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Suivre à la trace les joueurs du Canadien pour améliorer leurs performances

Daniel Carrière

Pour aider les hockeyeurs à maintenir un haut niveau de performance, le Canadien de Montréal participe à un programme de recherche avec l'Université de Montréal. Depuis deux ans, les joueurs portent des capteurs de mouvements pour gérer l'intensité de leurs entraînements.

Avec 82 rencontres par saison, ce calendrier hyperchargé impose aux joueurs de hockey un rythme d’enfer. Alors qu’un joueur de football ou de soccer joue une à deux parties par semaine, les joueurs de la Ligne nationale de hockey disputent jusqu’à quatre matchs par semaine, sans compter les déplacements d’une ville à l’autre et les nombreuses séances d'entraînement.

Malgré la fatigue qui s’accumule, les joueurs doivent maintenir un haut niveau d’intensité tout au long de la saison.

On voit des joueurs du Canadien à l'entraînement.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les Canadiens à l'entraînement

Photo : Radio-Canada

Les efforts fournis au hockey sont très courts et très intenses. À chaque présence sur la glace, les joueurs font de petits sprints de 20 à 30 secondes, se reposent quelques minutes, puis retournent pour une autre séquence de jeu explosive.

Au hockey, l’intensité du jeu finit par laisser des traces.

« On s'entend qu’avec le calendrier, ce n'est pas évident d’être à 100 % à tous les matchs. S’il y a un déplacement, si on fait quatre matchs en une semaine, ce n’est pas évident d’être à 100 % sur les quatre matchs », affirme Jonathan Tremblay, professeur agrégé à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal.

Préparer ces athlètes de haut niveau pour qu’ils soient au maximum de leur forme à chaque rencontre est un défi. Pierre Allard est préparateur physique du Canadien de Montréal depuis sept ans. Lui et son équipe doivent déterminer qui a besoin d’entraînement et qui a besoin de repos.

« C'est sûr que si on l’a trop fait travailler, on a créé de la fatigue. Quand on arrive au match, le joueur ne pourra pas performer à son meilleur. Par contre, si on ne l'a pas fait assez travailler, on va avoir le même résultat. C'est un joueur qui va être fatigué en troisième période », dit-il.

On voit M. Allard, de profil, près du banc des joueurs. Il surveille les joueurs pendant leur entraînement. Devant lui, un ordinateur portable affiche des données.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pierre Allard, le préparateur physique des Canadiens de Montréal, lors d'une séance d'entraînement.

Photo : Radio-Canada

La solution pour éviter le surmenage, c’est de trouver ce qu’il appelle le « sweet spot »; un programme d’entraînement individualisé qui prépare le joueur pour être au maximum de sa forme physique.

Pour y arriver, il faut connaître l’intensité de jeu d’un joueur de hockey. Cette intensité varie selon la position qu’il occupe dans l’alignement. Un ailier, un avant, un défenseur et un gardien de but n’ont pas la même charge de travail.

Le "sweet spot", en fait, ça serait de trouver la charge idéale d'un joueur qui fait en sorte qu'il performe à son meilleur.

Pierre Allard, directeur Science du sport et performances, Club de hockey Canadien

Étonnamment, on sait très peu de choses sur l’effort fourni lors d’un match de hockey. Les statistiques qui existent évaluent surtout la performance des joueurs. On analyse le nombre de buts, de passes, de mises en échec, mais concernant l’intensité de jeu, il n’y a pas de statistiques précises.

Mesurer l’effort en pleine action

Il y a deux ans, Pierre Allard s’est tourné vers l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal pour voir si on pouvait mesurer de façon plus objective l’effort fourni par les joueurs quand ils sont sur la glace.

Pour y arriver, l’équipe de chercheurs s’intéresse à la charge externe, une grille d’analyse qui mesure le volume et l’intensité de l’effort physique fourni par les joueurs lors des séances d’entraînement.

Pour obtenir ces données, ils ont demandé à chaque joueur de porter sous son chandail un petit boîtier électronique muni de capteurs de mouvements.

On voit un vêtement de sport spécialement conçu avec un petit compartiment pour accueillir le boîtier électronique.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le boîtier électronique est placé sur le dos du joueur.

Photo : Radio-Canada

Ce boîtier contient un accéléromètre, un magnétomètre et un gyroscope. Ces capteurs analysent chaque mouvement du joueur sur la glace.

On peut ainsi mesurer la puissance et le nombre de coups de patins. On sait aussi quand il a accéléré et quand il a ralenti.

« Avec l'aide des accéléromètres, on arrive à quantifier le travail total du joueur, la charge. Et puis, en divisant par le temps qu’il a été en mouvement, on est capable de voir les intensités que le joueur a atteintes », explique Pierre Allard.

On voit les boîtiers électroniques, qui arborent les numéros des joueurs, placés en rangées sur le chargeur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les boîtiers électroniques des joueurs placés sur le chargeur.

Photo : Radio-Canada

De la pratique à la mise au jeu

Mais, pour concevoir un programme d’entraînement individualisé, il manquait à l’équipe de chercheurs une information capitale. Ils avaient recueilli une base de données impressionnante sur le travail individuel des joueurs lors des séances d’entraînement, mais n’avaient aucune donnée sur l’effort fourni lors d’un vrai match de hockey.

Les chercheurs se doutaient bien que lors d’une rencontre l’intensité de jeu augmentait : il y a les mises en échec et le tempo est beaucoup plus rapide.

Lorsqu’ils ont voulu mettre les capteurs de mouvement sur les joueurs du Canadien lors d’un vrai match, la Ligue nationale de hockey a refusé.

« Ils ont dit : "Non, non non, on ne permet pas de suivre les joueurs avec des senseurs quelconques pendant les matchs, c’est défendu." Donc là, on avait seulement accès aux joueurs du Canadien pendant les pratiques dans les entraînements », relate Jonathan Tremblay.

On voit M. Tremblay en entrevue à la caméra.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jonathan Tremblay, professeur agrégé à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal

Photo : Radio-Canada

Pour contourner cette interdiction, les chercheurs se sont tournés vers le club-école, le Rocket de Laval. Dans la Ligue américaine, on permet aux joueurs de porter des capteurs de mouvements pendant les rencontres.

Grâce au Rocket de Laval, les chercheurs ont pu comparer l’intensité de jeu des entraînements et des matchs. Ils ont appris que la charge de travail des joueurs augmentait de 25 % à 40 % lors d’un match.

On voit les joueurs du Rocket à l'entraînement.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les joueurs du Rocket à l'entraînement

Photo : Radio-Canada

Grâce à cette information, les chercheurs ont ajusté l’intensité des entraînements. Ils ont augmenté ou diminué l’intensité de l’entraînement selon que l’équipe est à trois jours d’un match ou le matin de la rencontre.

« Ce qu'on recherche, en fait, c'est que certains exercices atteignent une intensité de match. C'est sûr qu'on ne peut pas s'entraîner toujours dans des valeurs de match. Par contre, si on peut durant la semaine avoir certains exercices qui reflètent un peu les intensités de match, c'est là où c’est important », dit Pierre Allard.

On voit une main en train de naviguer à l'aide d'un clavier d'ordinateur portable. Sur l'écran, des données s'affichent. On voit le logo des Canadiens.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les données recueillies permettent d'analyser la performance des joueurs.

Photo : Radio-Canada

Les chercheurs sont convaincus que ces outils permettront de mieux gérer le retour au jeu d’un joueur blessé en dosant l’intensité d’effort selon son état de rétablissement. On pense aussi que l’analyse de la charge externe permettra d’éviter les blessures dues au surmenage.

Ces outils ne sont pas pour autant miraculeux, ils n’augmentent pas le talent d’un joueur et ne permettront pas nécessairement de gagner des matchs, mais du côté du Canadien, on pense que l’étude de la charge externe permettra aux joueurs d’atteindre leur fameux 110 %.

Le reportage de Daniel Carrière et Éric Lemyre a été diffusé à Découverte, à ICI Radio-Canada Télé.

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