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Réchauffement climatique : miser sur le gaz naturel pour réduire les GES?

Des cheminées industrielles polluantes

Le Canada est le quatrième pays exportateur de gaz naturel au monde, selon Ottawa.

Photo : Getty Images

Charlotte Dumoulin

Au nord du Québec et de l'Ontario ainsi qu'en Colombie-Britannique, deux mégaprojets de gaz naturel liquéfié (LNG) sont en développement. L'industrie gazière soutient que ce type d'énergie est plus propre que d'autres et permet de réduire les émissions nationales de gaz à effet de serre. À l'opposé, les environnementalistes et certaines communautés autochtones s'inquiètent des effets à long terme. Qu'en est-il réellement?

Pas plus tard que cette semaine, des scientifiques d'Environnement Canada ont révélé que le pays se réchauffe à un rythme plus accéléré que le reste de la planète.

L'industrie gazière canadienne, dont la production se déroule presque exclusivement dans l'Ouest du pays, se targue d'être moins polluante que les autres types de combustibles fossiles et se présente comme faisant partie de la solution environnementale.

« Il y a des avantages [à utiliser le gaz naturel] dans certaines situations, mais ils sont marginaux », explique Joule Bergerson, professeure associée en génie chimique et pétrolier à l’Université de Calgary.

Comme elle, les experts s’entendent, en général, pour dire que le gaz naturel, essentiellement composé de méthane, entraîne moins de risque pour l’environnement comparativement au pétrole ou au charbon, deux énergies fossiles dont le Canada est encore dépendant.

Par exemple, lors de sa combustion, le gaz naturel dégage presque moitié moins de gaz à effet de serre que le charbon, selon plusieurs études.

Comme le gaz naturel peut être utilisé pour produire de l’électricité, il est alors considéré comme une solution pour se départir définitivement du charbon au Canada et encourager d’autres pays à le faire.

Selon l’Office national de l’énergie, en 2017, 50 % de l’électricité albertaine provenait du charbon. Le Nouveau-Brunswick, la Saskatchewan et la Nouvelle-Écosse en utilisent aussi pour produire leur électricité. Ces provinces ont toutefois des cibles pour réduire leur consommation et le gaz naturel pourrait être l’une des alternatives à l'utilisation du charbon.

Pour sa part, la Chine qui tente justement de fermer ses centrales au charbon a un fort appétit pour le gaz naturel canadien. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le consortium LNG Canada est en train d’investir 40 milliards $ dans le nord de la Colombie-Britannique pour réaliser un projet qui permettra de vendre davantage cette ressource outremer.

Martha Hall Finlay, présidente et directrice générale du groupe de réflexion Canada West Foundation, est d’avis qu’il faut regarder l’impact environnemental du gaz naturel dans une perspective plus large: « Si ça peut réduire l’utilisation du charbon en Chine, ça permettra de réduire les émissions mondiales de GES. »

Par contre, selon des experts et des environnementalistes, ces arguments ont leurs limites.

Clairement, c’est une nouvelle stratégie de la part de l’industrie pour trouver des marchés et de nouvelles infrastructures qu’on ne peut pas se permettre de développer si on est sérieux dans la lutte contre les changements climatiques.

Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace.

Le gaz naturel n’est pas sans faille

Est-ce que le gaz naturel permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre? Les experts restent prudents sur cette question.

« C’est important de garder à l’esprit tout le cycle de vie du gaz naturel. On ne doit pas juste prendre en compte le moment où il est brûlé, mais aussi les gaz à effets de serre émis pendant son extraction, son transport jusqu’à son utilisation finale », indique Gwen O’Sullivan, professeure associée en sciences de l'environnement à l’Université Mount Royal.

Cette dernière fait remarquer que, lors de sa production, le gaz naturel peut s’échapper dans l’atmosphère : « le méthane est, en fait, un gaz à effet de serre plus puissant que le dioxyde de carbone. »

Peu de fuites fugitives, d’après l’industrie

Selon Tim McMillan, président et directeur général de l'Association canadienne des producteurs pétroliers, les fuites fugitives sont rares pendant la production du gaz naturel : « dans certains cas il peut y avoir des émissions, mais nous avons [au Canada] les règles les plus strictes au monde pour les limiter. »

L’industrie gazière canadienne a toujours bon espoir que les projets de gaz naturel liquéfié continueront d’être approuvés au pays. Elle pense d’ailleurs que, tant que le Canada ne pourra pas dépendre des seules énergies renouvelables comme l’énergie solaire, le gaz naturel sera une solution de transition.

Les environnementalistes préviennent, cependant, qu’ils seront là pour s'opposer à la construction de nouveaux projets.

« Ce n’est pas une solution. Il faut passer directement aux énergies renouvelables », dit Patrick Bonin, si le Canada veut atteindre sa cible : réduire ses GES de 30 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005.

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