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Les dangers d’un droit de chasse illimité du caribou au Nunavut

Des caribous se promènent sur la neige entre des rochers.

Depuis l'imposition d'un quota sur le nombre de caribous chassés sur l'île de Baffin, les caribous de la région Kivalliq sur la terre ferme sont en forte demande.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Claudiane Samson

Les chasseurs inuits du Nunavut possèdent le droit de chasser et de vendre légalement leurs prises, mais certains s'inquiètent des conséquences que ce droit non réglementé pourrait avoir sur la population de caribous.

L'alimentation traditionnelle de poisson et de viande sauvage occupe une place privilégiée parmi les habitants du territoire, et la vente se fait aisément sur les médias sociaux ou par personne interposée.

Toutefois, la population de caribous de l'île de Baffin fait l'objet d'un déclin depuis quelques années, selon les scientifiques, si bien qu'en 2015 le gouvernement territorial a imposé un système de quota sur le nombre de prises, avec un maximum de 250 mâles par année pour toute l'île.

Un homme en uniforme d'hiver regarde l'intérieur d'un congélateur Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'achat de viande sauvage se fait aisément et légalement au Nunavut, même par un agent de conservation de la faune.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

La rareté du produit en fait monter les prix et en maintient la popularité, dit Walter Hess, qui possède le seul commerce de viande sauvage à Iqaluit. Il y vend de tout, omble arctique fumé, peau de baleine ou viande de caribou fraîche, congelée ou séchée. Le caribou est un produit recherché.

« On ne peut pas se procurer de caribou localement, il faut l'obtenir de Rankin Inlet. Quand la viande arrive, on la découpe, on la prépare, et le bouche-à-oreille suffit pour que tout le monde vienne. »

La région Kivalliq, dont fait partie Rankin Inlet, est devenue le fournisseur principal de viande de caribou, mais la population, là aussi, est en déclin.

« Une réglementation nécessaire »

Une femme en habit traditionnel inuit regarde des papiers sur son bureau à côté de collègues. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La députée de Rankin Inlet-Chesterfield Nord Cathy Towtongie s'apprête à questionner le premier ministre et ministre de l'Environnement sur la protection des hardes de caribous de sa région.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

La députée de Rankin Inlet-Chesterfield Nord, Cathy Towtongie, croit que le droit illimité de chasse et de vente est un problème. Elle a fait de ce sujet son cheval de bataille au cours de la session d'hiver de l'Assemblée législative nunavoise.

Depuis que la région de l'île de Baffin fait l'objet d'un quota, les chasseurs [de Kivalliq] vendent leurs caribous pour un montant allant de 400 à 600 $, et le prix continue de grimper.

Cathy Towtongie, députée de Rankin Inlet-Chesterfield Nord

La population de caribous de la toundra est passée en 15 ans, souligne la députée, de plus de 1 million de bêtes à environ 225 000. « C'est inquiétant. »

De façon à contrôler la chasse et la vente et à prévenir le gaspillage de viande ou le déclin accru de l'espèce, Cathy Towtongie croit qu'il faut imposer des restrictions telles que des quotas domestiques et des quotas commerciaux.

Un homme debout en complet parle à des gens assis dans une salle tout en bois. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le premier ministre du Nunavut Joe Savikataaq est également ministre de l'Environnement et un ancien agent de conservation de la faune.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Le gouvernement du Nunavut ne peut pas enfreindre les droits des bénéficiaires de l'accord de revendication territoriale des Inuits. Si les organisations représentant les Inuits souhaitent modifier ou retirer le droit de vendre de la viande, c'est leur choix.

Joe Savikataaq, premier ministre et ministre de l'Environnement

Le premier ministre et ministre de l'Environnement, Joe Savikataaq, est également inquiet de l'état des populations de caribous et croit à la nécessité d'une discussion. Pour l'instant, toutefois, il rappelle qu'il n'existe aucune limite quant à la quantité de viande chassée et vendue, pourvu que cette chasse soit faite légalement.

Le seul recours du territoire, dit le ministre, est celui d'imposer une limite à la chasse là où la population est en danger.

« Il serait préférable de ne pas se rendre jusque-là et de mettre fin au déclin avant d'atteindre un point critique qui nécessite un moratoire sur la chasse ou un quota. »

Le savoir traditionnel dans la gestion

Un homme habillé chaudement regarde la caméra dehors en hiver.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jerry Ell de l'association des chasseurs et trappeurs Amaruq aimerait voir le savoir traditionnel inuit pris davantage en considération dans les décisions de gestion de la faune.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Jerry Ell, du conseil d'administration de l'association des chasseurs et trappeurs Amaruq, ne croit pas que la limitation du droit de chasse et de vente soit une option envisageable. Il faut plutôt, selon lui, mieux gérer la ressource.

Le problème, d'après lui, dans le mode de gestion actuel est la difficulté d'intégrer le savoir traditionnel à l'approche scientifique. Selon des chasseurs, les caribous de l'île de Baffin se sont probablement déplacés d'une région à une autre, après un hiver pendant lequel la toundra s'était recouverte de glace et reviendront avec le temps.

Je ne suis pas biologiste, je ne suis pas un scientifique, je ne suis pas consultant. Ce que je dis ou sais n'a pas vraiment d'impact sur la façon de gérer les populations locales.

Jerry Ell, administrateur, Amaruq Hunters and Trappers Association

Entre-temps il ne faut pas s'étonner, dit-il, que les gens se tournent vers les chasseurs de Kivalliq pour se procurer de la viande. Son association compte 600 membres, et la région d'Iqaluit probablement, 2000 chasseurs en tout, mais, en raison du quota en vigueur, seuls 41 permis sont disponibles localement sur les 250 permis délivrés annuellement pour toute l'île de Baffin.

Dans la culture traditionnelle inuite, la viande est répartie entre les familles, mais aujourd'hui, entre deux cultures, certains chasseurs souhaitent en faire un gagne-pain stable, dit Jerry Ell.

Pour pouvoir bien gérer la ressource, il faut, selon lui, prendre tout ce contexte culturel en considération : « C'est complexe. Très complexe. »

Des cartes géographiques sur un mur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les murs de l'association des chasseurs et trappeurs Amaruq sont recouverts de cartes géographiques.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

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