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chronique

La science-fiction musicale selon Muse

Le chanteur de Muse, Matthew Bellamy , est vêtu d'une veste de cuir à paillettes et porte des lunettes composées de lumières. Il joue de la guitare.
Le groupe rock britannique Muse était de passage au Centre Bell, à Montréal, dans le cadre de sa tournée Simulation Theory. Photo: AFP/Getty Images / SUZANNE CORDEIRO
Philippe Rezzonico

De nombreux monuments et édifices publics dans le monde, incluant l'Opéra de Sydney, l'Acropole et l'hôtel de ville de Montréal, ont été plongés dans le noir durant une heure, samedi, à l'occasion du 13e événement Une heure pour la terre. Peine perdue. À Montréal, à tout le moins...

Le trio britannique Muse a consommé plus d'électricité en deux heures durant la présentation de sa tournée Simulation Theory, au Centre Bell, que l'hôtel de ville de Montréal en un mois.

Simulation est un bon mot. Ça rime avec science-fiction et cet élément est omniprésent dans la production scénique des anglais, dont le thème de leur plus récent disque (Simulation Theory) repose sur le fait qu’un univers fantaisiste puisse devenir réel. Mais attention, science-fiction avec une touche rétro, celle des années 1970 et 1980, surtout.

Et pour donner l’impression à 17 270 spectateurs qu’ils pouvaient plonger dans cette réalité virtuelle d’hier et d’aujourd’hui, Muse a mis le paquet.

Comme pour cautionner le slogan « We are caged in simulation » (Nous sommes emprisonnés dans une simulation) qui apparaissait sur l’écran monumental qui surplombait la scène, Matt Bellamy (voix, guitare), Christopher Wolstenholme (basse), Dominic Howard (batterie) ainsi que leur musicien accompagnateur de tournée Morgan Nicholls (claviers, synthétiseurs) ont interprété d’emblée Algorithm, flanqués de 10 danseurs-danseuses armé(e)s de trombones qui ont arpenté la scène aux formes géométriques vêtus d’uniformes lumineux.

Éclatant spectacle

Durant les deux heures qui ont suivi, le concert dynamité de Muse, au plan musical, s’est transformé – comme d’habitude – en un éclatant spectacle visuel.

Pressure a été offerte dans un océan de lumière vert lime qui allait jusqu’à épouser les contours de la scène. Pendant que Wolstenholme s’offrait une ligne de basse digne des Red Hot Chili Peppers sur l’acide, quatre astronautes (?) vêtus en blanc survolaient la scène durant Break It To Me, tout en se servant de leurs lampes de poches tels des sabres-lasers. À ce moment, Bellamy était sur la petite scène au milieu du parterre et d’autres lasers émanaient des 10 modules lumineux installés dans les gradins du Centre Bell, parmi les spectateurs. On ne savait plus où donner de la tête.

Le bombardement sensoriel s’est poursuivi avec une multitude de tableaux visuels et scéniques. Pour Propaganda, le titre de la chanson défilait sur les écrans dans différentes calligraphies, tandis que les danseurs braquaient leurs canons vers le ciel pour cracher des fumigènes. Durant Pray, Wolstenholme et Howard tapaient sur des tambours si gros que l’on se croyait à un concert d’Imagine Dragons.

Majoritairement incrusté dans un univers robotique et métallique, Muse s’est échappé quelques minutes de ce carcan pour offrir une version rien de moins que volcanique de Uprising.

Rencontre du 3e type

Mais pas longtemps. L’introduction sonore de la guitare de Bellamy de Rencontre du 3e type qui précédait Supermassive Black Hole nous a replongé instantanément dans un monde digne de Battlestar Galactica, auquel le vaisseau interstellaire que l’on voyait sur l'écran nous faisait penser. Les bombes Hysteria et The 2nd Law : Unsutainable n’ont pas fait baisser le mercure une seconde, avant que l’interprétation de Dig Down, en mode acoustique, se révèle être la première accalmie après une heure de défonce.

Parfois, on se demande comment la voix haut perchée de Bellamy tient le coup. Mais elle n’a pas montré de signes de défaillance. Ce dernier est descendu saluer la foule au parterre durant Mercy, une bonne mise en bouche pour Time is Running Out qui a été l’un des titres les plus dansants de la soirée.

Moment cocasse : Bellamy était en train d’interpréter Starlight avec ses lunettes et son veston lumineux, lorsque le plancher de la scène centrale s’est mis à descendre quand il ne le fallait pas. Le chanteur-guitariste a eu le temps de la quitter, un sourire accroché au visage.

Réel et virtuel

Dans ce concert où le virtuel et le réel s’entrecroisent constamment, l’une des figures maîtresses est ce robot dont la tête est un mélange entre Ultron – du film des Avengers – et une tête de mort, et dont le corps se veut un squelette robotisé. Durant le concert, on le voit hurler des ordres sur écran, tel un militaire, ou être coincé dans un cube de verre dans des mondes parallèles. Une présence constante, donc, pour celui qui symbolise l’univers fantaisiste de Muse dans ce concert.

Dans le dernier droit, il devient donc réel à son tour par l’entremise d’une structure géante et menaçante qui apparait derrière la batterie de Howard. Le « robot » ne cessera de gesticuler durant le quart d’heure où Muse s’offre une cassade de chansons d’antan et d’aujourd’hui trempées dans le métal. Quart d’heure où le nombre de lasers sera décuplé au point où n’importe quelle scène de n’importe quel film de l’univers de La Guerre des étoiles a l’air chiche, rayon effets spéciaux. C’est vous dire…

Il faudra l’harmonica de Wolstenholme pour l’instrumentale de L’homme à l’harmonica d’Ennio Morricone pour reprendre notre souffle, tout juste avant la finale déjantée de Knights of Sydonia avec des dizaines de ballons dans la foule.

Les gars de Muse on-t-il réussi leur coup? Nous ont-ils happés dans leur monde virtuel? Avons-nous rêvé cette orgie visuelle et sonore qui a martyrisé nos rétines et nos tympans durant deux heures, ou tout était bien réel? Parfois, les simulations, ça laisse planer le doute. Comme la science-fiction, d’ailleurs.

Peu importe, c’était diablement efficace.

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Muse sera au Centre Vidéotron de Québec, le dimanche 31 mars. La première partie sera assurée par Walk the Moon.

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