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Montréal peine à contrer les voleurs de vélos

La roue d'un vélo volé.
La roue d'un vélo volé Photo: iStock
Vincent Rességuier

L'arrivée du printemps marque le retour massif des bicyclettes dans les rues de la métropole, mais aussi le réveil des voleurs de vélos. Cette année encore, ils devraient pouvoir agir sans être trop inquiétés par les autorités qui, malgré des résultats peu concluants, n'ont pas révisé leur stratégie pour faire échec au vol. Pourtant, les solutions existent. Tour d'horizon.

Magali Bebronne le reconnaît sans détour. Les voleurs de vélos ont la vie belle et il n’y a pas de raison que ça change. Malgré quelques timides efforts dans les dernières années, selon cette chargée de projet chez Vélo Québec, les moyens demeurent « modestes » et les larrons ne souffrent pas d’une répression à toute épreuve, loin de là. Elle souligne qu’ils disposent en plus d’une « foule de plateformes pour vendre les vélos, dont Kijiji », ce qui leur facilite la vie.

Même son de cloche du côté de Dominique Audet, fondateur du groupe Vélo Volé Montréal sur Facebook. Dans un rapport remis au comité vélo de la Ville, il conclut : « Si les méthodes actuelles contre le vol semblent inefficaces, c’est que les autorités ne se sont pas adaptées aux nouvelles réalités ».

La formation est inadéquate, les outils sont limités et offrent donc peu de moyens aux cyclistes comme aux victimes de retrouver leur vélo. Cette situation n’encourage pas les victimes à faire leur rapport de vol, ne sentant pas qu’on prend le problème au sérieux.

Extrait du « Plan de lutte contre le vol de vélo 2018 » de Dominique Audet

En entrevue avec Radio-Canada, la conseillère municipale Marianne Giguère concède qu’il y a « beaucoup de fatalisme face à l’enjeu du vol de vélo ». La responsable du transport actif au comité exécutif déplore que la plupart des Montréalais aient déjà été victimes de vol ou connaissent une victime, ce qui, dit-elle, n’encourage pas les citoyens à avoir confiance dans le système actuel.

Peu de moyens engagés, peu de résultats

Selon les dernières données disponibles du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), 1890 vols de vélos ont été déclarés en 2017 sur son territoire. Un bilan dans la moyenne de la dernière décennie, qui tourne autour de 2000 larcins rapportés annuellement.

Mais la réalité serait tout autre. Certains estiment que les vols seraient cinq fois plus nombreux, d’autres, dix fois plus. Selon Magali Bebronne, « on est dans le flou » parce les vols ne sont pas rapportés. Elle souligne que les bicyclettes ont souvent une trop faible valeur pour être couvertes par les assurances. En conséquence, les victimes ne déclarent pas les vols à la police. Le SPVM a pourtant simplifié les procédures et le formulaire est disponible sur son site Internet. En 2017, 934 vols ont été rapportés en ligne.

Le policier Manuel Couture fait valoir que dernièrement son organisation a affiné ses stratégies pour limiter le recel. Marianne Giguère rappelle aussi que la police a utilisé à l’occasion des vélos appâts. Pour le reste, les autorités misent toujours sur la prévention, surtout sur le burinage, mais les résultats sont limités. En 2017, le SPVM a procédé à 24 arrestations et accusations relativement aux vols de vélos, tandis que 37 vélos ont été restitués à leur propriétaire.

Par ailleurs, 400 vélos ont été retrouvés, mais il n’a pas été possible d'identifier leur propriétaire, car ils n'avaient pas été burinés, enregistrés ni déclarés volés. Le problème, selon Magali Bebronne, c’est que seulement quelques milliers de vélos sont burinés, alors que Vélo Québec dénombre un million de cyclistes à Montréal.

C’est comme la vaccination, il faut qu’il y ait une proportion élevée de cyclistes qui procèdent au burinage pour que ça devienne une façon efficace de retracer les vélos.

Magali Bebronne, chargée de projet, Vélo Québec

Des résultats modestes, qui soutiennent difficilement la comparaison avec ceux du groupe Facebook Vélo Volé Montréal. Cette communauté gérée uniquement par des bénévoles affirme avoir aidé une soixantaine de propriétaires à retrouver leur bicyclette l’année dernière. Marianne Giguère avoue que de nombreux citoyens ne sont pas « enthousiastes » vis-à-vis du burinage et qu'ils ont l’impression que « ça ne fonctionne pas ».

Dans son rapport, Dominique Audet donne plusieurs raisons pour expliquer cet échec :

  • les services sont peu accessibles, notamment à cause d’horaires peu adaptés des cliniques de burinage;
  • les numéros gravés peuvent être altérés;
  • les policiers manquent de formation;
  • il n'existe pas de partenariat pour en faire la promotion (par exemple, entre commerçants, universités, cégeps, écoles secondaires, etc.).

Nombre de vélos burinés annuellement à Montréal :

2014 : 3127 vélos
2015 : 3789 vélos
2016 : 3477 vélos
2017 : 4286 vélos
2018 : 3991 vélos

Source : Service de police de la Ville de Montréal (SPVM)

Le partage de données : une solution qui a fait ses preuves

Dans la lignée du fonctionnement de sa page Facebook, Dominique Audet souhaiterait que la Ville de Montréal suive l’exemple de Vancouver, qui a adopté en 2015 un registre en ligne (Garage 529) ouvert à tous et accessible notamment par une application mobile.

Dans son document, il souligne que ce « mode d’enregistrement est basé sur la communauté et l’entraide » au contraire de Montréal où le service est uniquement accessible aux policiers. Et les résultats sont encourageants : au terme des deux premières années du programme, les vols ont été réduits de près de 30 % à Vancouver, note Dominique Audet.

Magali Bebronne abonde dans le même sens en soulignant qu'en cette « ère de données ouvertes », ce type de système est d’autant plus efficace que « l’information est accessible à un plus grand nombre de personnes ».

Le système couvre désormais l’ensemble de la Colombie-Britannique. La Ville de Toronto s’en est inspirée, comme une quinzaine de métropoles aux États-Unis.

Mettre les bouchées doubles sur le stationnement

Selon Magali Bebronne, la Ville doit avant tout mettre les bouchées doubles pour améliorer le stationnement pour vélos. Elle constate qu’il n’est pas toujours adapté et que les citoyens sont contraints d’attacher leur monture à des poteaux, des panneaux ou même des arbres.

Vélo Québec, comme de nombreux organismes, réclame dans un premier temps davantage de supports adaptés partout en ville, mais en particulier aux abords des stations de métro, des gares, des écoles et de toutes les institutions qui accueillent de nombreux cyclistes.

On court encore le risque aujourd’hui de laisser son vélo au métro pour la journée et de le retrouver avec une selle en moins ou seulement la roue avant.

Magali Bebronne, chargée de projet, Vélo Québec

Magali Bebronne invite aussi la Ville à innover et à investir dans des stationnements fermés, comme on en trouve à Bruxelles ou Paris. Des installations qui pourraient voir le jour dans les quartiers résidentiels où la nuit constitue une période à risque. Elle soutient que les personnes qui possèdent un vélo de grande valeur seraient prêtes à payer quelques dizaines de dollars pour un stationnement sécuritaire.

abri à vélos, région parisienne.Abri à vélos fermé, région parisienne (France) Photo : wikipedia.org

Dominique Audet indique dans son rapport que la capitale française a investi « massivement dans des stationnements sécuritaires de style box, contre un abonnement annuel d’environ 30 $ ». Le système est désormais si populaire que l’offre n’est pas suffisante. Paris propose une aide financière pour aménager ce type de stationnement dans les copropriétés. La subvention couvre environ la moitié des frais d’installation.

La Ville de Montréal en réflexion

La liste des initiatives pour lutter contre le vol s’allonge chaque année. La Ville de San Francisco, qui a enregistré jusqu’à 16 000 vols de vélos annuellement, a justement investi dans une approche qui comprend plusieurs actions.

Dominique Audet raconte que la police y a créé une escouade spécialisée et qu’elle a désormais recours à des vélos appâts. Parallèlement, la Ville a mené une campagne de prévention sur les bonnes pratiques pour se protéger du vol et a adopté le registre en ligne Garage 529.

Marianne Giguère affirme être en réflexion et se dit ouverte à toutes les options. La responsable du transport actif au comité exécutif a mené des discussions préliminaires avec l'entreprise qui gère l’application Garage 529. Un outil qui a fait ses preuves, affirme-t-elle, et qui pourrait susciter « confiance et enthousiasme » de la part de la population.

Selon ses mots, elle tente de mobiliser les différents acteurs du monde du cyclisme, notamment parce que cette option « ne se fera pas à coût nul ».

En attendant, elle confirme que la Ville va continuer d’installer de nouveaux supports adaptés dans les quartiers centraux. Elle souhaiterait aussi rendre accessible à tous les nombreux stationnements souterrains privés au moyen d'un système de réseautage.

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