploi et accélérer une transition vers les énergies renouvelables.

Les sondages montrent que la part d'Américains qui sont conscients de la nécessité de lutter contre les changements climatiques est en augmentation constante. En temps de paix, le thème des changements climatiques peut être très payant pour les démocrates.

Christophe Cloutier-Roy, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand

« Les millennials, davantage préoccupés par cet enjeu, prennent une place de plus en plus grande au sein de l'électorat démocrate », rappelle M. Cloutier-Roy.

« Il y a un élan de soutien présentement pour un tel plan, et pas seulement chez les jeunes, croit pour sa part Heidi Peltier. La volonté politique est de plus en plus forte, même si ça demeure toujours un défi. »

« Quoi qu'il en soit, on devrait débattre d'environnement lors des primaires démocrates, estime Christophe Cloutier-Roy. Reste à voir si le thème se taillera une place lors de l'élection générale » de 2020.

Dans les jours qui ont suivi le rejet du Green New Deal au Sénat, quatre plans de rechange ont émergé, dont deux provenant des rangs républicains.

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