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La direction de Québec solidaire accusée d’orienter le débat sur la laïcité

Manon Massé parle dans un micro, entourée de plusieurs délégués et de Gabriel Nadeau-Dubois.

Les délégués de Québec solidaire se réuniront en Conseil national samedi et dimanche au Cégep Limoilou de Québec pour débattre de la laïcité.

Photo : Radio-Canada

Mathieu Dion

Québec solidaire décidera ce week-end de la position qu'il adoptera dorénavant en matière de laïcité. Au Conseil national à Québec, tout indique que celle du compromis, inspirée des recommandations de la commission Bouchard-Taylor, pourrait voler en éclats en faveur d'une plus grande inclusion.

Le Collectif laïcité estime d’ailleurs qu’il y a une « volonté de la direction [du parti] de limiter le débat pour ne pas en faire un plus large sur la laïcité », dénonce sa coordonnatrice Lise Boivin. Elle dit anticiper les discussions « difficilement » et « péniblement ».

On a le droit de dire qu'on n'est pas d'accord, donc on n’est pas complètement muselés. Mais une interdiction pour tous les agents de l'État a été jugée irrecevable dans le débat actuel.

Lise Boivin, coordonnatrice du Collectif laïcité

C’est que seulement deux options seront débattues. Selon un document de réflexion soumis aux membres, l’option A préconise le statu quo, soit l’interdiction de signes religieux pour les employés de l’État en autorité (juges, procureurs, policiers et gardiens de prison). L’option B prône « qu’aucune règle particulière sur les signes religieux ne devrait s’appliquer ».

Mme Boivin aurait souhaité avoir « un vrai débat sur qu’est-ce que le devoir de réserve », c’est-à-dire le principe inscrit dans le programme solidaire dont découle le compromis – ou l’interprétation – de l’aile parlementaire depuis 2010.

Avec l’avènement du projet de loi caquiste, le parti a cru bon de réfléchir à cette interprétation afin de l’actualiser, d’autant plus qu’elle n’a jamais été débattue ni adoptée par le Conseil national ou en congrès.

Le leader parlementaire Gabriel Nadeau-Dubois se demande si le compromis est encore « possible » et « vivable » avec la nouvelle pièce législative, qui inclut une interdiction pour les enseignants et les directeurs d’écoles.

« C’est la question qu’on va se poser en fin de semaine », a-t-il déclaré.

Un élan en faveur de l’option B

Le collectif Solidaires pour un Québec laïque et inclusif, qui range tout son poids derrière l’option B, se montre beaucoup plus optimiste. Le programme dans son ensemble, « inclusif » et « féministe », ne serait pas « compatible » avec l’option préconisée par l’aile parlementaire, selon la porte-parole du collectif, Sibel Ataoğul.

L’État ne doit pas discriminer les individus sur la base de leur religion, c’est une partie intégrante d’un État laïque.

Sibel Ataoğul, porte-parole du collectif Solidaires pour un Québec laïque et inclusif

Mme Ataoğul ne craint pas que son parti se dissocie d’une vision plus rassembleuse en rejetant l’option A : « Québec solidaire vise à changer les choses ».

Selon elle, « 99 % des gens n’ont aucun intérêt pour l’option du Collectif laïcité », dont le point de vue mènerait « à la discrimination et à la stigmatisation des minorités religieuses ».

Un fossé générationnel

Lise Boivin se désole de ce « détournement facile ». Elle considère « qu’il y a une frange importante de jeunes qui ne voient pas l’importance de la montée du religieux et qui ont l’impression que le Québec en est à l’abri ».

Ils ont vraiment une naïveté par rapport au Québec, comme si les représentants des religions n’avaient pas des visées pour avoir plus d’espace au sein du gouvernement.

Lise Boivin, coordonnatrice du Collectif laïcité

Avec le Parti libéral qui promet de s’opposer au projet de loi sur la laïcité, mais avec une position nuancée, Québec solidaire pourrait devenir la véritable opposition au gouvernement caquiste si ses membres adoptaient une orientation totalement inclusive.

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