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À Calgary, les belles années ne reviennent pas

Greg Kwong se tient debout dans un espace de bureau vide.

Greg Kwong, un courtier immobilier à Calgary, dans un bureau vide. Le taux d'inoccupation au centre-ville tourne autour de 25% ces jours-ci.

Photo : Radio-Canada / Laurence Martin

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Demandez à n'importe quel analyste, il vous le dira : c'est à Calgary que se jouera la prochaine élection albertaine. La quatrième plus grande ville du pays, autrefois un moteur de l'économie canadienne, peine à se relever de la chute des prix du pétrole. Et les électeurs sont nombreux à blâmer les néo-démocrates de Rachel Notley pour la situation économique difficile.

Le contraste est frappant. Dans les années 2000, les véhicules de marques Jaguar, Mercedes et Audi circulaient dans un cortège sans fin sur la 17e avenue, au centre-ville de Calgary. Le gouvernement de Ralph Klein, ne sachant plus que faire de l’argent du pétrole, signait des chèques de 400 $ à chaque Albertain.

Aujourd’hui, un bureau sur quatre au centre-ville de Calgary est inoccupé. Les panneaux « à louer » ont poussé comme des champignons sur les tours géantes de la métropole albertaine.

« Ça fait plus d’un an que j’essaie de trouver un locataire pour cet espace », nous explique le courtier immobilier Greg Kwong dans un bureau complètement vide.

Il nous amène près de la fenêtre. La vue sur l’édifice d’en face n’est guère plus réjouissante : une vingtaine d’étages sont vides dans une tour toute neuve.

« Auparavant, 80 % des bureaux étaient occupés par des entreprises pétrolières et gazières », ajoute Greg Kwong. Toutefois, en raison de tous les emplois perdus – de 100 000 à 150 000 selon lui –, « c’est assez catastrophique ».

Moins de clients, plus de frais

Le chef Dominique Moussu assis au comptoir de son restaurant. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dominique Moussu, le chef propriétaire de Suzette Bistrot, à Calgary se demande parfois comment il va pouvoir garder son restaurant ouvert.

Photo : Radio-Canada / Laurence Martin

Pour des chefs cuisiniers comme Dominique Moussu, l’inoccupation des tours de bureaux s’est transposée jusque dans leur restaurant. Depuis la chute des prix du pétrole en 2014, son chiffre d’affaires recule de 10 à 15 % par année.

« On a moins de clients. Avant, les gens venaient deux à trois fois par mois. Maintenant, c’est une fois par mois », explique-t-il.

« Et puis, quand ils viennent manger, ils ne prennent plus une entrée, un plat, un dessert. Souvent, c’est juste un plat, sans vin. »

Le taux de chômage a légèrement baissé depuis deux ans, mais Calgary a un taux supérieur à la moyenne nationale.

Ça fait deux ans qu’on dit ça va revenir, ça va revenir. Je ne vois pas d'amélioration. Si jamais les pipelines ne sont pas autorisés, je ne vois pas comment l'Alberta va s'en sortir.

Une citation de : Dominique Moussu, chef et propriétaire, Suzette Bistrot

Dominique Moussu ne blâme pas la première ministre sortante – la néo-démocrate Rachel Notley – pour la chute des prix du pétrole.

Il croit toutefois qu'elle aurait dû attendre un meilleur contexte économique pour mettre en place une taxe sur le carbone ou la hausse du salaire minimum à 15 $ de l’heure – deux mesures qui réduisent ses marges de profit, déjà très minces.

« Si on continue avec cette politique-là, ça ne va pas marcher », ajoute-t-il. Le restaurateur ne sait pas encore pour qui il va voter, mais une chose est sûre, ce ne sera pas pour le NPD.

Un ajustement nécessaire?

Portraits de Rachel Notley et Jason KenneyAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La première ministre néo-démocrate Rachel Notley et le nouveau chef de l'opposition officielle Jason Kenney vont se retrouver face à face à l'assemblée à partir de jeudi.

Photo : La Presse canadienne

Le défi pour Rachel Notley, c’est que bien des Albertains pensent comme Dominique Moussu.

Selon une compilation de sondages faite par CBC/Radio-Canada, le Parti conservateur uni (PCU) de Jason Kenney mène par 10 points dans la métropole albertaine (47 % par rapport à 37 % pour le NPD).

Et depuis 1948, Calgary a toujours voté du côté du pouvoir.

Rachel Notley a moins de deux semaines pour faire renverser la grogne – une grogne que Pierre Fournier, un conseiller financier, entend régulièrement parmi les entrepreneurs qu’il côtoie.

Les gens veulent de l’espoir, un changement. Et Jason Kenney leur donne de l’espoir.

Une citation de : Pierre Fournier, conseiller indépendant en gestion du patrimoine et en affaires

Mais cet espoir pourrait-il être vite brisé? Selon le conseiller financier, si Calgary veut remplir ses tours vides à long terme, la ville ne pourra pas miser que sur le pétrole. Or, Pierre Fournier doute que des politiciens comme Jason Kenney ou même Rachel Notley veuillent s’attaquer au fond du problème : la diversification de l’économie.

« Est-ce que c’était soutenable la croissance qu’on a eue dans le passé? » Probablement pas, croit-il.

D’ailleurs, la crise d’aujourd’hui amène une réflexion nécessaire, selon lui : « Peut-être que c'est le changement dont on a besoin pour se rediriger puis avoir quelque chose qui est beaucoup plus soutenable. »

Peu importe le parti qui sera élu lors de l’élection le 16 avril, Calgary, conclut-il, doit s'habituer à sa nouvelle réalité et « vivre selon ses moyens ».

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