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Des parents se mobilisent contre la nouvelle réglementation sur l'école à la maison

Une mère fait l'école à la maison à ses enfants.

Une mère fait l'école à la maison à ses enfants.

Photo : iStock

Pétitions, entrevues, lettres adressées au ministre de l'Éducation... des parents du Bas-Saint-Laurent tentent par tous les moyens de se faire entendre depuis le dépôt du projet de règlement du gouvernement Legault, qui veut encadrer plus sévèrement l'enseignement à la maison.

Pour Marie-Ève Gagnon, l'école à la maison est davantage apparue comme une bouée de secours que comme un choix.

Son fils Loïck, un enfant hypersensible qui vit avec un trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH) sévère, n'arrivait pas à suivre le rythme de l'école traditionnelle.

Ses échecs et son retard par rapport à ses camarades de classe ont détruit son estime personnelle et provoquaient régulièrement des crises d'anxiété.

À neuf ans, mon fils avait vraiment des idées noires. Il se dévalorisait, se demandait : " Pourquoi je suis là? Je suis juste un paquet de problèmes pour tout le monde. "

Marie-Ève Gagnon, parent-éducateur

Malgré une étroite collaboration avec les enseignants de Loïck, rien ne fonctionnait, raconte Marie-Ève Gagnon.

Elle a alors pris la décision, cette année, de se charger de l'enseignement de son enfant, à la maison.

Cette décision a complètement changé la vie de son fils. Au niveau de son apprentissage, c'est incroyable, constate-t-elle.

Alors qu'il y a moins d'un an, Loïck peinait à lire, il peut maintenant passer des journées entières à la bibliothèque et fait la lecture à des personnes âgées.

C'est agréable de l'entendre lire, il fait l'intonation des personnages, c'est tout simplement merveilleux, ce qui s'est passé avec sa lecture.

L'attitude de Loïck a aussi changé radicalement. Il fait moins de crises et est maintenant plus ouvert et agréable dans ses relations avec les autres.

Plusieurs façons d'apprendre

Pour Marie-Ève Gagnon, la nouvelle réglementation proposée par la CAQ représenterait un recul grave pour le développement et le bien-être de son enfant.

Ça vient nous demander de faire un copier-coller de ce qui se passait à l'école et qui ne fonctionnait pas.

Marie-Ève Gagnon, parent-éducateur

Elle soutient que l'apprentissage libre et par intérêt, qui est adapté aux besoins de Loïck, demeure un enseignement structuré et supervisé par un adulte.

Il connaît par cœur l'histoire de la Première Guerre mondiale, alors que c'est quelque chose qu'on voit au secondaire, mais c'était dans son intérêt alors on a fait des recherches. C'est quelque chose qui va lui rester, mais c'est pas quelque chose qui va lui faire passer son examen de quatrième année.

Le projet de règlement déposé mercredi par le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, rend obligatoire la passation d'épreuves ministérielles pour décrocher un diplôme reconnu par le ministère. L'enseignement du français, des mathématiques, de l'anglais, de l'univers social ainsi que des sciences et technologies est également obligatoire.

Comme Marie-Ève Gagnon, Isabelle Boisvert estime que le fait de rendre les examens du ministère obligatoires peut nuire aux enfants qui n'arrivent pas à s'épanouir dans ce cadre traditionnel.

Personne n'a envie d'échouer à un examen donc on va forcément orienter les apprentissages de nos enfants en fonction de la passation des examens du ministère. On vient de perdre totalement la possibilité de suivre leur rythme, leurs intérêts, déplore-t-elle.

Des feuilles de papier et des crayons sont déposés sur un long bureau en bois. On voit des mains d'élèves qui répondent aux questions.

Les évaluations provinciales scolaires sont effectuées chaque année au Nouveau-Brunswick.

Photo : iStock

Isabelle Boisvert et son conjoint ont fait le choix de l'école à la maison pour leur fille, maintenant en troisième année, dès qu'elle a atteint l'âge de la maternelle.

On trouvait que notre fille était un peu influençable, très introvertie, et on voulait lui donner le temps de solidifier sa personnalité avant de l'envoyer dans une classe de 20-25 [enfants], explique-t-elle.

Elle a rejoint le groupe Le Baluchon, dédié aux familles du Bas-Saint-Laurent qui pratiquent l'école à la maison et qui regroupe une centaine de membres. Les familles se côtoient régulièrement, pour aller jouer au parc ou pour une visite au musée, par exemple.

Les enfants forment un groupe très inclusif, ils ne sont pas enfermés dans une classe où tous ont le même âge et où le niveau socioéconomique est sensiblement le même. Ça donne des enfants tolérants avec une ouverture d'esprit.

Isabelle Boisvert, maman d'une enfant scolarisée à la maison

Déjà un suivi avec le ministère

Les familles qui font l'école à la maison sont déjà tenues d'enseigner certaines matières, comme le français, l'anglais et les mathématiques, indique Isabelle Boisvert.

Elle souligne également que la Direction de l'enseignement à la maison (DEM), dont la création découle de l'adoption du projet de loi 144 par le précédent gouvernement libéral, en est encore à sa première année d'existence.

La nouvelle réglementation ne ferait qu'alourdir sa charge déjà importante, selon elle.

En vertu du projet de loi 144, en vigueur depuis le 1er juillet 2018, les parents qui choisissent l'école à la maison pour leur enfant doivent :

  • transmettre un avis écrit d'intention de scolarisation à la maison au début de chaque année scolaire;
  • soumettre un projet d'apprentissage au ministère au plus tard le 30 septembre, qui doit être validé par la DEM;
  • dresser un état de situation à la mi-année, soit de trois à cinq mois après le début de la mise en application du projet d'apprentissage;
  • évaluer la progression de l'enfant au moyen d'une de ces cinq options; une évaluation par la commission scolaire compétente, par un établissement d'enseignement privé, par le titulaire d'une autorisation d'enseigner, par une épreuve imposée par le ministère ou par un portfolio soumis au ministère.

Il y a des parents qui sont tout à fait à l'aise d'aller à leur école de quartier faire passer des examens, mais de ce que je vois, la majorité, on est plus à l'aise avec la présentation d'un portfolio. On trouve que ça rend davantage justice à l'apprentissage que l'enfant a fait. On voit des pages de cahiers annotées tout au long de l'année, on voit la progression de l'enfant, il y a des projets, des photos, des vidéos, nous, on avait aussi apporté des objets faits par notre fille. C'est bien plus vivant, remarque Isabelle Boisvert.

Une pétition en ligne

Isabelle Boisvert et Marie-Ève Gagnon précisent qu'elles ne sont pas contre l'école traditionnelle. Le deuxième fils de Marie-Ève Gagnon fréquente d'ailleurs l'école publique et adore son expérience.

Le système peut fonctionner pour certaines personnes, mais les parents devraient avoir le droit de choisir.

Marie-Ève Gagnon, parent-éducateur

Les deux femmes espèrent que le ministre de l'Éducation entendra leur cri du cœur et révisera son projet de règlement avant qu'il ne soit adopté.

Marie-Ève Gagnon a lancé une pétition en ligne, accompagnée d'une longue lettre adressée au ministre Jean-François Roberge et au premier ministre François Legault.

La pétition a récolté plus de 300 signatures en l'espace de quelques jours.

De son côté, Isabelle Boisvert prévoit également faire parvenir une lettre au ministre Roberge.

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