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Scheer pourfend la taxe carbone des libéraux

Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Radio-Canada

« Mon premier geste à titre de premier ministre sera de mettre la taxe carbone de Justin Trudeau à la poubelle », a déclaré le chef de l'opposition officielle aux Communes, Andrew Scheer. Devant une station-service de Saint-Georges, au Nouveau-Brunswick, le chef conservateur a pourfendu la taxe carbone du gouvernement libéral, entrée en vigueur lundi en Ontario, au Nouveau-Brunswick, en Saskatchewan et au Manitoba.

« Les Canadiens peinent déjà à joindre les deux bouts et ils devront maintenant payer plus cher leur essence pour se rendre au travail, l’épicerie pour nourrir leur famille et l’énergie pour chauffer leur maison », a-t-il poursuivi devant un parterre de partisans.

« Les Canadiens ne peuvent pas se permettre de telles hausses de taxes », a-t-il estimé.

Ce n’est pas un plan environnemental, mais un plan de taxation.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

Le chef conservateur a ajouté que la taxe carbone est inefficace pour réduire les gaz à effets de serre (GES). D'après lui, « si les libéraux avaient vraiment voulu créer un programme environnemental avec la taxe carbone, ils n’auraient pas négocié des exemptions pour les plus grands pollueurs du pays ».

De leur propre aveu, les libéraux veulent augmenter le prix de l’essence, a déploré M. Scheer, en citant le premier ministre Justin Trudeau. « Ce n’est pas ce que veulent les Canadiens que j'ai rencontrés, qui travaillent dur pour gagner leur argent », a-t-il martelé, en promettant de déloger Justin Trudeau de son poste lors de la prochaine élection générale, en octobre.

Il en a profité pour dénoncer les « déficits massifs » du gouvernement libéral et leur « gaspillage des deniers publics ».

M. Scheer a promis de remettre plus de 4 milliards de dollars dans les poches des Canadiens en éliminant la TPS sur l'énergie pour chauffer leur maison, en plus de supprimer la taxe carbone. « Le chauffage, tout comme l’épicerie, n’est pas un luxe », a-t-il clamé sous les applaudissements nourris de ses partisans.

Il n’a toutefois pas indiqué comment il financerait ces mesures et il a convenu que sa politique environnementale n’était toujours pas définie. « Nous avons beaucoup de temps pour l’élaborer d’ici la prochaine campagne électorale », a-t-il simplement indiqué, en ajoutant qu’il voudrait bien voir celle des libéraux. La taxe carbone ne constitue pas un programme environnemental, a-t-il martelé.

M. Scheer a néanmoins indiqué qu’il allait mettre en place des incitatifs pour encourager les gens à réduire leurs émissions de GES. Il a aussi avancé qu’il fallait utiliser la technologie dont le pays dispose pour réduire les émissions de la planète.

Citant l’exemple de l’industrie de l’aluminium, il a indiqué que les sociétés canadiennes n'émettent qu'une fraction des GES d'une production équivalente dans un pays comme la Chine.

Un piston dans une station-service.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La taxe sur le carbone fera augmenter le prix de l'essence à la pompe de 4,42 cents le litre le 1er avril au Nouveau-Brunswick.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Entrée en scène de la taxe carbone

Les résidents de l'Ontario, du Nouveau-Brunswick, du Manitoba et de la Saskatchewan ont vu le prix à la pompe augmenter, lundi, en raison de l'entrée en vigueur de la taxe carbone fédérale qui est désormais perçue dans ces quatre provinces.

À l’initiative d’Ottawa, cette taxe est une réponse aux gouvernements de ces provinces qui n’ont pas mis en place un système de tarification des émissions de gaz à effet de serre (GES). Elle est évaluée à 20 $ par tonne de GES pour l’année 2019, un prix qui pourrait augmenter de 10 $ par année pour atteindre 50 $ la tonne en avril 2022.

Concrètement, les particuliers qui s’arrêteront dans une station-service doivent s’attendre à payer environ 4,4 ¢ de plus par litre d’essence dans ces quatre provinces.

Outre l’essence, la taxe carbone s’applique de la même façon au gaz naturel, au propane, au butane et au carburant pour avions.

En Saskatchewan, le premier ministre Scott Moe a d’ores et déjà annoncé qu’il participera au courant de la semaine à une manifestation à Regina contre l’entrée en vigueur de cette taxe.

Todd Lewis, le président de l’Association des producteurs agricoles de la province (APAS), s’attend déjà à une augmentation de sa facture. Si la taxe épargne le carburant utilisé pour les exploitations agricoles, elle s’applique tout de même aux véhicules permettant de transporter les récoltes ou l’équipement, signale-t-il.

« Il n’y a aucune façon pour nous d’éponger ces coûts. Si vous êtes le propriétaire d’une épicerie, par exemple, vous pouvez faire payer davantage vos clients », a expliqué M. Lewis, soulignant que ce n'est pas le cas des agriculteurs.

À l’instar de son homologue de la Saskatchewan, le premier ministre ontarien Doug Ford se montre aussi fortement opposé au projet. Il promet qu’il s’attaquera à cette taxe, qui est selon lui synonyme de pertes d’emplois et de récession.

« Je ne veux pas partir en guerre contre qui que ce soit, mais si l’on attaque la population et les entreprises de cette province, je vais recourir à tous les outils à ma disposition », a averti M. Ford. Il a constaté que les prix à la pompe ont augmenté ce matin.

Tout coûtera plus cher : accompagner le "petit Johnny" à son entraînement de hockey, la nourriture, les vêtements, etc.

Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

« S’ils disent qu’on vous remettra 300 $ sur les 700 $ qu’ils vous prennent, ce n’est pas juste », a-t-il ajouté.

Au Nouveau-Brunswick, le gouvernement de Blaine Higgs estime que cette taxe frappera durement les populations rurales qui n’ont pas le choix de se déplacer en véhicule, le transport en commun étant peu développé dans certaines régions. Le précédent gouvernement, celui de Brian Gallant, avait présenté un plan de lutte contre les changements climatiques, mais Ottawa avait jugé celui-ci insuffisant.

Lors d'une conférence de presse conjointe avec M. Scheer au Nouveau-Brunswick, M. Higgs, a précisé qu’il appuyait la démarche du chef des conservateurs fédéraux parce qu’il lutte, lui aussi, contre la taxe carbone.

« Le problème, en ce moment, dans cette province, c’est que nous sommes injustement traités avec l’imposition de la taxe carbone, a déploré M. Higgs. Nous luttons contre cette taxe parce que l’une des choses dont nous n’avons pas besoin, ici, au Nouveau-Brunswick, c’est de taxes supplémentaires. »

Comme le chef conservateur, M. Higgs a argué que la taxe carbone n’est pas une vraie mesure environnementale.

Il a avancé, sans fournir plus de précisions, que les provinces allaient toutes atteindre leur cible de réduction de GES et même les dépasser.

Ce n’est pas une question climatique. C’est que nous ne voulons pas fournir plus d’argent à Ottawa pour que le gouvernement le jette par les fenêtres en essayant d’acheter davantage de votes.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

Au Manitoba aussi, le gouvernement de Brian Pallister aurait voulu mettre en place son propre plan de tarification, à un taux plus bas que celui proposé par Ottawa. Après avoir essuyé un refus du fédéral, la province a joint sa voix à celles de l’Alberta, de la Saskatchewan et de l’Ontario pour s’opposer à la taxe carbone.

D'après M. Pallister, cette taxe est source d’incertitude « pour tous ceux qui se préoccupent du commerce, ou bien pour ceux qui s’inquiètent de voir les taux d’intérêt des prêts hypothécaires augmenter ».

Les résidents des quatre provinces bénéficieront toutefois de remboursements sur leur déclaration de revenus. Des paiements incitatifs de 128 $ et plus, selon les provinces, pourront augmenter en fonction des ménages, a déjà fait savoir le gouvernement Trudeau.

Pour Ottawa, la taxe carbone est une façon judicieuse de protéger l’environnement, en mettant un prix sur les activités jugées polluantes.

La tarification du carbone s’applique déjà aux émetteurs industriels depuis le 1er janvier.

Des plans provinciaux acceptés par Ottawa

Les consommateurs albertains, britanno-colombiens, québécois, néo-écossais, terre-neuviens et prince-édouardiens ne sont pas touchés par l’entrée en vigueur du plan de taxation fédérale sur le carbone puisque ces États ont déjà mis en place leur propre système de régulation des GES.

Au Québec, la mise en place du marché du carbone, en 2013, l’exempte de la taxe fédérale. L’État québécois a ainsi fixé un plafond d’émission de GES pour les grands pollueurs qui doivent acheter des unités d’émission s’ils dépassent leur plafond d’émission.

Pour 2015, ce plafond avait été fixé à 65,3 millions de tonnes d'équivalent CO2 au Québec. Ce plafond diminuera progressivement pour atteindre 55 millions de tonnes en 2020. Les entreprises qui dépassent leur plafond d’émission de GES doivent en acheter à d’autres sociétés qui ont réussi à réduire leurs émissions.

La Californie et le Québec ont harmonisé leur marché du carbone en janvier 2014, auquel s’est jointe l’Ontario en 2017. La province la plus populeuse du Canada s’est toutefois retirée du marché en 2018, s’exposant ainsi à la taxe fédérale sur les carburants fossiles.

Les gouvernements réduisant le plafond d’émission chaque année, le prix des droits d’émission devrait augmenter avec le temps et pousser les entreprises à trouver des façons de réduire leurs rejets polluants. L’objectif est d’augmenter le prix des énergies fossiles et de faire diminuer celui des énergies alternatives.

En Nouvelle-Écosse, le gouvernement a haussé la taxe sur l’essence et le mazout ce qui fera augmenter leur prix de quelque 1 ¢ du litre, tandis que le prix du mètre cube de gaz naturel augmentera également de 1 ¢.

Le coût de l’électricité a aussi augmenté de 0,19 ¢ par kilowattheure, ce qui se traduira par une hausse de la facture d’électricité des Néo-Écossais d’environ 1 % par année.

À Terre-Neuve-et-Labrador, le gouvernement a haussé les taxes sur l’essence, mais n’a pas touché au mazout résidentiel pour épargner les consommateurs les plus vulnérables.

Le gouvernement de Colombie-Britannique mise quant à lui sur les crédits d’impôt pour inciter les sociétés à réduire leurs émissions de GES. Il souhaite également réduire les déchets organiques en les transformant en énergie propre.

Le gouvernement entend également moderniser des immeubles afin de les rendre écoénergétiques. Les nouveaux bâtiments seront également construits de façon à ce que leur consommation énergétique soit nulle.

L’Alberta a, quant à elle, décidé de taxer les grands pollueurs. Le gouvernement a fixé un plafond pour les sociétés qui doivent payer pour chaque unité de GES dépassant son plafond. Le système ressemble au marché du carbone québécois sauf qu’il ne fixe aucun maximum d’émission.

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Avec les informations de La Presse canadienne

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