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Changements climatiques : le homard pourrait fuir le détroit de Northumberland

Plusieurs homards sont empilés dans une caisse.

Plusieurs homards sont empilés dans une caisse.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Jean-Philippe Hughes

L'augmentation de la température des eaux du golfe du Saint-Laurent touchera le homard, pour le meilleur et pour le pire. Comme en Nouvelle-Angleterre, des pêcheurs verront leurs prises augmenter, tandis que d'autres pourraient voir l'espèce disparaître.

Les homards sont de petites bêtes « capricieuses ». Confortables entre 12 et 20°C, ils évitent les eaux trop chaudes ou glaciales.

Le réchauffement prévu entre 1,5 et 2°C du golfe du Saint-Laurent au cours des 50 prochaines années devrait élargir l’habitat de l’espèce. Mais les pêcheurs du détroit de Northumberland, entre l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick, risquent de voir le crustacé quitter ses eaux chaudes.

Le détroit de Northumberland a toujours été problématique, relate le biologiste du homard, Michel Comeau. Les températures enregistrées dans le détroit à 40, 50 pieds sont autour de 23°C, ce qui est extrêmement élevé pour le homard.

Si les [périodes] de 20°C sont de plus en plus longues, le homard va devoir éviter ces régions.

Michel Comeau
Michel Comeau, biologiste du homard.

Michel Comeau, biologiste du homard.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Les conditions du détroit se rapprochent des eaux du sud de la Nouvelle-Angleterre, où la pêche au homard a été décimée. Malgré la hausse marquée des captures dans le nord du Maine, d’autres pêcheurs ont vu leur gagne-pain se tarir.

Nos voisins du Sud

La pêche au homard a explosé dans le Maine depuis une décennie au point de devenir la pêche la plus lucrative des États-Unis. De 20 millions de tonnes pêchées annuellement dans les années 1980, les pêcheurs ont sorti 120 millions de tonnes en 2013, précise le biologiste au Lobster Institute du Maine, Richard Wahle.

Dans le sud de la Nouvelle-Angleterre, les pêches se sont effondrées en raison des changements climatiques, mais dans l’ouverture de la baie de Fundy et l’est du Maine, nous avons une recrudescence record, explique M. Wahle. Les deux sont liés au réchauffement.

Il compare le détroit de Northumberland à la baie de Long Island Sound, entre le Connecticut et l’État de New York. Les deux sont peu profonds et très vulnérables au réchauffement.

Si vous vivez les effets négatifs du réchauffement, je dirais que ce sera dans le détroit de Northumberland.

Richard Wahle
Profil de Richard Wahle

Richard Wahle compare la situation du détroit de Northumberland avec la Baie de Long Island Sound, où la pêche au homard a été décimée.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

De nouvelles pouponnières

Ailleurs, le golfe du Saint-Laurent devrait connaître une croissance de la reproduction du homard. Le réchauffement des eaux devrait même élargir le territoire où les larves de homard se développent.

Il y a eu une augmentation des pouponnières de homard parce que l’eau chaude arrive à des profondeurs plus grandes, explique Michel Comeau, qui a travaillé au ministère des Pêches et des Océans.

Les larves de homard se développant de plus en plus loin au large des côtes, les zones de pêche devraient elles aussi s’élargir.

Trois larves de homard dans une main.

Des larves de homard.

Photo : Radio-Canada

Quand j’ai commencé à plonger avec Pêches et Océans dans les années 1980, il n’y avait plus de homard de taille moyenne à 35 pieds, explique le biologiste. Maintenant tu plonges jusqu’à 50 pieds et tu vois ces petits homards juvéniles qu’on ne voyait pas avant.

Garde-manger de planctons

L’écosystème du homard ne se résume pas qu’à la température de l’eau. Depuis quelques années, le déclin du hareng, tant au Canada qu’aux États-Unis, laisse les pêcheurs perplexes. Ils se questionnent sur l’avenir de cet appât de choix.

Au niveau de l’écosystème, l’espèce peut indiquer quelque chose, convient M. Comeau. L’eau du golfe du Saint-Laurent se démarque toutefois de celle du golfe du Maine.

On voit de côté deux pêcheurs qui remontent des cages à homard sur leur bateau.

Pêche au homard dans le golfe du Saint-Laurent

Photo : Radio-Canada / Gilbert Bégin

On n’est pas dans la même situation que dans le golfe du Maine à cause de la clarté de l’eau, croit Michel Comeau. L’eau claire favorise le passage de la lumière pour les phytoplanctons, des micro-organismes végétaux à la base de la chaîne alimentaire.

Ce sont des choses qui touchent les harengs, les baleines noires et peut-être même les larves de homards parce qu’ils mangent tous de petits crustacés, décrit Richard Wahle.

L’interaction complexe entre les facteurs climatiques et les sources d’alimentation des habitants du golfe du Saint-Laurent définira l’avenir du homard.

Nouveau-Brunswick

Industrie des pêches