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Une liberté de la presse à la fois chérie et sous pression à Hong Kong

Une statue de la Hong Kong News-Expo. Mars 2019

Une statue de la Hong Kong News-Expo. Mars 2019

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Anyck Béraud

À Hong Kong, une exposition souligne l'importance de la libre circulation de l'information et le rôle des médias depuis plus d'un siècle dans ce territoire chinois semi-autonome. Cette célébration de la presse hongkongaise tranche toutefois avec le pessimisme de regroupements de journalistes qui assurent que la liberté d'expression s'érode dans l'ex-colonie britannique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.

Des pages de journaux sont exposées sur un mur.

Le traitement de mêmes nouvelles par des journaux hongkongais de diverses lignes éditoriales (droite, gauche ou encore centre). Hong Kong News-Expo. Mars 2019.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Pour remonter le temps et découvrir l’évolution des médias hongkongais, il faut d’abord franchir le seuil d’un édifice historique. La Hong Kong News-Expo a établi ses quartiers en décembre dernier dans un ancien marché de style Bauhaus (Bridges Street Market), situé dans l’un des quartiers où s’étaient établis les premiers journaux.

Au fil de salles fraîchement rénovées, on croise ici des films d’archives et des coupures de presse; là-bas, des enregistreuses des débuts des reportages radio; ou plus loin, de la technologie dernier cri.

Traiter de tout...

C’est toutefois à l’étage que se trouve ce que CK Lau, le directeur de l’exposition, appelle le « joyau ». Cette section présente 10 événements qui ont marqué Hong Kong.

Par exemple, l’incendie des taudis de 1953 qui a jeté à la rue des dizaines de milliers de personnes et qui a forcé la ville à construire ses premiers logements à prix modique (HLM). Ou encore, le massacre de la Place Tiananmen de 1989 à Pékin, « qui a eu des répercussions chez nous parce que ça a ébranlé la confiance de bien des gens sur l’avenir de Hong Kong [à l’approche de la rétrocession du territoire à la Chine] », souligne CK Lau.

Cette répression sanglante des manifestations prodémocratie, sujet complètement tabou en Chine continentale, a largement été couverte par les médias hongkongais. Tout comme le sont les grandes manifestations d’appui ou de commémoration de l’événement.

La Hong Kong News-Expo insiste beaucoup sur le traitement des mêmes nouvelles par des journaux de diverses tendances éditoriales. Certains sont pro-establishment, d’autres sont contre. L’exposition soutient que cette diversité contribue au débat et à l’évolution de la société hongkongaise.

Un volet interactif de l'exposition permet aux visiteurs de faire défiler des images en agitant la main.

En agitant la main, les visiteurs peuvent faire défiler les images sur les reportages de 10 événements qui ont marqué Hong Kong. Mars 2019.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

« Il est tout à fait approprié que Hong Kong ait une exposition pour montrer comment les médias ont contribué au développement de la ville. En plus de rapporter à la population ce qui se passe ici, et bien sûr ailleurs dans le monde, les médias hongkongais sont très actifs [dans la société], je veux dire qu’ils sont très politisés. », précise CK Lau, qui a été journaliste pendant des décennies et éditorialiste au South China Morning Post.

... dans un climat croissant d’autocensure

CK Lau assure que la presse peut travailler librement à Hong Kong.

Nous le relançons toutefois après avoir jeté un œil sur l’un des panneaux de l’exposition sur la censure.

On y lit que l’index de la liberté de la presse a décliné, selon un sondage de l’Association des journalistes de Hong Kong auprès de la population et des médias. Et que l’autocensure des médias est un sujet de préoccupation depuis le retour dans le giron de la Chine en 1997.

L’ex-journaliste concède : « Oui, il y a eu des incidents. Mais il n’y a pas de forme officielle de censure. Je crois que certains journaux... que certaines personnes pensent que des journaux n’expriment pas entièrement leur position, pas aussi ouvertement ou largement qu’avant ».

Un homme qui porte des lunettes répond aux questions d'une journaliste.

CK Lau, directeur de la Hong Kong News-Expo et ancien éditorialiste du South China Morning Post. Mars 2019.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Une autocensure pour éviter de s’attirer les foudres du gouvernement chinois, en cette ère où le président Xi Jinping a bien prévenu qu’aucune tentative de défier le gouvernement central ne serait tolérée... même si la liberté de presse fait partie des libertés garanties à Hong Kong en vertu de l’accord de rétrocession conclu entre Londres et Pékin, qui respecte le principe « un pays, deux systèmes ».

C’est ce que soulignait déjà Reporters sans frontières (RSF) dans son rapport intitulé « la main invisible de Pékin », il y a quelques années. En plus d’autocensure et d’ingérence éditoriale, l’organisation parlait notamment de « pressions politiques du gouvernement local »; le chef de l’exécutif hongkongais n’est pas élu par scrutin direct, mais nommé parmi des candidats approuvés par Pékin.

Le Conseil législatif de Hong Kong

Le Conseil législatif de Hong Kong, juin 2017.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

RSF énumérait plusieurs autres atteintes à la liberté d’information : « licenciements politiques, articles censurés ou "dilués" dans les dernières pages de la publication, journalistes rétrogradés ou mis au placard, prise de contrôle de groupes de médias par des industriels liés à Pékin ».

Et à la fin de mars 2019, dans son rapport « Le nouvel ordre mondial des médias selon la Chine », RSF soutient que la liberté de presse s’érode à Hong Kong. L’archipel a glissé du 18e rang mondial en 2002 au 70e rang en 2018.

Victor Mallet, Financial Times journalist and first vice president of the Foreign Correspondents' Club (FCC), speaks with Andy Chan, founder of the Hong Kong National Party, during a luncheon at the FCC in Hong Kong, China, August 14, 2018. Picture taken August 14, 2018.   Paul Yeung/Pool via REUTERS

Le journaliste Victor Mallet s'entretient avec Andy Chan, fondateur du parti indépendantiste National Party, lors d'une conférence tenue au Club des correspondants étrangers de Hong Kong, le 14 août 2018.

Photo : Reuters / POOL

Les médias étrangers ne semblent pas à l’abri. L’automne dernier, le rédacteur en chef pour l’Asie du Financial Times, le Britannique Victor Mallet, s’est vu refuser le renouvellement de son visa de travail. Il avait animé, au grand dam de l’exécutif hongkongais, une conférence à laquelle participait un militant indépendantiste au Club des Correspondants étrangers de Hong Kong, dont il était un vice-président.

Une nouvelle menace?

Les médias sont au nombre des nombreuses voix qui s’élèvent dans la société civile, dans le monde des affaires ou encore dans le milieu juridique, contre la volonté du gouvernement local de permettre le rapatriement en Chine continentale des personnes recherchées par les autorités chinoises.

L’exécutif hongkongais, pro-Pékin, a déposé une loi en ce sens hier, 3 avril. En assurant que toute extradition pourra être contestée devant les tribunaux.

Mais les protestataires y voient notamment la fin de l’indépendance judiciaire de l’archipel, et une nouvelle érosion des droits et des libertés dont Hong Kong doit jouir en principe jusqu’en 2047, en vertu de l'accord de rétrocession.

Et pour l’Association des journalistes de Hong Kong, cela va constituer une menace pour les reporters. L’organisme est l’un des signataires d’une déclaration qui stipule que « l’amendement va permettre aux autorités chinoises de mettre la main sur les journalistes en se basant sur des accusations non fondées ».

Une épée de Damoclès, selon les signataires, qui va museler les journalistes, mais aussi les lanceurs d’alerte.

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