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Contrôle des armes à feu : des médecins se mobilisent au pays

Une manifestation contre les armes à feu à Toronto

Photo : Radio-Canada / Camille Feireisen

Camille Feireisen

Un regroupement de médecins d'un partout au Canada favorable à un contrôle plus strict des armes à feu organise une journée d'action nationale mercredi. Ils se réunissent avec d'autres professionnels de la santé dans 16 villes canadiennes, pour dénoncer ce qu'ils appellent une crise de santé publique.

À Toronto, c'est devant l'église Metropolitan United au centre-ville que quelque 200 médecins, professionnels de la santé, mais aussi des Torontois et des familles des victimes de la fusillade survenue sur l'avenue Danforth en juillet dernier se sont réunis.

Une manifestation similaire a lieu à Montréal.

L'organisation Médecins canadiens pour un meilleur contrôle des armes à feu (Canadian Doctors for Protection from Guns en anglais) a été formée en février dernier afin de demander au gouvernement fédéral d'adopter des lois plus strictes, y compris l'interdiction des armes de poing et d'assaut.

Cette mobilisation a lieu tandis que le Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense étudie le projet de loi C-71, qui vise à encadrer plus strictement la commercialisation et la possession d'armes à feu au Canada.

Selon l'urgentologue Dr Samuel Vaillancourt, présent à la manifestation de Toronto, la situation devient préoccupante dans la Ville Reine.

Dans les dernières décennies on a appris des guerres, celles en Irak, en Afghanistan, et ce sont certaines pratiques qu'on a mises en place dans des centres comme Toronto parfois pour répondre à des blessures par armes à feu ou des traumatismes. C'est le genre de pratique qu'on aimerait laisser aux zones de guerre.

Dr Samuel Vaillancourt, urgentologue
Le Dr Samuel Vaillancourt, chef d'équipe de traumatologie et urgentologue dans un autre hôpital de Toronto, St. Michaels porte des lunettes, cheveux poivre et sel

Le Dr Samuel Vaillancourt, chef d'équipe de traumatologie et urgentologue dans un autre hôpital de Toronto, St. Michaels

Photo : Radio-Canada

Le médecin de l'hôpital St. Michaels précise que le nombre de blessures par ames à feu a doublé depuis 2013. Il y a deux semaines j'ai eu trois blessés par balles, dont un est mort. Ce sont souvent des jeunes, dit-il.

Les manifestants se sont rendus jusqu'à l'hôtel de ville où ils ont rencontré le maire John Tory. Celui les a remercié d'être venu « passer le message au fédéral » et a dit les soutenir dans leur démarche. Il n'y a pas une seule solution pour lutter contre la violence armée, a-t-il rappelé.

Une lettre au premier ministre

Le Dr David Koff, directeur du Département de radiologie de l'Université McMaster, et ses collègues à Hamilton envoient quant à eux une lettre au premier ministre Justin Trudeau. Nous demandons que la loi C-71 soit adoptée et que ce contrôle soit mis en place, dit-il.

Selon lui, le projet de loi ne devrait pas préoccuper les tireurs sportifs ou les chasseurs.

Le fléau, ce sont ces armes qui pullulent dans les rues et qui tuent des innocents et des jeunes.

Dr David Koff, directeur du Département de radiologie de l'Université McMaster

Il affirme que la plupart des armes illégales à Toronto ne proviennent pas des États-Unis, mais sont plutôt volées ou vendues clandestinement sur le marché noir dans la région.

Il faut limiter l'accessibilité à ces armes. Il faut que les personnes qui se procurent des armes le fassent de façon beaucoup plus structurée, précise-t-il.

Certains de ses confrères ont été pris à parti par des groupes prônant le droit aux armes à feu, qui considèrent que les médecins ne sont pas des experts en politiques sur les armes à feu et se trompent de combat.

Je leur réponds que c'est tout à fait notre domaine et que nous sommes là pour empêcher les dommages, pas seulement pour réparer. Les gens comprennent bien que nous sommes là pour prévenir le diabète, les effets du tabac, c'est la même chose, c'est notre rôle, c'est aussi la prévention, répond le Dr David Koff.

Tracey Wilson aux côtés d'un homme devant un micro.

Tracey Wilson (à droite) est la vice-présidente de la Coalition canadienne pour les droits aux armes à feu et croit que les médecins n'ont pas de légitimité dans le débat sur le contrôle des armes à feu.

Photo : Coalition canadienne pour les droits aux armes à feu

Un lobby d'armes à feu demande de cibler le crime, pas les armes

Tracey Wilson, vice-présidente chargée des relations publiques pour la Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu, pense pour sa part que le regroupement de médecins se concentre sur les mauvaises personnes.

Selon elle, il faudrait plutôt se concentrer sur les causes. Peut-être avec des programmes pour les jeunes, regarder les problèmes de violences causées par les gangs de rue, précise-t-elle. Mme Wilson considère par ailleurs que les médecins ne sont pas des politiciens ou des experts en armes à feu, mais qu'ils ont « leur voix », davantage en ce qui concerne les victimes et la lutte contre le crime.

Ils demandent une interdiction des armes de poing légales et à autorisation restreinte, s'ils demandaient au gouvernement de cibler la violence de certains groupes et de combattre le crime on les suivrait totalement, souligne-t-elle.

Un mouvement similaire aux États-Unis

Ce mouvement fait écho à celui lancé l'an dernier aux États-Unis, avec les mots-clés #thisisourlane ou #thisismylane. Des médecins avaient commencé à publier sur les réseaux sociaux des photos de salles d'opération ensanglantées et des vêtements de leurs patients blessés par balle.

La National Rifle Association (NRA), le lobby américain des armes à feu, avait alors publié un message sur son compte Twitter pour discréditer les recommandations de l'American College of Physicians qui considère le problème des armes à feu aux États-Unis comme étant un enjeu de santé publique.

Record d'homicides à Toronto

À Toronto, il y a eu 78 fusillades du 1er janvier au 30 mars, faisant 10 morts.

À la même période l'an dernier, il y avait eu 82 fusillades, faisant également 10 morts. Mais Toronto a aussi connu en 2018 un nombre record de fusillades et d’homicides.

Selon les statistiques de la police de Toronto, 51 des homicides de l'année 2018 ont été commis avec des armes à feu.

En 2017, Statistique Canada a estimé que le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu avait augmenté de 42 % depuis 2013 au pays. Quelque 43 % de l’augmentation observée à l’échelle nationale depuis 2013 est attribuable à un plus grand nombre de victimes à Toronto, est-il indiqué sur le site Internet de l'organisme, qui précise que chaque année depuis 2009, environ 6 crimes violents sur 10 relatifs aux armes à feu impliquaient une arme de poing.

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