•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • Envoyée spéciale
  • Une première Afro-Américaine mairesse de Chicago

    Des affiches électorales à Chicago.
    Des affiches électorales à Chicago Photo: Radio-Canada / Manon Globensky
    Manon Globensky

    Une femme prendra la tête de Chicago, pour la première fois de son histoire, à l'issue des élections municipales qui se déroulent aujourd'hui. Les deux candidates sont Afro-Américaines, mais ni l'une ni l'autre n'est perçue comme la candidate de la communauté noire, dont les défis restent nombreux.

    Toni Preckwinkle est présidente du conseil du comté de Cook, un gouvernement supramunicipal qui inclut la ville de Chicago. Elle affronte l'avocate Lori Lightfoot, nouvelle venue en politique, qui a causé toute une surprise en passant au deuxième tour.

    « Deux femmes noires convoitent le poste de maire, explique l'animateur Maze Jackson de l’émission matinale de WVON, la radio de la communauté afro-américaine, mais elles ne sont pas le choix de la communauté noire. » À ses yeux, elles ont toutes deux passé trop de temps à vouloir être progressistes plutôt que noires. Ce qui veut dire, selon lui, que les demandes des Afro-Américains, qui représentent 30 % de la population de Chicago, en ce qui concerne le développement économique, la diminution de la violence et l’équité sociale n’ont pas été entendues.

    Maze Jackson voit cependant cette élection comme celle du changement, parce que « la machine », comme les habitants de Chicago surnomment le Parti démocrate du comté de Cook responsable de l’élection de la plupart des hauts dirigeants de la ville depuis plus de 50 ans, semble s’être effondrée. La candidate Toni Preckwinkle est à la tête de « la machine », mais elle n’a pas réussi à triompher au premier tour.

    Une femme noire portant des lunettes, lève les mains en parlant lors d'une conférence.La candidate à la mairie de Chicago, Toni Preckwinkle Photo : Getty Images / Kamil Krzaczynski

    Bill Daley, un autre candidat démocrate, qui a été l'ancien chef de cabinet du président Barack Obama et qui est le frère de l’ancien maire de Chicago Richard M. Daley, n’a pas réussi à se qualifier au second tour.

    Ce contexte avantage l'avocate Lori Lightfoot, selon la journaliste Fran Spielman du Sun-Times. La candidate à la mairie « a refusé de céder aux pressions et de retirer sa candidature, même quand on lui offrait un poste au sein de la future administration de sa rivale », souligne Mme Spielman.

    Lori Lightfoot est lesbienne, ce qui a été dénoncé par un pamphlet anonyme distribué un dimanche dans les stationnements de quelques églises noires du sud de la ville. L’homosexualité est encore un sujet polémique dans des églises chrétiennes noires, plus conservatrices.

    Une femme noire parle dans un micro, assise sur un fauteuil, lors d'une conférence.La candidate à la mairie de Chicago, Lori Lightfoot Photo : Getty Images / Kamil Krzaczynski

    Lori Lightfoot, connue jusqu’à maintenant surtout pour avoir présidé le groupe de travail sur la responsabilisation de la police de Chicago, est le choix éditorial des deux grands quotidiens de la ville, le Chicago Tribune et le Chicago Sun-Times.

    « Elle est réaliste et trouve des solutions aux problèmes », affirme l’éditorial du Chicago Tribune après avoir fait la liste de ce qui l’attend : les difficultés financières de la ville et quelques scandales de corruption, les quartiers désoeuvrés et ceux en voie de s'embourgeoiser, le faible taux de croissance de la population et la double crise de la criminalité et de la police.

    Dans les quartiers, des indépendants

    Il n’y a de second tour que dans 15 des 50 quartiers de la ville. Ainsi dans le quartier 5, le South Shore, un des quartiers violents du sud, William Calloway affronte Leslie Hairston, une démocrate en poste depuis 1999.

    William Calloway, né d’une mère adolescente et qui a passé sa jeunesse en foyers d’accueil, estime « qu’il faut plus de voix indépendantes au conseil » municipal de Chicago. « Je ne crois pas que nous ayons la voix que nous méritons, ajoute-t-il. Il faut du sang neuf; plusieurs conseillers, en particulier des Afro-Américains, sont là depuis 20-25 ans. C’est le moment de voir un changement à la structure du pouvoir dans cette ville. »

    Un homme noir portant une barbe et un manteau est entouré de deux femmes noires lors d'un rassemblement citoyen.Le candidat à la mairie de Chicago, Will Calloway Photo : Getty Images / Scott Olson

    Ce candidat a été au coeur de la dénonciation de la violence policière quand Laquan McDonald, un Afro-Américain de 17 ans, a été abattu en 2014 par un policier blanc dans un autre secteur violent de Chicago, le West Side. Il a milité pour la diffusion des images de la caméra que portait le policier, ce qui a été fait 13 mois plus tard et a mené à la condamnation du policier pour meurtre l’an dernier.

    William Calloway a décidé de faire le saut en politique dans un quartier dont les besoins sont grands. « Le marché d’alimentation Dominick’s a fermé, et nous sommes dans un désert alimentaire depuis 6  ans », mentionne-t-il.

    Une fenêtre du bureau de campagne de William Calloway a été brisée lors d'échanges de coups de feu. Une fenêtre du bureau de campagne de William Calloway a été brisée lors d'échanges de coups de feu. Photo : Radio-Canada / Manon Globensky

    Et puis, la question de la violence policière est toujours d’actualité pour la communauté de South Shore, puisqu’en juillet dernier un autre jeune Noir a été abattu par la police devant un dépanneur à quelques mètres du bureau de campagne de William Calloway. D'ailleurs, la porte de son bureau est déverrouillée par un bouton à distance pour contrôler les entrées et les sorties. Il y a quelques jours, des coups de feu ont été tirés de l’extérieur.

    Mais ce qui inquiète le plus William Calloway, c’est que, devant cette violence, les Noirs désertent Chicago.

    « Nos quartiers sont en danger depuis des années et un des problèmes, c’est l'embourgeoisement, ce mouvement qui pousse tout un groupe de personnes hors d’un voisinage parce que les gens ne peuvent plus payer les loyers. C’est de la violence économique », dit-il, qui s’ajoute à la violence physique.

    Amériques

    International