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Comprendre le canola canadien, en chiffres et en cartes

Un champ de canola

Photo : Conseil canadien du canola

Camille Gris Roy

Le canola est au coeur d'une crise commerciale et diplomatique depuis que la Chine a interdit l'entrée, sur son territoire, des produits de deux compagnies canadiennes majeures. Ce n'est pas une mince affaire : cet oléagineux est la première culture en importance au pays du point de vue des recettes, et le Canada exporte 90 % de sa production dans le monde. Coup d'oeil sur l'industrie, en quelques chiffres.

Le Canada a produit 21,3 millions de tonnes de canola en 2017-2018. L’oléagineux représente 26,7 milliards de dollars en retombées pour l’économie canadienne, d’après une étude publiée par le Conseil canadien du canola en 2017.

On compte environ 43 000 producteurs à travers le pays, principalement dans les Prairies, et l’industrie du canola au sens large représente quelque 250 000 emplois.

Carte des Prairies, principales régions productrices de canola.

Régions productrices de canola.

Photo : Radio-Canada

Graphique qui montre les bénéfices économiques du canola pour les provinces : Alberta : 7,13 milliards; Saskatchewan : 12,22 milliards; Manitoba : 4,16 milliards; Ontario : 1,48 milliard; Québec: 1,06 milliard.
Source: Rapport de 2017 de la firme LMC International pour le Conseil canadien du canola

Les provinces des Prairies sont les grands producteurs de canola au pays.

Photo : Radio-Canada

À quoi ça sert?

Près de la moitié (45 %), du canola qui pousse au Canada y est transformé. À partir des graines, on extrait de l’huile, et on transforme le tourteau – soit les résidus après extraction de l’huile – en granulés ou en moulée.

Le canola est surtout destiné à la consommation humaine, sous forme d’huile de friture et de cuisson. Mais il sert aussi de matière première pour le carburant. L'Europe l’utilise ainsi pour la production de biodiesel. Le tourteau est utilisé comme engrais ou comme aliment pour les animaux, notamment le bétail.

Exportations : 90 %

La grande majorité du canola produit au Canada ne restera pas ici. En fait, selon le Conseil canadien du canola, environ 90 % du canola canadien est exporté vers une cinquantaine de marchés à travers le monde.

« Et notre canola représente à peu près 70 % de tout le canola qui est échangé au monde. Donc, ça veut dire que le Canada est le plus important producteur pour le marché mondial », ajoute Brian Innes, vice-président des affaires publiques du Conseil.

En 2018, le pays a exporté un total de 10,2 millions de tonnes de graines, 3,2 millions de tonnes d’huile et près de 4,7 millions de tonnes de tourteau.

La Chine s’impose maintenant comme le plus gros marché, toutes catégories confondues, représentant 40 % des exportations canadiennes. Plus spécifiquement, Pékin est aussi le plus gros marché pour les graines.

Graphique : Exportations Canada → Chine (2018) : 4,4 milliards $. Graines : 4,8 Mt = 2,7 milliards $, huile : 1,1 Mt = 1,1 milliard $, et tourteau : 1,4 Mt = 504,4 millions $.

Le marché chinois représente 4,4 milliards de dollars d'exportations.

Photo : Radio-Canada

Ce marché s’est particulièrement développé dans les dernières années : en 2013, les importations chinoises de graines canadiennes se situaient encore autour de 2,9 millions de tonnes.

« Le Canada a été extrêmement [dynamique] pour vendre les vertus du canola à la Chine, fait remarquer Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie. On savait bien, par exemple, que la Chine voulait avoir accès à plus de farine animale pour nourrir plus d’animaux, le porc notamment. »

Toutefois, les États-Unis trônent encore en tête du palmarès pour ce qui est des importations d’huile de canola : 1,7 million de tonnes en 2018, l’équivalent de 2 milliards de dollars.

Deux graphiques côte-à-côte : A) Exportations de graines de canola en 2018 : 1- Chine (4,8 Mt), 2- Japon (2,3 Mt), 3- Mexique (1,2 Mt), 4-États-Unis (598 000 t). / B) Exportations d’huile de canola en 2018 : 1- États-Unis (1,7 Mt), 2- Chine (1,1 Mt), 3- Mexique (66 000 t).

La Chine est le plus gros importateur de graines de canola du Canada, mais les États-Unis restent les plus grands importateurs d'huile.

Photo : Radio-Canada

Parmi les autres pays clés, il y a le Japon, que le Conseil du canola décrit comme le « client le plus constant » pour ce qui est du marché des graines. Le Mexique se situe aussi parmi les acheteurs stables, et l’Union européenne importe principalement pour sa production de biodiesel, notamment en France, en Allemagne, en Italie, en Belgique et au Portugal.

« L’Europe est un marché pour le canola qui va et vient avec la demande et l’offre entre le Canada et l'Europe. L’Europe produit beaucoup normalement, mais, des fois, ils [les Européens] ont leurs défis avec la pluie et la chaleur et alors ils produisent moins et ont besoin d’importer le canola du Canada. Ça dépend des années », explique Brian Innes.

« Ce qu'il y a peut-être à développer maintenant, c’est l’Amérique du Sud, observe Sylvain Charlebois. Il y a aussi l’Asie, à l'extérieur de la Chine. »

« L’Inde, poursuit-il, est un marché intéressant, mais c'est moins évident, il y a moins de richesse et c’est une économie qui est moins organisée. C’est aussi plus de travail, parce qu’il y a beaucoup de régions et de dialectes en Inde. La Chine est tellement bien organisée que c’est facile : une fois qu’on a un client ou quelques clients, on peut développer le marché assez rapidement. »

Un champ de Canola

Un champ de canola

Photo : Radio-Canada

Dans le contexte actuel, le Conseil souhaite diversifier davantage ses options, mais souligne que ce n'est pas si simple.

« La Chine prend 60 % de tous les oléagineux échangés dans le monde : canola, fèves de soya et tournesol, dit Brian Innes. Donc, c’est très difficile à remplacer à court ou à long terme. Pour nous, au Canada, c’est certain que nous avons d’autres marchés qui demandent la semence : l’Europe, le Pakistan, le Bangladesh, les Émirats arabes unis. Mais c’est toujours une question de prix. »

« La raison pour laquelle nous avons exporté à peu près 40 % de notre canola vers la Chine, poursuit-il, c’est parce qu’ils paient plus par rapport à d’autres marchés. Nous, on travaille pour avoir de meilleurs prix pour les producteurs. »

C’est certain qu’avec la baisse des prix qu’on a vue depuis la situation avec les Chinois, il y a d’autres clients qui s’intéressent au canola parce que c’est moins cher qu'il y a deux mois. Mais pour nous ce n’est pas une solution ou une piste vers le succès.

Brian Innes, Conseil canadien du canola

Le canola ailleurs dans le monde

La Chine a-t-elle d'autres options pour remplacer le canola canadien?

« Les autres pays qui exportent sont l’Australie, et aussi des pays autour de la mer Noire, l’Ukraine, le Kazakhstan. Il y en a aussi un peu en Russie », indique Brian Innes.

L’Australie a exporté 2,25 millions de tonnes de graines de canola en 2017-2018, selon l'Australian Oilseeds Federation. Le pays a produit 3,64 millions de tonnes cette année-là, sur une superficie de 2,65 millions d’hectares.

L'Europe est un autre grand producteur. Sa production, toutefois, est souvent classifiée dans la catégorie du colza : ainsi, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, le continent européen a produit 26,3 millions de tonnes en 2017.

« Le canola a des normes un peu différentes autour du monde. Ce qu’on sait, c’est qu’en France, ils l’appellent le colza, mais honnêtement, c’est la même chose qu’on cultive au Canada. Donc, ça veut dire que l’huile a une qualité similaire à celle qu’on a ici au Canada », estime Brian Innes.

Canola, colza, quelle différence?

Le canola provient du colza, et ces deux oléagineux, qui appartiennent à la même famille des crucifères, se ressemblent. Ils n’ont toutefois pas la même composition chimique ni le même profil nutritionnel, indique le Conseil canadien du canola. Le canola a des taux inférieurs de glucosinolates, des composés qui donnent une saveur plus amère ou piquante. Le taux de deux acides gras (licocénique et érucitique) est également moins élevé dans l’huile de canola.

« [La Chine] pourrait s’intéresser à l’Australie, résume Sylvain Charlebois. C’est sûr qu’en agroalimentaire le malheur des uns fait le bonheur des autres et c’est certain qu’il va y avoir des pays qui vont bénéficier de la décision, ça va être une question de temps. Évidemment, avec 1,4 milliard de personnes, la Chine n'a pas vraiment le temps de commencer à sacrifier la sécurité alimentaire de son peuple. Alors elle va faire extrêmement attention. Mais moi, j’ai l’impression que la Chine avait déjà des plans avant de dire non au Canada. »

Graphique qui dit : le canola canadien...en 5 chiffres : 21,3 millions de tonnes de production; 9,3 millions d’hectares ensemencés; 43 000 producteurs; 250 000 emplois; 26,7 milliards $ pour l’économie canadienne. Sources : Conseil canadien du canola; Agriculture et Agroalimentaire Canada. *chiffres pour 2017Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

21,3 millions de tonnes de canola ont été produites en 2017 au pays.

Photo : Radio-Canada

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