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Taxe carbone : le modèle britanno-colombien est « un exemple à suivre »

Une cheminée crache de l'épaisse fumée.

Le système de tarification du carbone de la Colombie-Britannique est un exemple à suivre selon le professeur d'économie Stewart Elgie.

Photo : Associated Press / Darryl Dyck

Michaële Perron-Langlais

Avec l'entrée en vigueur de la taxe carbone, imposée par Ottawa le 1er avril, toutes les provinces canadiennes possèdent maintenant un système de tarification du carbone. Cela survient plus de 10 ans après l'introduction, en Colombie-Britannique, de la première taxe généralisée sur le carbone en Amérique du Nord.

« La taxe carbone de la Colombie-Britannique est l’une des plus efficaces au monde, soutient le professeur de droit et d’économie à l’Université d’Ottawa Stewart Elgie. C’est un exemple à suivre pour le reste de la planète. »

D’après le professeur Elgie, le système mis en place par Victoria a permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre de la province, sans trop affecter le portefeuille des Britanno-Colombiens.

Il souligne, entre autres, la hausse graduelle de la taxe. « Les gens ont eu le temps de s’ajuster, de planifier », dit Stewart Elgie.

Initialement fixée à 10 $ la tonne d’équivalents de CO2, la taxe carbone a augmenté au fil des années pour atteindre 40 $ en date d’aujourd’hui, soit deux fois plus que le montant de la taxe imposée par le gouvernement fédéral en Saskatchewan, au Manitoba, en Ontario et au Nouveau-Brunswick.

« Les gens de la Colombie-Britannique paient un prix plus élevé que le reste du Canada pour le carbone, mais ils reçoivent plus d’argent en retour », explique Stewart Elgie, qui rappelle que les résidents de la province profitent d’un des taux d’imposition les plus bas au pays.

Selon lui, les crédits d’impôt offerts aux familles et aux entreprises britanno-colombiennes permettent de compenser la hausse des prix de l’essence et d’autres produits.

Le ministre de l’Environnement de la province, George Heyman, ajoute que les revenus tirés de la taxe carbone sont également investis dans le transport en commun, les stations de recharge pour véhicules électriques et la construction de bâtiments durables.

Une mesure efficace

En plus d'avoir un impact limité sur les revenus des Britanno-Colombiens, le modèle de tarification du carbone de la province a permis de réduire la quantité de gaz à effet de serre émis sur le territoire, explique le ministre Heyman.

« Des études démontrent que nos émissions sont de 5 à 15 % plus basses qu’elles ne l’auraient été sans la taxe carbone, affirme le politicien. Notre produit intérieur brut a augmenté d’environ 19 % et la consommation de combustibles fossiles moyenne des Britanno-Colombiens a diminué de 10 % pendant les huit premières années de la taxe carbone. Alors oui, ça fonctionne. »

Stewart Elgie n’est pas surpris par ces résultats.

Les taxes sur le carbone fonctionnent parce que, quand on demande plus cher pour quelque chose, les gens vont diminuer leur consommation. C’est la base de la théorie économique.

Stewart Elgie, professeur de droit et d'économie à l'Université d'Ottawa

Une mesure qui ne plaît pas à tout le monde

Même si aucun des trois partis représentés à Victoria ne remet en question la tarification du carbone, cette stratégie demeure critiquée par certains. Selon la directrice de la Fédération canadienne des contribuables pour la Colombie-Britannique, Kris Sims, la taxe carbone ne permet pas d’atteindre les objectifs escomptés, en plus d’avoir un impact négatif pour plusieurs citoyens.

« En Colombie-Britannique, pour une personne moyenne qui se rend au travail en voiture, qui conduit pour aller à l’épicerie, qui dépose ses enfants à l’école ou à des pratiques de sports, le coût de la vie ne fait qu’augmenter, dit Kris Sims. Il faut aussi se rappeler que, lorsqu’on augmente les prix et les taxes sur l’essence, on augmente le prix de tout le reste. Votre nourriture, vos meubles, tout ce qui se trouve dans votre maison a été fabriqué ou transporté en utilisant de l’essence. »

D’après Kris Sims, la réponse aux défis environnementaux se trouve plutôt dans le développement de nouvelles technologies plus efficientes.

Pour le professeur Elgie, la tarification du carbone va toutefois de pair avec l’investissement dans les technologies plus propres. « Les entreprises ne vont pas investir dans ces nouvelles technologies si elles ne voient pas un marché pour ces technologies, dit-il. Mettre un prix sur le carbone incite les gens à acheter des appareils électroménagers ou des véhicules qui consomment moins d’énergie. La taxe sur le carbone crée un marché pour ces technologies. »

Avec des informations de Timothé Matte-Bergeron

Colombie-Britannique et Yukon

Fiscalité