•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une monnaie locale pour aider les plus démunis lancée à Québec

Des jetons de la monnaie ultra-locale Entrai-dons.

Photo : Radio-Canada

Trois filles de Québec ont officiellement lancé une monnaie locale dans Saint-Roch aujourd'hui. Les pièces de l'Entrai-dons permettront aux personnes en situation de précarité financière de se procurer des produits alimentaires et d'hygiène, notamment.

Quelque 1000 jetons de l'Entrai-dons, chacun d'une valeur de 1 $, sont maintenant en circulation dans Saint-Roch.

La monnaie est le fruit du travail de Jessy Robichaud, d'Alexia Alaux et de Victoria Thân, membres du groupe Enactus de l'Université Laval.

« J'habite le quartier. En marchant, tu te rends compte qu'il y a beaucoup de besoins, tu te rends compte qu'il y a des préjugés », explique Jessy Robichaud, qui cherchait une idée pour venir en aide aux personnes plus démunies faisant partie de son quotidien.

Victoria Thân, Jessy Robichaud et Alexia Alaux sont derrière l'initiative de l'Entrai-donsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Victoria Thân, Jessy Robichaud et Alexia Alaux sont derrière l'initiative de l'Entrai-dons.

Photo : Radio-Canada

L'un des problèmes, a remarqué le trio, est que plusieurs citoyens ont « de la difficulté à donner », entre autres parce qu'ils ne savent pas si leur argent sera utilisé à bon escient.

Il fallait « couper la poire en deux », dit Mme Robichaud, trouver un moyen de rassurer les donateurs tout en atteignant l'objectif de venir en aide aux personnes ciblées.

Une fois l'idée sur papier, le groupe s'est mis à l'étude des besoins. « On n'a pas voulu que ce soit un projet qui reste dans les bureaux », poursuit Alexia Alaux.

Après une série de rencontres avec des organismes et des personnes vivant en situation de précarité, il était clair que la monnaie répondrait à une demande dans le quartier Saint-Roch.

Comment ça marche?

Les personnes qui souhaitent donner peuvent acheter les pièces dans les commerces participants pour ensuite les distribuer dans la rue. Leur don peut aussi être laissé sur place. Les personnes dans le besoin pourront venir chercher l'équivalent de cinq dollars par visite.

Pas d'alcool, pas de tabac

Deux commerces, soit L'Intermarché et la pharmacie Brunet, ainsi que l'organisme Lauberivière, ont accepté de prendre part au projet et accepteront dorénavant les jetons d'Entrai-dons.

Dans le cas de l'épicerie L'Intermarché de la rue Saint-Joseph, les personnes qui se procureront des produits avec cette monnaie ne pourront acheter de l'alcool, du tabac ou encore des billets de loterie.

À Lauberivière, la monnaie pourra être échangée contre un repas ou de l'hébergement. Son directeur général, Éric Boulay, rappelle que toute personne peut obtenir des services gratuitement. Mais il assure que les usagers souhaitent contribuer, même s'ils n'ont pas de moyens financiers.

« Souvent les gens veulent contribuer », dit-il, ne serait-ce que pour leur dignité. M. Boulay souligne que demander de l'aide peut, pour certains, être une épreuve humiliante.

Quelques personnes vivant en situation de précarité financière ont pu apprendre l'existence de l'Entrai-dons, samedi, lors du lancement au parvis de l'église Saint-RochAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Quelques personnes vivant en situation de précarité financière ont pu apprendre l'existence de l'Entrai-dons, samedi, lors du lancement au parvis de l'église Saint-Roch.

Photo : Radio-Canada

Regards et préjugés

« Les gens te regardent comme si tu n'étais rien », a confié une femme vivant en situation de précarité financière et rencontrée par Radio-Canada au lancement de l'Entrai-dons, sur le parvis de l'église Saint-Roch.

« Ça va créer de l'entraide », croit pour sa part Julie, qui aura elle aussi recours à la monnaie. « Quand t'es marginale, quand t'es précaire, tu es jugée. Les gens ont peur. Ça va peut-être permettre aux gens de mieux nous connaître, de nous apprivoiser », espère-t-elle.

Julie ne s'en cache pas, l'alcool fait parfois partie de la liste d'épicerie des personnes qui quêtent dans la rue. « Mais on achète aussi beaucoup de bouffe. On mange! » a-t-elle poursuivi, demandant aux gens de relativiser les choses. « On est comme tout le monde. »

Quand on se fait répondre bête, qu'on se fait regarder ou juger, c'est sûr que la bière est bonne.

Julie

D'autres commerces de Saint-Roch pourraient s'ajouter à la liste des partenaires de la monnaie locale. Depuis la médiatisation du projet, au début du mois de mars, un barbier a notamment levé la main.

Les instigatrices ne ferment pas la porte à ce que la monnaie s'étende à d'autres quartiers de la ville.

Avec les informations de Marc-Antoine Lavoie

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Québec

Société