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Prévention de l'obésité : Agropur, Lassonde et Saputo arrivent en queue de peloton

Un docteur écoute le cœur d'un garçon obèse à l'aide d'un stéthoscope.

Agropur, Industries Lassonde et Saputo arrivent en queue de peloton parmi 22 entreprises examinées par la docteure Lana Vanderlee et ses collègues.

Photo : iStock

La Presse canadienne

Les plus grandes entreprises alimentaires du Québec seraient des cancres en matière de prévention de l'obésité et des maladies chroniques, selon une étude réalisée par une chercheuse de l'Université de Toronto.

Agropur, Industries Lassonde et Saputo arrivent en queue de peloton parmi les 22 entreprises examinées par la docteure Lana Vanderlee et ses collègues, lors d'une étude que les chercheurs présentent comme étant la toute première enquête en son genre.

Les 22 entreprises étudiées sont les plus importantes du secteur alimentaire du Canada. Elles ont été choisies en fonction de leur part de marché, telle que calculée en 2016 par la firme Euromonitor.

Agropur obtient le pire score de toutes les entreprises examinées : seulement quatre points, sur un maximum possible de 100. Lassonde récolte pour sa part neuf points et occupe la 18e place. De son côté, Saputo a reçu 11 points, ce qui lui vaut le 17e rang sur 22. Elle est la seule des trois entreprises québécoises à avoir participé à l'enquête. Dans les cas d'Agropur et de Lassonde, la docteure Vanderlee et ses collègues ont dû se contenter des informations qui étaient disponibles au public.

Le rapport prévient que, en moyenne, les entreprises qui ont participé au processus ont obtenu de meilleurs scores que celles qui ne l'ont pas fait.

Les chercheurs ont utilisé l'outil BIA-Obesity qui évalue les politiques et les engagements des entreprises dans six domaines : la stratégie d'entreprise (10 points), la formulation des produits (30 points), l'étiquetage nutritionnel (20 points), la promotion des produits auprès des enfants et des adolescents (30 points), l'accessibilité des produits et les relations avec les groupes externes (5 points chacun).

L'enquête visait notamment à identifier dans quels secteurs les grandes entreprises alimentaires du Canada font preuve de leadership quand vient le temps de créer « un environnement alimentaire plus sain ».

Certaines des plus grandes firmes alimentaires témoignent d'un certain leadership dans ce domaine, mais, règle générale, il y a encore beaucoup de travail à faire. Les entreprises doivent accroître leur transparence en ce qui concerne leurs politiques et leurs engagements.

Lana Vanderlee, chercheuse à l'Université de Toronto

Sobeys, une filiale du géant néo-écossais Empire, prend le 19e rang avec 6 points. Le mastodonte alimentaire Nestlé arrive en première place avec 60 points, devant Unilever (58) et Coca-Cola (49).
Dans son étude, la chercheuse souligne toutefois certains bons coups de ces trois entreprises québécoises.

Saputo est ainsi saluée pour son « engagement primordial » envers la nutrition et la santé de la population. L'entreprise a détaillé ses efforts en appui à des programmes d'éducation à la nutrition et à la vie active. Elle fournit aussi les informations nutritives de tous ses produits sur son site web.

La vision d'entreprise de Lassonde « reconnaît la nutrition et la santé ». On mentionne aussi l'étiquette « Signature santé » de l'entreprise, qui identifie les produits :

  • faits de jus à 100 % ne contenant pas de sucre ajouté ou d'arômes ou de colorants artificiels;
  • qui sont une bonne source de vitamine C;
  • qui constituent deux portions de fruits et légumes par portion de 250 ml.

Les commentaires positifs se font plus rares du côté d'Agropur. On rapporte une certaine transparence quant aux organisations, aux groupes philanthropiques, aux groupes de lobbying et aux associations que l'entreprise soutient. On salue aussi la divulgation en ligne des informations nutritives de ses produits.

Recommandations

En revanche, le rapport recommande à Agropur, Lassonde et Saputo :

  • de se doter d'objectifs fermes en matière de réduction du sel, du sucre et des gras saturés;
  • de mettre en place une stratégie pour réduire la promotion de produits moins sains auprès des jeunes de moins de 18 ans;
  • de s'engager à collaborer avec les écoles pour ne pas vendre les produits moins sains à l'intérieur de leurs murs.

Il recommande aussi à Lassonde et à Saputo :

  • d'adopter une politique qui limiterait les affirmations santé (par exemple, 99 % sans gras) aux produits classés « sains »;
  • de développer des cibles et objectifs d'entreprise respectant les buts de Santé Canada ou d'organismes comme l'Organisation mondiale de la santé;
  • d'améliorer la transparence de leurs relations avec les groupes externes liés à la nutrition et la santé.

Les trois entreprises québécoises obtiennent une note inférieure au score médian de 27 points concernant la formulation de leurs produits; la meilleure performance est celle de Saputo, avec 13 points. Ce score témoigne des efforts pour réduire la teneur en sel, en gras saturés, en gras trans et en sucres ajoutés de leurs produits.

Au chapitre de l'étiquetage nutritionnel, qui renseigne les consommateurs en ce qui a trait à la composition des aliments, Lassonde surpasse le score médian (16 points) avec 22 points. Saputo et Agropur en reçoivent 14.

Cinq entreprises – dont Agropur, Lassonde et Saputo – n'étaient dotées d'aucune politique restreignant le marketing de leurs produits malsains aux enfants, selon la chercheuse.

Agropur réplique qu'elle « est une coopérative qui propose des produits sains et, conséquemment, ses stratégies de promotion ne sont pas les mêmes que celles des entreprises qui vendent des produits moins sains ».

Enfin, les trois entreprises québécoises reçoivent une note de « zéro » concernant les efforts déployés pour s'assurer que plus de produits sains soient offerts – et tout aussi abordables, sinon plus abordables – que de produits malsains.

Enquête incomplète

Invitées à commenter les résultats de l'étude, Agropur, Lassonde et Saputo ont remis en question certaines conclusions, en affirmant que l'enquête est incomplète et ne tient pas compte de l'ensemble des informations disponibles.

Lassonde a confirmé avoir refusé de participer à cette enquête. La docteure Vanderlee a assuré n'avoir jamais reçu de réponse d'Agropur, malgré de multiples tentatives. Agropur prétend de son côté n'avoir jamais refusé de prendre part à l'étude et même avoir « eu des discussions avec la chercheuse, mais en l'absence de suivi, le tout s'est retrouvé sur la glace ».

Agropur a ajouté qu'elle « s'engage, de façon prioritaire, auprès d'organismes qui font la promotion de la santé et de la nutrition ». La directrice des relations publiques de l'entreprise Diane Jubinville a souligné que « la coopérative est [...] partenaire du Club des petits déjeuners [...]. Agropur est aussi une partenaire majeure de la Fondation OLO [et] fournit [...] des denrées alimentaires au réseau Moisson Québec et à plusieurs banques alimentaires à travers le Canada ».

Le vice-président des communications des Industries Lassonde, Stefano Bertolli, n'a pas expliqué pourquoi l'entreprise n'a pas participé à l'enquête, mais a indiqué dans un courriel avoir constaté que « plusieurs informations qui se trouvent sur notre site web n'ont, semble-t-il, pas été considérées dans la préparation de ce document. Offrir des produits adaptés aux nouvelles réalités fait partie de notre stratégie d'affaires depuis de nombreuses années. Cela se traduit par le développement de produits à faible teneur en sucre; des produits avec moins de calories, des produits faits avec de l'eau de source, des produits biologiques, etc. ».

Il ajoute que « plus de 90 %des innovations en 2017 et 2018 sont dans la catégorie santé et bien-être ». Il rappelle également que les Industries Lassonde, par l'intermédiaire de divers programmes de dons et commandites, sont fières « d'être un partenaire de choix pour différents organismes et événements qui font la promotion de saines habitudes de vie ».

Du côté de Saputo, la vice-présidente des communications Sandy Vassiadis a reproché par courriel que « les conclusions sont fondées sur nos données datant de 2017. Une grande partie des points soulevés sont déjà adressés dans notre plan triennal en matière de responsabilité d'entreprise et nous travaillons déjà sur plusieurs initiatives ».

Les deux tiers des adultes canadiens et le tiers des enfants du pays souffrent d'embonpoint ou d'obésité. Moins du quart des Canadiens ont une alimentation de qualité, selon le Guide alimentaire canadien. Les aliments transformés et emballés représentent, en moyenne, plus de la moitié de l'alimentation des Canadiens.

Les problèmes de santé associés à l'alimentation engendreraient chaque année des coûts directs et indirects d'environ 13 milliards, selon une étude publiée en 2018 par le journal scientifique PLOS ONE.

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