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Envois de textos non sollicités : une stratégie politique appelée à prendre de l'ampleur

Un groupe d'adolescents assis à l'extérieur regardent leurs téléphones cellulaires.

Le professeur en marketing politique à l'Université Memorial, Alex Marland, estime que les campagnes de SMS politiques vont se généraliser.

Photo : iStock

Radio-Canada

Le Parti conservateur du Canada est en pleine campagne de promotion par textos pour décrier l'entrée en vigueur de la taxe sur le carbone. Même si elles sont légales, ces communications de masse comportent des risques pour la vie privée. Un spécialiste révèle des stratégies pour se prémunir contre ce type de publicité.

Au cours des jours précédant l'entrée en vigueur de la taxe sur le carbone, des habitants de la Saskatchewan, du Manitoba, de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick ont reçu un texto du Parti conservateur du Canada (PCC). Dans le message, on leur conseillait de faire le plein avant le 1er avril, soit avant que la taxe sur le carbone ne fasse grimper le prix de l’essence.

Certaines personnes se sont plaintes sur les médias sociaux. D’autres ont porté plainte au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

Voici des réponses à quelques-unes des questions soulevées par ces Canadiens au sujet des messages textes non sollicités.

Puisqu’il existe une loi antipourriel, pourquoi les messages textes politiques sont-ils légaux?

La Loi canadienne contre les pourriels interdit les messages commerciaux non sollicités. Elle ne dit rien sur les messages non commerciaux, comme ceux du PCC.

De plus, la loi prévoit des exceptions pour les messages envoyés par un parti, au nom d’un parti ou d’un candidat lors d’une élection.

Si vous avez des inquiétudes en rapport à un message reçu, vous pouvez quand même contacter le Centre de notification des pourriels.

Est-ce que les partis politiques doivent se soumettre à des règles pendant une campagne par messagerie texte?

Pas vraiment, selon Tamir Israel, avocat à la Clinique d’intérêt public et de politique d’Internet du Canada, un groupe qui étudie les questions de politiques publiques relatives au cadre légal de la technologie.

« Les partis politiques sont pratiquement dans un trou noir juridique », lance-t-il.

« Il n’y a pas grand-chose qui limite, et encore moins, qui encadre leurs actions dans la collecte d’informations, le ciblage des citoyens, l’envoi de messages textes », ajoute-t-il.

Par contre, il existe des restrictions sur l’utilisation d’appels automatisés. Les personnes à l’origine de ces appels doivent se présenter et expliquer leur objectif.

Ces appels ne peuvent être faits qu’à certaines heures de la journée.

Il n’y a rien de tel pour les messages textes. D’ailleurs, si certains messages du Parti conservateur ont indiqué le nom du chef du parti, Andrew Scheer, d’autres étaient anonymes.

Quelles informations les partis politiques peuvent-ils recueillir à partir de ces textos?

Si on répond au message ou qu'on clique sur un lien, la personne qui a envoyé le message saura que le numéro de téléphone est en service. Le numéro de téléphone et l'indicatif régional peuvent donner aussi des indications sur le lieu de résidence.

Une fois que vous cliquez sur le lien dans le message, qui a été personnalisé, votre numéro de téléphone peut servir à définir votre profil, selon Tamir Israel. Avec un fichier appelé « témoin » placé dans votre navigateur web, des informations sur les sites que vous visitez peuvent être collectées.

Ce sera le cas, jusqu’à ce que vous effaciez les témoins dans le menu Paramètres de votre navigateur.

Quels autres risques peuvent comporter les liens Internet contenus dans des textos non sollicités?

« Les messages textes et les courriels non sollicités sont les principaux moyens de propager des logiciels malveillants », explique Tamir Israel.

Parmi ces logiciels malveillants, il existe des rançongiciels qui peuvent bloquer l’accès à votre ordinateur jusqu’à ce que vous payiez une rançon.
Ces logiciels malveillants peuvent aussi infecter des sites Internet.

Cory Hann indique que le site Internet du PCC est « complètement sécuritaire ».

Même si c’est le cas, on ne peut pas toujours être sûr de l’origine des messages textes durant une campagne de SMS, surtout s’il s’agit de SMS anonymes.

Si on veut vraiment des informations sur un lien reçu dans un message texte non sollicité, Tamir Israel explique que la façon la plus sûre de procéder est de faire une recherche sur Google en utilisant un navigateur en mode privé.

Il est alors important de ne pas inclure dans la recherche les dernières lettres aléatoires à la fin de l’adresse du lien. Ces lettres sont utilisées pour collecter des informations.

Comment peut-on se mettre à l’abri d’une campagne de messages textes politiques?

Tamir Israel indique que, pour cesser de recevoir ces messages textes, la meilleure façon est de contacter le parti politique ou le candidat qui les a envoyés. Même s’ils ne sont pas tenus de vous enlever de la liste de diffusion, ils peuvent peut-être le faire.

Le directeur des communications du Parti conservateur recommande de répondre au message en indiquant « désinscrire » ou « arrêter », ou encore d’appeler le Parti conservateur du Canada.

Certaines personnes ont expliqué avoir reçu un message d’erreur lorsqu’elles ont répondu aux SMS du Parti conservateur. Cory Hann soutient toutefois que les numéros utilisés par les conservateurs dans cette campagne de textos étaient en service jusqu’à lundi midi et, donc, pouvaient recevoir des messages textes.

Les campagnes de SMS deviendraient plus fréquentes

Cory Hann a par ailleurs indiqué que cette campagne de textos était la première du PCC, mais ne sera pas la dernière.

« Il semble que cela a été un succès », se réjouit-il.

« On est à six mois des prochaines élections. Les Canadiens peuvent s’attendre à recevoir des nouvelles du Parti conservateur », ajoute-t-il.

Le professeur en marketing politique à l'Université Memorial Alex Marland estime que les campagnes de SMS politiques vont se généraliser.

« Les partis politiques vont les utiliser inévitablement. La question n’est pas si, mais quand », dit-il.

Selon lui, l’important est de s’assurer que ces messages véhiculent des informations et non des attaques personnelles sur des adversaires politiques.

Tamir Israel dit espérer que des réglementations viendront encadrer l’usage des messages textes politiques.

Il cite l’exemple de la Colombie-Britannique et du Royaume-Uni, où des lois obligent les expéditeurs de ces messages à décliner leur identité et à offrir la possibilité de rester à l’abri d’une campagne de SMS.

Avec les informations Emily Chung, CBC

Saskatchewan

Politique fédérale