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Maria Pullara, celle qui voit la lumière chez les ados difficiles

Maria Pullara assise sur un divan orange au centre de sa classe.

Dans la classe de Maria Pullara, on retrouve un divan, entre autres. « On essaye de rendre ça accueillant. On veut que ça plaise aux adolescents. »

Photo : Radio-Canada / Émilie Richard

Maria Pullara n'enseigne pas à des enfants de choeur. La dizaine d'élèves qui s'assoient devant elle chaque jour portent tous un bagage très lourd sur leurs épaules et ils le font savoir bien fort régulièrement. Ils partagent aussi un bien triste point commun : ces adolescents ne sont pas les bienvenus, pour un moment du moins, dans les autres écoles de Sherbrooke.

Si ces élèves ne peuvent aller ailleurs qu’à l’école Le Monarque, là où travaille Maria, c’est parce qu’ils ont tous un trouble grave du comportement. Certains s’y retrouvent aussi parce qu’un jour, ils ont emprunté le chemin de la criminalité et qu’un juge les a condamnés à une garde fermée.

Malgré tout, jamais Maria Pullara ne voudrait échanger son groupe avec un autre rempli d’enfants parfaits. J’aime ça! J’ai fait le choix de travailler avec des élèves en difficulté. Souvent ils sont associés à des gens dangereux ou à des cas désespérés. Moi, je vois toujours le positif en eux. Je suis capable d’aller chercher la petite chose positive, de leur faire reconnaître et de les amener un peu plus loin.

Ce n'est pas d'hier que Maria aime baigner dans un milieu rempli de différences, d'inégalités et d'opposition. Quand j'étais au primaire, il y avait des classes avec des enfants spéciaux. Ces enfants-là, je les aimais beaucoup. J'aimais être avec eux. Pas parce qu'ils me ressemblaient, mais parce qu'ils étaient différents. Quand j'étais petite, je voulais toujours aider le monde!

Maria Pullara dans un corridor de l'école Le MonarqueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

« J’aime ce que je fais. Quand on aime ce qu’on fait, le bonheur est plus facile. C’est sûr qu’on est toujours sous tension. Des fois, je me dis que mon corps va lâcher. » - Maria Pullara

Photo : Radio-Canada / Émilie Richard

C’est naturellement qu’elle entreprend des études en psychologie. Diplôme en poche, une réflexion s’impose toutefois : elle se trouve trop jeune pour faire de la thérapie à longueur de journée. Entendre des gens de 40 ans et plus parler de leurs problèmes alors que j'en avais 20, je trouvais que je n'avais pas la maturité pour ça. J'ai réalisé que je voulais être sur le terrain aussi. Pouvoir agir et utiliser les moyens des gens au quotidien pour les aider. Ce que je voulais, c'était vraiment aider, répète-t-elle.

Elle retourne donc sur les bancs d'école, en adaptation scolaire cette fois. Au départ, je pensais travailler avec des personnes déficientes intellectuelles. Dès que j'ai fait mon stage à Val-du-Lac [l’ancien nom de l’école], j'ai été charmée et j'ai réalisé que je pouvais travailler avec une clientèle comme ça.

Pourtant, à l’époque, plusieurs ne croient pas que Maria Pullara peut faire la différence avec des adolescents qui sortent de la norme. Les gens disaient que je ne serais pas capable de survivre dans un tel milieu. Ils disaient que j'étais trop sensible et que je n'avais aucune connaissance sur les délinquants et tout ça.

Trente ans plus tard, force est de constater qu'ils avaient tort. Jamais elle n’a voulu empocher un chèque de paye d’ailleurs. Jamais elle n’a voulu aller à la rencontre d’une autre clientèle. Les ados délinquants, c’est sa vocation.

Maria Pullara tient un imposant porte-clés dans les mains. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Maria Pullara se promène toujours avec un imposant porte-clés. « Tout est verrouillé, même les toilettes. On accompagne les enfants à la toilette. On n'entre pas avec lui, mais c'est une question de sécurité et de contrôle. Il y a bien des choses qui peuvent se passer. »

Photo : Radio-Canada / Émilie Richard

Aucune autre option

Amener ces jeunes un peu plus loin, c’est tout ce que cette enseignante souhaite. Ici, chaque pas compte dans cette grande randonnée qui vise non pas à raccrocher, mais à accrocher des êtres écorchés. Les accrocher à l'école, mais aussi à la vie.

Et pour ça, Maria n’a pas son pareil pour y arriver. Son grand sourire, ses yeux remplis de vie, mais surtout son coeur grand comme ça aident à transformer tranquillement ces ados.

Tout en gardant en tête qu’ici on ne change pas le monde, on l’améliore.

C’est sûr qu’on ne fait pas de gros miracles. Quand un enfant arrive ici, il ne sera pas complètement métamorphosé et toutes les sphères de sa vie ne seront pas complètement guéries deux ans plus tard. Ça fonctionne par étape. On y va progressivement, dit-elle.

Je fais le meilleur et il y a toujours de l’amélioration. C’est rare qu’un enfant régresse. Ce sont souvent de petits pas, mais ce sont quand même des pas.

Maria Pullara, enseignante à l'école Le Monarque
Maria Pullara assise sur un bureau au centre de sa classe. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Maria Pullara enseigne en première ou deuxième secondaire. « Ils peuvent avoir jusqu'à 16 ans. Certains arrivent du primaire, d'autre sont en reprise de secondaire 1 ou de secondaire 2. Certains s'en iront dans le programme de formation de métier semi-spécialisé, d'autres retourneront au régulier. C'est varié! »

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

Entre conjugaison et gestion de crise

Oui, ça crie souvent dans la classe de Maria Pullara. Oui, ça s’insulte. Et oui, il y a de la violence parfois. Mais l’enseignante de 54 ans ne s’en formalise pas tellement. Pour elle, tout s’explique. Ce sont des enfants en souffrance et ils ne savent pas comment nommer leur détresse. Ce sont des cris d’alarme qui se traduisent par des comportements qui ne sont pas acceptés en société, analyse-t-elle simplement.

Les enfants délinquants, ce n'est pas juste parce qu'ils font duacting out. C'est parce qu'ils ont des soucis personnels.

Maria Pullara, enseignante à l'école Le Monarque

Même quand les coups partent, quand Maria Pullara devient le punching bag d’un jeune, l’enseignante refuse de condamner celui qui se prend tout à coup pour un boxeur. Quand ça arrive, ce n’est pas intentionnel. J’établis tellement un bon contact avec les enfants que c’est sûr que leur but n’est pas de me faire mal. C’est le trop-plein qui sort. C’est rare que ce soit dirigé vers moi, mais ça brasse, c’est sûr.

Devant ces comportements qui déstabilisent, plusieurs auraient le réflexe de répliquer, de brasser l’autre, de hurler qu’il se réveille. Pas Maria.

Ça ne servirait à rien de toute façon, croit-elle. Maria sait de quoi elle parle parce que des jours très gris, pour ne pas dire noirs, se sont déjà levés dans la vie de l’enseignante. Moi aussi, j'ai eu des difficultés et il y a des gens qui m'ont approchée de manière compréhensive. Être accompagnée par des gens qui comprennent, c'est ça qui est aidant. Ce n'est pas d'avoir une taloche derrière la tête!

Un pupitre de la classe de Maria Pullara avec des cahiers et des feuilles.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Plusieurs élèves ont des troubles d'organisation. À l'école régulière, on fonctionne avec un casier. « Ici, ils ont leur petit monde. Leurs choses sont en dessous du bureau. Ils ont un seul cartable avec toutes les matières. Les élèves sont donc plus disponibles en classes parce qu'ils ne cherchent pas leurs affaires », explique Maria Pullara.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

Si ces événements brutaux peuvent remettre en question ses interventions , ils ne remettent toutefois jamais en question le choix que Maria a fait d’enseigner à ces ados qui demandent une approche bien particulière, une grande sensibilité, mais surtout une ouverture à toute épreuve.

Je les appelle mes tout-petits même s’ils sont grands. Ils ont encore quelque chose d’enfant en eux. J’essaye d’aller panser le petit enfant brisé qui est en eux. Je crois qu’il y a quelque chose de positif en chacun. Il faut trouver la bonne voie pour actualiser le meilleur. Il n’y a pas d’humain totalement mauvais. On n’explique pas tout, mais tout s’explique.

Maria Pullara, enseignante à l'école Le Monarque

Ces troubles de comportement ne trouvent pas leur source uniquement dans une éducation parentale déficiente, soutient-elle. Les problèmes de santé mentale compliquent aussi le quotidien de certains des élèves qui viennent s’asseoir dans sa classe.

Elle doit donc s’adapter à chaque enfant, à chaque histoire. Au Monarque, elle coécrit, avec eux, une nouvelle page de leur vie chaque jour; elle n’a pas besoin de voir plus loin. Puis, elle recommence le lendemain, sans découragement.

On a la chance d’accompagner l’enfant de manière individuelle tant au niveau pédagogique que comportemental. L’enfant est au centre de notre approche. Un plan d’intervention est fait pour chacun et ils ont un encadrement particulier. C’est aussi fait au régulier, c’est sûr, mais ici, il y a un accueil inconditionnel par rapport aux difficultés. Ils arrivent ici avec un sac à dos très lourd. Ils sont rejetés dans les autres écoles. Ils arrivent ici en bout de ligne. Il faut les accepter là où ils sont.

Les grands miracles sont peut-être rares dans les classes du Monarque, mais les petits miracles, Maria Pullara les collectionne. Je pense à une de mes anciennes élèves qui m’envoie des photos de son nouveau bébé souvent. Elle travaille comme ambulancière aujourd’hui. C’est une belle réussite. Je sais qu’il y a des hauts et des bas pour la plupart de mes élèves. Si je compare d’où ils viennent et comment ils sont maintenant comme adultes, comment ils fonctionnent avec leurs enfants, il y a des réussites, raconte-t-elle avec un sourire qui témoigne bien de toute la fierté qui l’habite.

La main de Maria Pullara sur une pile d'agendas scolaires. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Chaque période et chaque récréation sont évaluées dans l’agenda de l'élève. Il reçoit des points pour son comportement entre autres. « Ils ont la chance de se reprendre. Un élève, par exemple, peut avoir perdu des points en mathématiques, mais les avoir en français et au final, il va avoir réussi sa journée. On ne demande pas la perfection. Ça sert au groupe et ça aide les parents le soir pour des privilèges. Ça nous sert pour encadrer les enfants aussi. »

Photo : Radio-Canada / Émilie Richard

Je n’ai peut-être pas fait la différence dans leur vie, mais j’ai participé au cheminement qu’ils ont fait qui les a rendus là.

Maria Pullara, enseignante à l'école Le Monarque

La dernière étape

N’entre pas au Monarque qui veut. Elle est révolue l’époque où les directeurs d’école appelaient pour y transférer un petit tannant. Comme il est impossible d’y inscrire son enfant. La centaine de jeunes de 6 à 18 ans qui fréquentent l’endroit ont été évalués de tous les côtés et plusieurs approches ont été tentées avant d’en arriver là.

Le Monarque, c’est le dernier point de la ligne des options éducatives possibles. Après, il n’y a plus rien. Alors, Maria Pullara doit se retrousser les manches et travailler fort. Très fort.

Les choses ont bien changé depuis 30 ans dans les classes de cette école que l’on appelait Val-du-Lac jusqu’en 2013. Oui, ça paraît qu’il y a des interventions précoces qui sont faites dans les écoles. Par contre, au niveau comportemental, les élèves sont beaucoup plus lourds qu’avant . Comme le but est de les garder le plus longtemps possible dans leur milieu naturel, c’est normal que lorsqu’ils nous arrivent, ils soient en bout de ligne.

Un gros plan de Maria Pullara qui sourit.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

« En plus de travailler le français et les autres matières, on travaille des habiletés sociales. L’intégration de matière, c’est l’fun. On travaille des choses pour que ce soit utile à long terme. » -Marie Pullara

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

Entre espoir et confiance

C’est sûr qu’il y a des journées moins ensoleillées dans cette école. Des matins orageux qui laissent leur place à des après-midis tempétueux. Mais Maria Pullara a toujours confiance que ces nuages noirs partiront et qu’il fera beau, très beau même dans les prochains jours ou dans les saisons à venir de ces jeunes.

Pour leur prouver, l’enseignante use d’une stratégie en apparence simple, mais porteuse de la confiance qu’elle porte à ces adolescents. J’ai tellement espoir pour chacun d’un. Quand ils partent d’ici, je leur donne un petit coeur que j’achète au Dollarama. Je leur dis qu’il les accompagnera toute leur vie. Une façon de leur dire qu’il y a quelqu’un, un jour, qui a cru en eux. Même s’il l’égare, ce n’est pas grave, mais souvent, ils reviennent et me disent qu’ils l’ont encore.

Au-delà des troubles de comportement, ces adolescents manquent surtout de confiance en eux, rappelle Maria. Ils ne se sentent pas compétents. Je veux donc leur faire vivre de petites réussites. Mon objectif premier quand un élève arrive, c’est de lui montrer qu’il est capable et qu’il ira plus loin, beaucoup plus loin. Je veux leur apprendre à se faire confiance.

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