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L'arrivée d’un groupe évangélique à l’École Taché soulève des questions

La devanture des bureaux de Child Evangelism Fellowship of Manitoba.

Des cours de catéchèse seront donnés par le groupe Child Evangelism Fellowship à l’École Taché sur l'heure du midi.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le groupe religieux américain Child Evangelism Fellowship (CEF) donnera des cours à l'École Taché, de Winnipeg, à partir du 3 avril. À la demande de parents, la Commission scolaire franco-manitobaine (CSFM) a autorisé l'enseignement religieux pendant l'heure du midi. Cette décision a suscité la colère d'une mère d'élève.

Pour Erin Bockstael, membre du comité des parents de l’École Taché, le groupe Child Evangelism Fellowship est formé d'« évangélistes américains d’extrême droite ». Elle regrette notamment que la décision soit présentée comme un fait accompli aux parents.

Elle craint de ne pas pouvoir contrôler ce qui sera enseigné à ses enfants.

« lls font la promotion de leur idée de la religion, déplore-t-elle. Ils disent que l’enfant est pécheur et que le pécheur mérite une punition. Pour moi, ce sont des enseignements basés sur la honte qui vont à l’encontre des principes de la DSFM sur le renforcement du sentiment d’appartenance envers la justice sociale. »

La CSFM précise toutefois que ce sont seulement les enfants dont les parents le demandent qui suivront le cours.

Des critiques au sud de la frontière

Pour la journaliste américaine Katherine Stewart, autrice d’un livre sur les Good News Club, un groupe rattaché au CEF, le problème de ces enseignements réside dans la confusion qu’ils entretiennent chez les enfants.

« J’ai vu le cas d’une petite fille de six ans dire à sa camarade juive qu’elle ne croyait pas en Jésus et donc qu’elle irait en enfer. Un professeur est venu leur expliquer qu’il existait plusieurs croyances. La petite fille juive a accepté l’idée, mais l’autre s’est mise à pleurer en disant que ce qu’elle disait ne pouvait pas être faux parce qu’on n’enseigne pas des choses fausses à l’école », explique Katherine Stewart.

Elle ajoute qu’aux États-Unis, le groupe Good News Club a refusé des propositions pour donner des cours hors des écoles.

« L’une des plus belles choses de l’école publique c’est qu’elle accueille tout le monde, de toutes les croyances. Ce genre d’enseignement différencie les bons des mauvais chrétiens », affirme-t-elle.

Obligés par la loi

« Le mouvement doit venir de parents », indique le directeur général de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), Alain Laberge.

« Si un minimum de 25 parents [...] signent une pétition pour demander à la Commission scolaire de pouvoir offrir des cours de religion à l’heure du lunch ou après les cours [...] ces pétitions-là se retrouvent à la Commission scolaire en bonne et due forme pour obtenir l’autorisation », poursuit-il.

Selon M. Laberge, la loi fait plus que permettre la tenue de cours religieux comme celui-ci. Elle impose à la division scolaire d’autoriser sa tenue.

« La DSFM va vérifier le contenu qui va être enseigné aux enfants, va faire une vérification [des antécédents] criminels des gens qui vont faire le cours, va s’assurer qu’il ne dérange pas le curriculum de la journée », dit-il, en ajoutant que le contenu du cours doit être présenté à la direction de l’école en question.

« On regarde l’historique de tous les groupes »

En ce qui concerne les préoccupations de Mme Bockstael, M. Laberge se veut rassurant. Les vérifications du programme pédagogique et du casier judiciaire de l’intervenant ont pris environ deux mois, selon lui.

« On regarde l'historique de tous les groupes, bien entendu, ce qu’on fait c’est qu’on rencontre chacun des groupes [...] et on a un contrat avec ces gens-là où on indique : voici les valeurs de la DSFM, voici la mission et la vision de la DSFM, voici nos attentes au niveau de la DSFM. »

Ce n’est pas permis justement de faire honte aux enfants, ce n'est pas permis d'aller, ce qu’on appellerait, dans l'extrême.

Alain Laberge, directeur général de la DSFM

« Ce n’est pas un cours où est-ce que les enfants vont prêcher la bonne parole auprès des autres par la suite », affirme Alain Laberge.

Il précise que le groupe Child Evangelism Fellowship est, par ailleurs, déjà présent dans d’autres écoles au Manitoba.

Il ajoute que les demandes pour un tel cours sont adressées à la commission scolaire directement. Toutefois, Alain Laberge spécifie que l’école est ensuite avertie de la demande, bien avant qu’elle ne soit acceptée ou refusée.

Il précise que la décision relève néanmoins de la Commission scolaire franco-manitobaine, « de la même façon que lorsqu’on autorise un groupe de scouts à utiliser les locaux un samedi ».

Enseigner à la demande des parents

Pour le directeur de CEF au Manitoba, Ibukun Akin Agunbiade, le groupe religieux n’intervient que lorsque des familles le souhaitent et ne fait pas de demande auprès des écoles.

« On aide à faciliter le processus en fournissant des formulaires de pétition pour faire la demande. On offre aussi des formations pour les bénévoles pour enseigner. 80 % de nos professeurs sont des parents ou des grands-parents des enfants de l’école », précise-t-il.

Il ajoute que, bien que CEF soit présent au Manitoba depuis 80 ans son implication dans une école est remise en question chaque année et validée en fonction de la demande des parents.

En ce qui concerne les risques de prosélytisme dans l’école, Ibukun Akin Agunbiade souligne que le groupe « n’a pas le droit de solliciter les enfants. Les cours sont pour les enfants dont les parents ont fait la demande et dont nous avons eu la permission ».

Alain Laberge affirme enfin que, dans le cas où le groupe religieux ne respecterait pas les valeurs d’inclusions de la DSFM, cette dernière lui demanderait « de se retirer ».

Avec les informations de Rémi Authier

Manitoba

Éducation