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Purifier les cannabinoïdes pour comprendre leurs effets

Un plant de cannabis.
La légalisation du cannabis permet aux chercheurs de s'intéresser aux effets des cannabinoïdes. Photo: Radio-Canada / Nicolas Steinbach
Alexandre Touchette

De plus en plus de chercheurs s'intéressent à l'extraction et à la purification des composés actifs du cannabis pour en comprendre la pharmacologie. Une équipe de l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill profitera d'une technologie développée par une entreprise de Québec pour étudier les effets des différents cannabinoïdes.

L’entreprise Silicycle de Québec s’est lancée dans l’extraction et la purification de cannabinoïdes de grade pharmaceutique.

Depuis plus de 20 ans, cette compagnie produit différents types de silice utilisés par l’industrie pharmaceutique pour purifier des composés actifs qui entrent dans la fabrication de médicaments.

Un homme portant un sarrau blanc travaille dans un laboratoire.Un laboratoire de l'entreprise québécoise Silicycle Photo : Radio-Canada / Alexandre Touchette

Après avoir offert pendant des années des services de développement de procédés d'extraction aux grandes pharmaceutiques, les scientifiques propriétaires de l’entreprise ont décidé d’agrandir leur usine pour profiter de l'occasion d'affaires découlant de la légalisation de la marijuana.

Le vice-président recherche et développement chez Silicycle, François Béland, explique que les extraits purs pourront servir à la fabrication de médicaments à base de cannabinoïdes comme le Sativex.

« Pour réussir à standardiser et obtenir des médicaments qui ont toujours la même teneur en CBD et en THC, la seule façon d’y arriver est d’avoir des molécules pures et de faire des mélanges que l’on veut par la suite », ajoute-t-il.

Un homme portant des lunettes et un sarrau se tient debout dans un laboratoire et regarde la caméra.François Béland, vice-président recherche et développement pour Silicycle Photo : Radio-Canada / Alexandre Touchette

Une centaine de cannabinoïdes à étudier

Les chercheurs en médecine expérimentale s'intéressent beaucoup aux cannabinoïdes parce qu'ils interagissent avec les récepteurs CB1 et CB2 situés sur les cellules du corps humain.

Le plus connu des cannabinoïdes est le THC qui donne l'effet psychotrope euphorisant recherché par ceux qui consomment de la marijuana pour des motifs récréatifs. L'autre composé le plus étudié est le CBD, qui n’a pas d'effet psychotrope et qui intéresse les chercheurs pour ses propriétés anti-inflammatoires.

Même si l’on commence à mesurer les effets des cannabinoïdes sur la santé, il reste encore beaucoup de travail à faire sur le plan pharmacologique parce que le détail des mécanismes d’interaction entre ces composés et les cellules sont encore peu connus.

On commence à comprendre les effets du THC et du CBD, mais comme on a identifié près de 120 autres cannabinoïdes, le potentiel de recherche est énorme.

La plupart des études réalisées jusqu’à maintenant portent sur l'inhalation de cannabis fumé ou sur l'ingestion d'extraits contenant le spectre complet des cannabinoïdes contenus dans la plante.

Il y a encore peu d'études qui ont été faites sur les cannabinoïdes purs et une plus grande disponibilité de ces composés hautement purifiés est essentielle à une compréhension plus approfondie des effets du cannabis sur le corps humain.

La chromatographie à grande échelle

Après avoir extrait à l’aide d’un solvant le mélange de tous les cannabinoïdes contenus dans la plante, Silicycle utilisera de grands chromatographes pour séparer chacun des composés et atteindre une pureté de 95 % à 99 %.

Pour y arriver, le mélange est injecté dans un tube d’acier inoxydable rempli d’une poudre de silice qui a pour effet de ralentir le passage de certains composés.

En fonction de leurs propriétés physico-chimiques, les cannabinoïdes s’écoulent à des vitesses différentes et se séparent en couches durant leur chemin vers le bas du tube.

Un appareil de détection aux UV permet de savoir quand chaque cannabinoïde arrive au bas de la colonne du chromatographe, ce qui permet de les extraire un à un sélectivement.

Une très bonne nouvelle pour les chercheurs

La capacité de cette entreprise de produire en grande quantité des cannabinoïdes purs répond à un besoin criant d’une équipe de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill qui a obtenu une subvention de 1 million de dollars pour étudier la pharmacologie du cannabis.

Les chercheurs se demandaient justement où ils allaient se procurer ces produits essentiels pour décortiquer de façon fine les interactions entre les cannabinoïdes et les cellules.

« Si on fait de la recherche avec des choses moins pures, on pourrait avoir des effets secondaires ou des effets qui ne viennent pas de la molécule qu’on étudie, mais d’impuretés qui sont présentes », affirme Martin Olivier, professeur au Département de médecine de l'Université McGill en microbiologie et immunologie.

Des collègues du docteur Olivier prévoient faire des séries de tests in vitro sur les différents types de cannabinoïdes purs à l’aide de techniques de fluorescence qui permettront de voir quelle fonction cellulaire est activée ou inhibée par ces composés.

D’autres membres de l’équipe vont faire des recherches sur des souris asthmatiques qui seront exposées à un allergène qui cause la réaction immunitaire associée à l'asthme.

Les souris seront ensuite placées dans une machine qui leur fera inhaler la fumée d'un joint de cannabis et leurs réactions seront comparées à celle des souris placées dans une autre machine capable de vaporiser des cannabinoïdes purs.

Comme les chercheurs connaissent très bien la réaction des souris asthmatiques à l'allergène en question, ils pourront constater si les cannabinoïdes atténuent ou non la réaction immunitaire.

« Si jamais on a un effet positif de protection contre une réponse asthmatique, on pourra alors bien décortiquer les aspects cellulaires et moléculaires qui gèrent la réponse allergique », explique le Dr Martin Olivier.

L’équipe de l’Université McGill tentera aussi de comprendre l'effet anti-inflammatoire des cannabinoïdes et leur capacité d’atténuer la douleur. Des effets qui ont été constatés chez des consommateurs de marijuana, mais la mécanique pharmacologique n'a pas encore été expliquée.

Le reportage d'Alexandre Touchette a été diffusé à l'émission Les années lumière, dimanche, à 12 h 10, à ICI Radio-Canada Première.

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