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Le cannabis médicinal de plus en plus populaire

Des plants de cannabis

Photo : Radio-Canada

Hugo Lavallée

Même si la marijuana est maintenant légale, de plus en plus de consommateurs se tournent vers le cannabis thérapeutique. Explications.

De passage dans la clinique de consultants en cannabis médicinal VertMédic, Thorn Simon raconte comment il a commencé à consommer à 16 ans. D'abord intéressé par le « buzz », il a continué à prendre de la marijuana au fil des années pour soulager ses douleurs articulaires et bénéficier des effets apaisants de la substance.

C'était pour me relaxer le soir. Moi, je suis quelqu'un d'hyperactif [...]. J'ai toujours eu ce feeling-là de vouloir être plus relaxe que je ne le suis, sinon je ne dors pas.

Thorn Simon

Il a maintenant 40 ans. Comme il était un défenseur de longue date de la légalisation du cannabis, l'élection du gouvernement Trudeau lui a donné espoir, mais il a vite été déçu.

« J'ai essayé la SQDC [Société québécoise du cannabis]. Point de vue goût, le goût et le feeling, ce n'était pas pareil. »

L'offre de produits est trop limitée et les contraintes imposées aux consommateurs demeurent trop strictes, selon lui. « Je ne suis pas d'accord avec comment ils ont légalisé ça. »

Pour contourner le problème, il a choisi de se tourner vers le cannabis thérapeutique. Il a obtenu une ordonnance, qui lui a ouvert la porte à un choix de plus de 160 fournisseurs (la SQDC en compte 6). Il a aussi obtenu le droit de cultiver lui-même ses plants, ce qui est autrement interdit au Québec.

Même si le cannabis est beaucoup plus accessible depuis sa légalisation le 17 octobre dernier, le nombre de Canadiens qui détiennent une ordonnance pour en consommer à des fins médicinales continue de croître.

En décembre 2018, on comptait 359 292 inscriptions auprès d'un fournisseur médical, comparativement à 342 103 le mois précédent la légalisation.

« Il y a une ouverture de plus en plus grande des gens en général. Il y a une augmentation de gens qui viennent nous consulter et qui demandent des renseignements », confirme Daniel Blackburn, président de VertMédic.

Des lois « trop sévères » pour le cannabis récréatif

Ouverte depuis à peine quelques semaines, sa clinique de consultants accompagne les personnes qui souhaitent obtenir une ordonnance pour consommer du cannabis médicinal. Il attribue lui aussi la demande pour des prescriptions aux lois trop sévères.

C'est complètement absurde, l'encadrement [du cannabis récréatif]. C'est de ne pas faire confiance aux gens et ce sont des attitudes très paternalistes du gouvernement.

Daniel Blackburn, président de VertMédic

Au Canada, la consommation de cannabis à des fins médicinales est régie exclusivement par le gouvernement fédéral, tandis que la consommation à des fins récréatives l'est en bonne partie par les gouvernements provinciaux.

Or, le régime de consommation à des fins médicinales est beaucoup plus permissif. Le contraste est particulièrement saisissant au Québec, où la loi provinciale sur le cannabis récréatif est plus restrictive.

L'avocat Maxime Guérin, qui consacre toute sa pratique à l'industrie du cannabis, a lui aussi reçu de nombreuses demandes d'aide de la part de citoyens souhaitant obtenir une ordonnance médicale. La pénurie à la SQDC contribue, selon lui, à pousser les consommateurs vers le régime médical.

« Les clients veulent avoir du stock et veulent avoir une certaine récurrence dans leurs produits, donc veulent être capables de s'approvisionner, et la solution la plus simple, c'est d'aller dans le médical. [...] Il y a un grand avantage pour les consommateurs d'aller chercher une prescription », confirme-t-il.

Plus difficile au Québec qu’ailleurs

Même si la demande pour des prescriptions est en hausse, il semble toutefois plus difficile d'en obtenir une au Québec qu'ailleurs au Canada. Selon les dernières données rendues publiques par Santé Canada, on compte au Québec 11 737 inscriptions auprès d'un producteur autorisé. C'est à peine plus qu'en Saskatchewan et 10 fois moins qu'en Alberta; des provinces pourtant beaucoup moins populeuses.

Le Dr Gilles Berthelot, qui pratique comme médecin de famille à la Polyclinique de la Capitale, confirme que ses collègues et lui ne sont pas très chauds à l'idée de prescrire du cannabis à leurs patients. Il estime manquer d'information.

« On aime prescrire des substances qu'on connaît bien. Donc, on va avoir besoin d'être sensibilisés, informés, mais aussi convaincus qu'il est vraiment utile d'utiliser le cannabis, et quelles sont les circonstances particulières où il est plus adéquat de l'utiliser. »

Il a personnellement refusé jusqu'ici de délivrer des ordonnances de cannabis à ses patients, et ce, même si ces derniers sont de plus en plus nombreux à le lui demander. Mais s'il dit ne pas vouloir prescrire de marijuana, il ne décourage pas sa consommation non plus; une posture ambiguë de son propre aveu.

Je dois avouer que je ne suis pas très à l'aise dans ça et j'ai hâte d'avoir des directives beaucoup plus claires de la part des différentes associations médicales.

Le Dr Gilles Berthelot

Pour contourner le problème, la clinique VertMédic envoie pour sa part ses patients à des médecins ontariens, qu'elle estime plus habitués à prescrire du cannabis. Les intéressés doivent remplir un formulaire et soumettre leur liste de médicaments à un médecin qui les évalue ensuite par visioconférence.

Les médecins québécois, déplore Daniel Blackburn, « sont un peu désarmés [et] ne savent pas trop quoi répondre à leurs patients ». Il soutient même qu'une partie d'entre eux lui envoient directement leurs patients.

Une pratique découragée

Le Collège des médecins émet de sérieuses réserves sur cette façon de faire. « On a mis comme point de référence l'importance d'examiner un patient et d'avoir donc une rencontre en personne et non une rencontre en télémédecine. Certaines de ces situations-là impliquent la télémédecine et, évidemment, ce n'est pas une façon de faire que nous considérons appropriée », explique la vice-présidente de l'institution, Nathalie Saad.

S’il y avait un problème ou une complication, souligne-t-elle, le Collège sera limité, car il n’a autorité que sur les médecins québécois.

Le Collège reconnaît que plusieurs de ses membres ne se sentent pas suffisamment outillés pour prescrire eux-mêmes du cannabis, mais il leur rappelle leurs obligations.

« Il n'y a aucun médecin qui est obligé de prescrire [du cannabis], mais il est obligé de suivre son patient et de le référer dans un endroit approprié. [...] Et par référence, on entend bien sûr à des professionnels de la santé. » La Dre Saad fait aussi valoir que la littérature scientifique sur l'usage du cannabis à des fins médicinales demeure fragmentaire.

« C'est vrai qu'on a fait la promotion et qu'on continue de faire la promotion d'une approche très basée sur les preuves scientifiques. Si ça veut dire conservateur, je pense que c'est une bonne chose si on prend cette approche-là. »

Pendant que les médecins continuent à débattre des bienfaits du cannabis, Thorn Simon est très heureux d'avoir maintenant en sa possession une ordonnance médicale. « Ça donne plus de choix sur comment je peux consommer le cannabis. » Il songe à cultiver ses propres plants. « En tant que Canadiens, je pense qu'on devrait tous avoir le droit de faire pousser nos propres médicaments nous-mêmes, puis de les prendre comme bon nous semble », conclut-il.

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