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Maskwacis, une communauté au front de la transition électrique de l'Alberta

Desmond Bull, un homme avec un manteau noir, des lunettes fumées et deux longues tresses brunes regarde au loin, debout sur un toit. Derrière lui, on voit des rangées de panneaux solaires.

Le conseil de bande de la Tribu Louis Bull, dont Desmond Bull est membre, a installé des panneaux solaires sur huit de ses immeubles.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Mirna Djukic

Un des objectifs du plan de leadership climatique de l'Alberta est de générer 30 % de son électricité à partir d'énergies renouvelables d'ici 2030. Pour l'atteindre, le Nouveau Parti démocratique (NPD) a déjà investi des millions de dollars dans des projets solaires et éoliens de diverses ampleurs. Dans la communauté de Maskwacis, à une heure de route d'Edmonton, la transition électrique est bien entamée.

Lorsque Desmond Bull s’avance sur le toit de l’immeuble qui abrite son bureau, il doit faire attention de ne pas trébucher sur les rangées de panneaux solaires qui couvrent presque l'entièreté de la surface. De cette hauteur, il voit l’école primaire de la réserve de Louis Bull, qu’il souhaite un jour équiper de la même façon.

Ces panneaux sont devenus un élément courant du paysage sur les territoires des quatre Premières Nations de Maskwacis.

Le conseil de bande de la Tribu Louis Bull, dont Desmond Bull est membre, en a installé sur huit des neuf immeubles qui lui appartiennent. Ces panneaux offrent une capacité maximale de 188 kilowatts, assez pour économiser entre 16 000 $ et 18 000 $ par an sur les factures d’électricité.

Cinq personnes travaillent surle toit d'une maison. Une sixième les regarde, debout dans une échelle.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Chaque nouveau projet d'énergie solaire est utilisé pour offrir une formation en énergies renouvelables à des membres de la Tribu Louis Bull.

Photo : Conseil de bande de la Tribu Louis Bull

La réserve est pleinement propriétaire des panneaux. Elle recrute et forme des membres de la communauté pour les installer.

« Il y a cette fierté d’être propriétaire. Les enfants disent : "C’est mon oncle ou ma tante qui a installé ça", et ils sont fiers parce qu’ils savent que c’est fait par des membres de la communauté, pour la communauté », explique Desmond Bull, qui, en plus d'être membre du conseil de bande, est aussi candidat aux élections provinciales, ce printemps, sous la bannière du Parti vert.

À quelques kilomètres de là, la Nation crie d'Ermineskin a installé des panneaux solaires pour alimenter le centre commercial de Maskwacis, qui appartient à l’aile corporative de son conseil de bande, le Groupe de compagnies Neyaskweyahk (NGCI).

D'immenses panneaux solaires sont montés à même le sol, sur une pelouse jaunie. Il fait soleil.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La Nation Ermineskin Cree a installé des panneaux solaires de 60 kW sur le centre d'achats de Maskwacis à l'automne 2018.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

L’installation d’une capacité de 60 kW répond environ au tiers des besoins énergétiques du bâtiment, selon le président et directeur de NGCI, Sam Minde.

Leur prochain projet sera dix fois plus important : le « Sundancer » sera construit dans la réserve et connecté au réseau de distribution électrique dès l’automne.

« C’est un projet qui va nous rapporter des revenus pendant au moins 25 ans », affirme Sam Minde.

Il aimerait bien continuer sur cette lancée, encouragé par les nombreux programmes de subvention provinciaux financés par la taxe carbone. Il pense même à installer un parc solaire de 60 mW dans la réserve.

Avec l'élan qu’on a en ce moment dans notre communauté, avec notre développement économique et le soutien du plan de leadership climatique, je suis très optimiste pour nous, pour les cinq à dix prochaines années.

Sam Minde, président du Groupe de compagnies Neyaskweyahk

Il craint toutefois que le Parti conservateur uni n'abolisse ce plan, comme il a promis de le faire s’il était élu.

Sam Minde, un homme brun avec une fine tresse, parle à la caméra. De larges installations solaires sont visibles derrière lui.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sam Minde croit que l'électricité renouvelable peut stimuler le développement dans la communauté de la Nation Ermineskin Cree.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

30 avant 30

Le gouvernement néo-démocrate a investi des millions de dollars pour encourager de petits projets solaires dans le cadre du plan de leadership climatique depuis 2016. Il y a des programmes destinés aux communautés autochtones, aux municipalités, aux écoles, aux fermiers.

Cependant, l’électricité renouvelable ne constitue encore que 10 % de la production électrique de la province, et il faudrait qu'il y ait des projets d'une tout autre ampleur pour les choses changent.

C’est là qu’intervient un autre programme Renewable electricity program (REP), un système d’appels d’offres établi et subventionné par le gouvernement pour encourager les projets éoliens et solaires à grande échelle. Cela permettra de vendre l'électricité à 4 cents du kilowattheure, un prix exceptionnellement bas, explique Vincent Morales, chercheur à l'Institut Pembina.

Trois rondes d’appel d’offres terminées jusqu’à présent ont toutes été remportées par des projets éoliens, qui seront construits dans les trois prochaines années.

Infos dans l'animation: l'équivalent de 250 000 foyers en 2019 et de 572 400 foyers en 2021 seront alimentés grâce à ce programme. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les trois appels d'offre complétés dans le cadre du programme d'électricité renouvelable de l'Alberta.

Photo : Radio-Canada

Terre fertile pour l'entrepreneuriat autochtone

La deuxième ronde du REP était réservée à des projets dont au moins 25 % des parts sont détenues par des communautés autochtones. La quatrième ronde, si elle a lieu, devrait exiger des conditions semblables.

Joseph Duperreault, un expert financier métis, a créé l’entreprise First Renewable Energy Partners dans le but d’accompagner les communautés qui veulent se lancer dans de telles aventures. Selon lui, ces projets peuvent apporter des bénéfices à toutes les parties concernées.

« Les grands promoteurs, pour la plupart, veulent des partenaires autochtones », affirme-t-il.

Il précise cependant qu’il est important pour les communautés autochtones d’évaluer les propositions de partenariat au cas par cas, afin de ne pas se faire avoir par un contrat mal fait.

« C’est une solution commerciale parce que c’est ce qu’on fait en Alberta : on trouve des solutions commerciales », ajoute-t-il avec un sourire.

Il souligne que c’est aussi un pas vers la réconciliation entre les nations. C’est un avis que partage Desmond Bull.

 Je sais qu’il y a beaucoup de choses sur les Premières Nations qui ont été effacées des livres d’histoire et j’espère que le processus de vérité et réconciliation y remédiera, mais aussi nous aidera à travailler collectivement vers ce type de projets où les Premières Nations peuvent être impliquées. 

Desmond Bull, membre du conseil de bande de la Tribu de Louis Bull

Les néo-démocrates ont prévu une quatrième ronde d'appel d'offres qui devrait également se faire en partenariat avec les communautés autochtones, mais elle n'aura pas lieu avant les élections.

La plupart des projets d'électricité renouvelable dépendent de divers programmes que la province finance grâce à la taxe carbone. Joseph Duperreault, Sam Minde et Desmond Bull s'inquiètent tous les trois de sa possible annulation.

C'est d'ailleurs pour continuer de défendre le développement des énergies renouvelables que Desmond Bull a décidé de se présenter aux élections provinciales.

Alberta

Énergies renouvelables