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Un député vert souhaite mettre fin à la prière à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick

Le reportage d’Elisa Serret
Elisa Serret

La question de la laïcité suscite de vifs débats au Québec. Mais la séparation entre la religion et l'État est loin d'être aussi marquée dans toutes les provinces canadiennes. Dans bon nombre d'entre elles, il y a toujours une prière à l'Assemblée législative, notamment au Nouveau-Brunswick, où un député du Parti vert souhaite mettre fin à cette tradition.

Chaque fois qu’il y a des sessions parlementaires à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, elles débutent avec une prière. Chaque fois, Kevin Arseneau, un des trois députés du Parti vert de la province, reste en dehors de la chambre. Le député proteste contre ce Notre Père qu’il qualifie de pratique archaïque.

C'est une tradition passée date, pis que la prière soit télévisée avant les délibérations et que l'on s'en remet à des forces extérieures pour faire notre travail de député, je trouve qu’il y a un problème.

Kevin Arseneau, député du Parti vert du Nouveau-Brunswick

La prière à l’Assemblée législative est prescrite au paragraphe 35 du Règlement de l’Assemblée législative. Elle fait donc partie de l’ordre du jour de chaque session depuis plus de 200 ans.

La prière relève des affaires internes de la Chambre selon le greffier de l’Assemblée législative, Donald J. Forestell. Il précise que c’est le droit d’une assemblée législative d’administrer ses propres affaires, que c’est l’un des privilèges considérés comme inhérents aux corps législatifs.

Des prières partout au pays sauf au Québec et à Terre-Neuve

La prière au Nouveau-Brunswick n’est pas exceptionnelle. Elle est récitée dans huit provinces et à la Chambre des communes à Ottawa.

Seules les provinces de Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador ne récitent pas de prière à l’Assemblée législative.

À Queen’s Park, en Ontario, les prières récitées changent régulièrement. Les prières lues sont de différentes confessions religieuses. En Alberta, on observe un moment de recueillement sans faire référence à un dieu.

À la Chambre des communes, à Ottawa, au début de chaque séance, avant que les portes soient ouvertes au public, le président lit la prière. Pendant la prière, le président, les députés et les greffiers au Bureau se tiennent debout.

Prière récitée à la Chambre des communes à Ottawa

Dieu tout-puissant, nous te remercions des nombreuses grâces que tu as accordées au Canada et à ses citoyens, dont la liberté, les possibilités d’épanouissement et la paix. Nous te prions pour notre souveraine, la reine Élisabeth, et le gouverneur général. Guide-nous dans nos délibérations à titre de député et aide-nous à bien prendre conscience de nos devoirs et responsabilités. Accorde-nous la sagesse, les connaissances et la compréhension qui nous permettront de préserver les faveurs dont jouit notre pays afin que tous puissent en profiter, ainsi que de faire de bonnes lois et prendre de sages décisions. Amen.

Blaine Higgs refuse de retirer la prière

Kevin Arseneau compte déposer dès le mois de mai une motion demandant le retrait de la prière à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick. Les prières lues sont de foi chrétienne. Le député vert voudrait plutôt qu’elles soient abolies ou remplacées par un moment de recueillement sans faire référence à une religion en particulier.

Le député se butera toutefois à des opinions bien différentes. À commencer par celle du premier ministre progressiste-conservateur Blaine Higgs. Il affirme que tant qu’il sera au pouvoir, la prière restera.

Il y a des traditions qui sont importantes pour la province et elles nous représentent. Tout le monde a le droit à ses croyances et je le respecte. Mais les gens immigrent dans notre province et dans notre pays pour ce que nous sommes.

Blaine Higgs, premier ministre du Nouveau-Brunswick

Même son de cloche au parti de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. Le chef, Kris Austin, un ancien pasteur, considère aussi la prière comme étant essentielle. Selon lui, retirer la prière serait un affront aux valeurs de sa province.

Si vous ne voulez pas prier, ne priez pas. Regardez votre Facebook ou occupez-vous autrement. Mais retirer la prière serait un affront à l’histoire de la province et à ses traditions.

Kris Austin, chef de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick

L’argument des traditions ne tient pas la route selon le député Arseneau. Il rappelle que si la province avait conservé ses traditions, les catholiques et les femmes n’auraient pas le droit de vote.

Garder des traditions juste pour garder des traditions, ça n’a pas de sens en 2019. Il faut que les temps changent.

Kevin Arseneau, député du parti vert du Nouveau-Brunswick

Constitutionnelle ou non?

En 2015, la Cour suprême avait dit non à la prière au conseil municipal de la Ville de Saguenay. Le plus haut tribunal du pays avait rendu une décision unanime dans laquelle il donnait raison au Mouvement laïque québécois et au citoyen Alain Simoneau, qui s'opposaient à cette pratique en alléguant qu'elle allait à l'encontre du droit à la liberté de religion de ses concitoyens.

Selon le constitutionnaliste Benoît Pelletier de l’Université d’Ottawa, la prière dans les assemblées législatives pourrait être inconstitutionnelle, mais ça reste du cas par cas, précise-t-il.

Il affirme que tout ce qui est une pratique religieuse est a priori contestable, parce que la Cour suprême du Canada établit le principe de la neutralité de l'État. Cela signifie que l'État ne doit pas être vu comme professant une foi quelconque ou encourageant une religion en particulier ou ayant une attitude qui exclut les incroyants, ajoute M. Pelletier.

Le constitutionnaliste redouble cependant de prudence en ce qui a trait à la jurisprudence et n’est pas catégorique sur la question de la constitutionnalité des prières dans les assemblées législatives.

Contrairement aux conseils municipaux, les assemblées législatives et le parlement à Ottawa ont des privilèges parlementaires. Le jugement de la Cour suprême de 2015 a statué seulement sur le cas du conseil municipal de la Ville de Saguenay. Ce qui laisse un flou quant à l’interprétation de la loi. Il faut donc vérifier si les prières en question tombent ou non sous le couvert du privilège parlementaire.

En conséquence, les conseils municipaux sont plus sujets à faire l'objet de contestations relativement à la prière parce qu’ils ne jouissent pas de privilèges parlementaires.

Ce qui est certain, dit Benoît Pelletier, c’est que la Cour suprême précise qu’il faut regarder quel est l’objet de la prière. Est-ce, oui ou non, une prière confessionnelle? Deuxièmement, le plus haut tribunal du pays précise qu’il faut évaluer le contexte dans lequel la prière est récitée.

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