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La taxe carbone provoque la grogne des automobilistes du Nouveau-Brunswick

Un panneau d'ESSO qui affiche les prix de l'essence.

Le prix du litre d'essence a grimpé de 5 cents, TVH comprise, au Nouveau-Brunswick, lundi.

Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère Ayçoberry

Radio-Canada

Les stations-service du Nouveau-Brunswick affichent un prix de l'essence majoré de 5 cents le litre lundi matin, TVH comprise, à cause de la taxe carbone imposée par Ottawa. Les automobilistes acceptent en général mal cette hausse, même si elle vise à lutter contre les changements climatiques.

Je ne sais pas où ça va s’arrêter! Bientôt, on sera obligé de marcher, lâche Jacques Godin, rencontré à une station-service de Dieppe, où le litre d’essence ordinaire se vend maintenant 1,26 $.

Je ne peux pas voir que ça fera une différence, que ça va tout arrêter [les émissions de gaz à effet de serre] , affirme pour sa part Roland Poirier.

Roland Poirier réagit à la taxe carbone, à une station d'essence de Dieppe.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Roland Poirier voit mal comment la taxe carbone permettra de lutter efficacement contre les émissions de gaz à effet de serre.

Photo : Radio-Canada

Le gérant de la coopérative de Dieppe et de la station-service attenante, Raymond Melanson, est plus fataliste. La hausse était annoncée depuis longtemps, rappelle-t-il.

Il ne croit pas qu’elle aura un grand impact dans l’immédiat sur les marchandises qu’il vend, exception faite des carburants, mais il est fort possible que le prix de tout ce que nous consommons augmente à plus long terme.

C’est certain qu’à moyen terme et même à long terme, il y a peut-être des entreprises qui n’ont pas la marge de profit pour l’absorber cette augmentation-là qui pourraient indirectement ou directement la refiler aux consommateurs. 

Raymond Melanson, gérant du magasin coop et d'une station Shell attenante, à Dieppe, en entrevue.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Raymond Melanson, gérant du magasin coop et d'une station Shell attenante, à Dieppe, reconnaît que la hausse pourrait faire augmenter le prix des marchandises vendues en magasin.

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

Le directeur général de l'Association des camionneurs de l'Atlantique, Jean-Marc Picard, est plus catégorique : tôt ou tard, le prix des marchandises augmentera, dit-il, parce que les entreprises de transport ne seront pas en mesure d'absorber la hausse du prix du carburant.

Un camion consomme en moyenne 70 000 litres [de diesel] par année, donc 5 cents fait une grosse différence pour une compagnie.

Jean-Marc Picard, Association des camionneurs de l'Atlantique

Depuis lundi matin, il reçoit beaucoup d'appels de membres de l'association qui vivent de l' « anxiété » par rapport à la taxe carbone et qui veulent savoir comment elle sera calculée.

D'après ses estimations, la hausse fera augmenter les coûts des entreprises de transport de 3000 $ à 5000 $ par camion, chaque année.

Le directeur général de l'Association des camionneurs de l'Atlantique, Jean-Marc Picard, en entrevue télévisée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le directeur général de l'Association des camionneurs de l'Atlantique, Jean-Marc Picard, s'attend à ce que la hausse du coût de transport des marchandises se répercute tôt ou tard sur le prix des marchandises.

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

Les Néo-Brunswickois compensés

En imposant la taxe carbone, le gouvernement Trudeau a promis de rembourser les résidents des quatre provinces touchées par l’entremise de l’Incitatif à agir pour le climat, que les contribuables doivent réclamer au moment de soumettre leur déclaration de revenus.

Pour les contribuables néo-brunswickois, cet incitatif peut atteindre 256 $ pour une famille de quatre personnes, en 2019. Une personne seule touchera 128 $ et un couple, 192 $.

Catherine McKenna en entrevue au Téléjournal AcadieAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

«Nous pouvons nous attaquer au changement climatique, mais d'une manière abordable», assure la ministre de l‘Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna.

Photo : Radio-Canada

La ministre de l‘Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, réplique aux intervenants qui disent que la taxe carbone va nuire à l’économie et causer la perte d’emplois.

Ce n’est pas vrai. Oui, aujourd’hui, ce n’est plus gratuit de polluer autour du Canada. Nous aurions aimé que toutes les provinces aient un système qui fonctionne pour [elles], mais ce sont des provinces avec des politiciens conservateurs qui ont décidé que ce devrait être gratuit de polluer. Mais nous savons que la pollution ne connaît pas de bornes. Alors, nous avons un prix sur pollution. Nous [rendons] l’argent sous forme d’une action incitative sur le climat. Tout le monde au Nouveau-Brunswick, quand vous faites [votre déclaration de revenus], vous allez recevoir l’incitatif. Une famille de quatre va recevoir 256 $. C’est plus que ce que la grande majorité des familles vont payer, explique la ministre McKenna.

Le gouvernement fédéral offrira aussi une aide aux établissements publics, aux municipalités, aux organisations sans but lucratif et aux communautés autochtones.

Peu de soutien pour les PME

Les petites et moyennes entreprises se plaignent d’avoir été oubliées. L’aide du fédéral prévue dans leur cas se limite à 5 millions de dollars.

Les entreprises sont très prêtes à faire des investissements dans leurs opérations pour devenir plus vertes, pour réduire les émissions de carbone. La problématique, c’est que tout l’argent s’en va vers les maisonnées. Essentiellement, c’est injuste, soutient Louis-Philippe Gauthier, directeur des affaires provinciales pour le Nouveau-Brunswick à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Louis-Philippe Gauthier de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Louis-Philippe Gauthier de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

D’après un sondage mené par la FCEI dans les quatre provinces touchées, 4 PME sur 5 affirment qu’elles seront en mesure de refiler le quart seulement du coût additionnel à leurs clients.

C’est le cas du service d’autocar Maritime Bus qui dessert les Maritimes. Même si les carburants représentent près de 20 % des coûts d’exploitation de l’entreprise, « nous ne voulons pas changer nos prix », affirme le président de Maritime Bus, Mike Cassidy.

Le transporteur ajuste déjà régulièrement ses prix en fonction des cours du diesel qui alimente ses autobus.

Une réaction en chaîne

Selon la PDG de la Chambre de commerce de Fredericton, Krista Ross, la taxe carbone aura un impact sur tous les produits et services puisqu’elle fera augmenter les prix de production, d’importation et d’exportation.

Elle dit avoir eu des échos d’entreprises du domaine du tourisme, en particulier, qui craignent que la taxe ne dissuade de nombreuses personnes à visiter le Nouveau-Brunswick.

Les grandes entreprises émettrices du Nouveau-Brunswick, pour leur part, sont soumises à la tarification du carbone depuis le 1er janvier.

Avec les informations de Michèle Brideau et de Hadeel Ibrahim

Nouveau-Brunswick

Consommation