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Sous la pression de la rue et de l'armée, Bouteflika démissionne

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika se trouve en compagnie du général Ahmed Gaïd Salah, en juillet 2012, lors d'une cérémonie de remise de diplômes de l'académie militaire. Photo: Reuters / Ramzi Boudina
Radio-Canada

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a informé le Conseil constitutionnel de sa décision de mettre fin à son mandat, après que l'armée eut exigé son départ immédiat.

Dans sa lettre publiée par l'agence de presse officielle APS, le chef de l'État précise que sa démission entre en vigueur dès mardi.

« Cette décision que je prends en mon âme et conscience est destinée à contribuer à l'apaisement des coeurs et des esprits de mes compatriotes, pour leur permettre de projeter ensemble l'Algérie vers l'avenir meilleur auquel ils aspirent légitimement », lit-on dans la missive attribuée à M. Bouteflika.

Cette décision procède de mon souci d'éviter que les excès verbaux qui marquent malencontreusement l'actualité ne dégénèrent en dérapages potentiellement dangereux pour la protection des personnes et des biens qui relève des prérogatives essentielles de l'État.

Extrait de la lettre d'Abdelaziz Bouteflika au Conseil constitutionnel

Immédiatement après cette annonce, des scènes de joie étaient observées dans la capitale, Alger, notamment sur le parvis de la Grande Poste, lieu emblématique de la contestation populaire.

Théoriquement et en vertu de la Constitution, c'est le président du Conseil de la nation (Chambre haute), Abdelkader Bensalah, 77 ans, qui devrait assumer l'intérim pendant 90 jours, avant la tenue d'une élection présidentielle.

Départ immédiat, dit l'armée

Cette démission a été annoncée moins d'une heure après que le chef d'état-major des forces armées algériennes, le général Ahmed Gaïd Salah, eut exigé que le président soit déclaré immédiatement inapte à diriger le pays.

Dans un communiqué diffusé à l'issue d'une réunion du haut commandement de l'armée, le général Gaïd Salah a déclaré qu'il était du côté du peuple et qu'il ne fallait plus perdre de temps, après des semaines de manifestations massives réclamant la démission de Bouteflika. Ce dernier, âgé de 82 ans, est de santé fragile et n'est apparu que rarement en public depuis qu'il a fait un AVC en 2013.

« Nous estimons qu'il n'y a plus lieu de perdre davantage de temps et qu'il faut appliquer immédiatement la solution constitutionnelle proposée », lit-on dans le communiqué de l'armée.

Rappelons que le général Gaïd Salah a demandé, il y a une semaine, que le président soit déclaré inapte à exercer ses fonctions en vertu de l'article 102 de la Constitution. Le Conseil constitutionnel, dont le président est décrit comme un proche de Bouteflika, n'a pas donné suite à cette demande.

Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, a renoncé le 11 mars dernier à briguer un cinquième mandat. Toutefois, il a du même coup reporté l'élection présidentielle prévue pour le 18 avril sans avancer une quelconque échéance en prévision de son départ. Ce faisant, il prolongeait de facto son 4e mandat, ce qui avait été catégoriquement rejeté par la rue.

Devant la pression continue des manifestants, Bouteflika s'est engagé le 1er avril à démissionner avant la fin officielle de son mandat, le 28 avril prochain. Auparavant, la présidence avait annoncé, dimanche dernier, la formation d'un nouveau gouvernement dirigé par Noureddine Bedoui. Cette décision a été largement dénoncée par le mouvement populaire qui refuse que la transition soit gérée par des hommes de Bouteflika.

Une démission qui « ne changera rien »

« La décision de Bouteflika [de démissionner avant la fin de son mandat] ne changera rien », a confié Moustapha Bouchachi, un avocat et militant des droits de la personne, actif sur le terrain.

Il a mis en garde contre la perpétuation du système avec le nouveau gouvernement désigné par Bouteflika. « Ce qui est important, à nos yeux, c'est que nous n'acceptons pas le [nouveau] gouvernement. Les manifestations pacifiques vont continuer », a-t-il dit.

Les milliers de manifestants qui ont défilé dans les rues d’Alger et de plusieurs villes algériennes exigent, outre le départ de Bouteflika, un changement réel et radical du pouvoir politique, qu'on désigne généralement par les termes « régime » et « système ».

L'armée s'attaque au clan présidentiel

Par ailleurs, dans son communiqué, l'armée algérienne rejette l'authenticité du communiqué présidentiel qui annonçait le 1er avril la démission du président Abdelaziz Bouteflika avant la fin de son mandat. L'état-major estime qu'il émane « d'entités non constitutionnelles et non habilitées », qu'il n'a pas nommées, même s'il est permis de conclure qu'il fait référence à l'entourage immédiat du chef de l'État.

Le général Gaïd Salah, présenté pourtant comme un allié du président Bouteflika, s'en est pris aussi à « l'entêtement, la tergiversation et la sournoiserie de certains individus qui oeuvrent à faire perdurer la crise et la rendre plus complexe ».

Ces individus, qui ne sont pas identifiés, ont pour « seul souci la préservation de leurs intérêts personnels étroits », poursuit le communiqué, qui précise que l'armée a pour « unique ambition » de « protéger le peuple d'une poignée de personnes qui s'est indûment accaparé des richesses du peuple algérien » et qui « à l'heure qu'il est [...] s'affaire » à fomenter « des plans douteux, tendant à déstabiliser le pays ».

Avec les informations de Reuters, et AFP

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