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  • Le Rwanda du commandant Roméo Dallaire

    Roméo Dallaire entouré de Casques bleus au Rwanda.

    Le général canadien Roméo Dallaire a dirigé la mission de paix des Casques bleus de l'ONU au Rwanda.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Il y a 25 ans, une guerre civile éclatait au Rwanda. Malgré la présence des Casques bleus de l'ONU, la communauté internationale échoue à empêcher ces 100 jours de carnage. Retrouvez dans nos archives le témoignage de celui qui dirigeait la mission de paix onusienne : le général canadien Roméo Dallaire.

    Le Rwanda était déjà une zone bien fragile avant que le troisième génocide du 20e siècle n’y survienne.

    En 1993, le pays se relève à peine d'une guerre civile qui a duré trois ans. Un accord de paix a été signé entre le gouvernement rwandais et le Front patriotique rwandais.

    Les Rwandais souhaitent être accompagnés par l’ONU dans un processus de paix qui doit s’échelonner sur 25 mois.

    Le lieutenant général Roméo Dallaire arrive dans ce pays d'Afrique de l'Est comme commandant en chef de la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR). Il est mandaté par l'ONU pour aider les parties à trouver une solution politique au conflit.

    Dès son arrivée, la mission humanitaire des Casques bleus se révèle un défi de taille.

    Le Point, 6 avril 1994

    Dans cette entrevue enregistrée avant l’éclatement du conflit, le commandant Roméo Dallaire explique la mission des Casques bleus au Rwanda.

    Le pays qu’il décrit au journaliste Jean-François Lépine est un territoire instable où règne une certaine anarchie.

    Un des mandats de la MINUAR est de récupérer les armes distribuées durant la guerre. Au Rwanda, on peut facilement se procurer une grenade ou encore une arme légère « pour trois, quatre piastres ».

    « Avec la prolifération d'armes, souvent la discussion tourne à la violence », souligne Roméo Dallaire.

    Le pays oscille entre des épisodes d’agitation et d’accalmie, explique Roméo Dallaire, et les frictions sont fréquentes entre ethnies, comme au sein d’une même ethnie.

    Le commandant des forces de l'ONU au Rwanda doit à chaque occasion investiguer et faire un rapport transparent des événements pour les deux parties.

    Face à cette mission de maintien de la paix qu’il qualifie de « classique », le général Roméo Dallaire se montre optimiste.

    La population nous veut, le gouvernement nous veut et le Front patriotique veut notre présence.

    Roméo Dallaire

    Il ne cache cependant pas que l’éclatement d’une crise au Burundi en octobre a compliqué son mandat.

    Le conflit dans ce pays voisin ajoute certainement à l’instabilité au Rwanda. Il implique les mêmes ethnies en plus d’amener un important flot de réfugiés.

    Préenregistrée, cette entrevue de Jean-François Lépine avec le lieutenant général Roméo Dallaire est diffusée à l’émission Le Point du 6 avril 1994.

    Des soldats du Front patriotique rwandais inspectent les restes de l'avion dans lequel l'ex-président rwandais  Juvenal Habyarimana a été tué, au printemps 1994, déclenchant un génocide qui a coûté la vie à 800 000 personnes.

    Des soldats du Front patriotique rwandais inspectent les restes de l'avion dans lequel l'ex-président rwandais Juvenal Habyarimana a été tué au printemps 1994, déclenchant un génocide qui a coûté la vie à 800 000 personnes.

    Photo : Reuters / Corinne Dufka

    C’est ce jour-là que l'avion ramenant le président rwandais Juvénal Habyarimana d'une conférence sur les crises au Rwanda et au Burundi est abattu par un missile.

    Cet assassinat entraîne une guerre civile entre les rebelles du Front patriotique rwandais, de la minorité tutsie, et les forces gouvernementales, fidèles à la majorité ethnique hutue.

    Les troupes onusiennes dirigées par le commandant Roméo Dallaire sont sur place comme outil de maintien la paix. Elles n'ont pas le droit d'intervenir dans ce génocide.

    Roméo Dallaire réclamera de l'ONU davantage de militaires, de l'équipement adéquat et la permission de passer à l'offensive afin, dans un premier temps, de prévenir les atrocités, puis de les arrêter.

    Devant l’escalade de la violence, il tentera aussi d’alerter les grandes puissances, l'opinion internationale.

    Ses appels ne seront pas entendus.

    Entre avril et juillet 1994, 800 000 Rwandais, hommes, femmes et enfants, sont massacrés.

    Le commandant des forces de l’ONU assiste impuissant aux meurtres de civils. Son cantonnement dans ce rôle lui sera reproché après les événements.

    Le Point, 13 avril 2000

    À son retour de mission en août 1994, Roméo Dallaire sombre dans la dépression. Il ne peut se défaire des scènes d’horreur qui lui reviennent constamment en tête. Se réfugiant dans l'alcool, il tente également de mettre fin à ses jours.

    Le journaliste Daniel Lessard le rencontre pour Le Point du 13 avril 2000 au moment où il démissionne des Forces armées canadiennes.

    Aux côtés de sa femme Élizabeth, il se dit brisé. Il parle ouvertement de sa tentative de suicide et de la thérapie qu’il suit depuis deux ans pour se relever de ce stress post-traumatique.

    On n’oublie pas du tout. Au contraire, la mémoire est très très active.

    Roméo Dallaire

    Roméo Dallaire entame un nouveau chapitre de sa vie, mais il ne considère pas que sa mission est terminée. Bien au contraire.

    Il considère qu'il est de son devoir de témoigner pour s’assurer que les génocidaires seront ultimement remis à la justice.

    « On dit de vous que vous êtes l’un des grands militaires de l’histoire canadienne, que vous êtes un héros, ça vous console? », lui demande le journaliste Daniel Lessard.

    « Non, ça m’embarrasse plus que d’autres choses parce que j’ai eu une mission opérationnelle », répond Roméo Dallaire. Une mission qu'il considère être un échec.

    L’ex-commandant des forces de l’ONU au Rwanda revient sur les intervenants qui auraient pu agir : le Conseil de sécurité, le Secrétariat général des Nations unies, les grandes puissances occidentales.

    Lui, il aura tenté de rendre la communauté internationale témoin, de jouer sur sa conscience, notamment à travers les médias qu’il a accueillis et protégés durant sa mission.

    Maintenant retraité des Forces armées canadiennes, Roméo Dallaire compte retourner au Rwanda, sans doute au moment de témoigner au Tribunal pénal international (TPI) qui se tiendra à Arusha, en Tanzanie.

    Pour faire mon deuil, pour revoir ceux qui ont survécu et pour pleurer ceux qui ont été massacrés.

    Roméo Dallaire

    Le Téléjournal, 29 octobre 2003

    Trois ans plus tard, Roméo Dallaire exorcise son cauchemar en publiant le roman autobiographique J'ai serré la main du diable : La faillite de l'humanité au Rwanda.

    Au Téléjournal du 29 octobre 2003, l’animateur Gilles Gougeon revient, près de dix ans après les événements, sur le génocide.

    La journaliste Josée Dupuis s’entretient par la suite avec Roméo Dallaire sur ce volumineux témoignage à la fois émouvant et terrifiant.

    « Écrire le livre était une deuxième descente aux enfers », exprime Roméo Dallaire.

    L’exercice lui aura cependant permis de se départir d’un fardeau. Celui d’avoir l’histoire uniquement dans sa tête et de craindre d’en perdre les détails pour mieux en témoigner.

    Dans son livre, Roméo Dallaire règle aussi certains comptes. Il reproche ouvertement aux pays occidentaux leur indifférence.

    Le Rwanda n'avait aucune valeur stratégique que ce soit pour son emplacement ou ses ressources, exprime-t-il. Il y avait seulement des humains. Et la communauté internationale n’était pas intéressée à y intervenir.

    Sur les Nations unies, Roméo Dallaire déclare : « L'ONU n'est que l'expression des autres puissances. Si les puissances au Conseil de sécurité ne voulaient absolument rien faire, qu’est-ce que les Nations unies et le Secrétariat pouvaient faire? »

    A-t-il pour sa part été assez convaincant?

    Bien que la fin officielle de son commandement de la MINUAR remonte à près de dix ans, le sentiment d’échec de Roméo Dallaire ne l’a pas quitté.

    Sa responsabilité de commandement se termine le 9 janvier 2004, alors qu’il entame à Arusha son témoignage devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda.

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