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« Le Nord, c’est mon chez-nous » : ces jeunes entrepreneurs qui résistent à l’exode rural

Deux femmes et un homme
Isabelle Francoeur, Marie-Estella Richard et François Nadeau ont tous les trois lancé des entreprises dans leurs villes d'origine, dans le Nord de l'Ontario. Photo: Radio-Canada
Bienvenu Senga

Quelques années après être retournés chez eux, dans le Nord de l'Ontario, des entrepreneurs francophones se disent satisfaits de leur choix et estiment que malgré les défis qu'elle pose, la région peut être un terreau fertile pour les affaires.

L'exode rural, surtout chez les jeunes, pose un problème économique important dans le Nord de l'Ontario. Malgré tout, on observe depuis quelques années une sorte de contre-mouvement à ce phénomène.

En effet, de plus en plus de jeunes entrepreneurs francophones retournent dans le Nord après leurs études pour se lancer en affaires.

Isabelle Francoeur célèbre le sixième anniversaire de sa cordonnerie établie à Kapuskasing.

Son retour dans sa ville natale en 2013, après des séjours à Montréal et à North Bay pour ses études, a été le fruit d’un concours de circonstances. Ses parents, conscients de sa passion pour les arts plastiques et le travail manuel, l’ont encouragée à explorer le métier de cordonnière.

Une jeune femme en train de découper un morceau de tissu.Isabelle Francoeur dans son atelier. Photo : Radio-Canada

Je n’étais pas certaine, je ne pensais pas que j’allais revenir dans le Nord, mais une fois que je suis revenue, je le savais tout de suite que c’était vraiment mon chez-nous, déclare-t-elle.

Aujourd’hui, la femme de 27 ans se dit épanouie, d’autant plus qu’elle s’est facilement immiscée dans le réseau restreint de cordonniers du Nord de la province, qui lui a notamment permis de parfaire ses compétences.

C’est mon métier. J’ai trouvé mon médium, je peux être créative [...], il n’y a pas un jour où je travaille : je m’amuse.

Isabelle Francoeur, propriétaire de la cordonnerie Francoeur de Kapuskasing

Isabelle Francoeur remarque toutefois que rares sont ceux qui décident de suivre son exemple. Elle avoue pouvoir compter sur ses mains ceux [de ses amis de l’école secondaire] qui sont revenus à Kapuskasing pour s’[y] installer.

Si tu veux vraiment revenir et te lancer en affaires, il faut que tu travailles un petit peu plus fort, c’est sûr, mais ça vaut la peine, affirme l’entrepreneure.

Des défis à surmonter

À 30 ans, le fromager François Nadeau est aussi heureux d’avoir concrétisé une idée qui lui est venue il y a près d’une décennie lors d’un voyage en Asie.

Privé de fromage pendant la majeure partie de son séjour, il a décidé d’apprendre lui-même à en produire. Après des études à Saint-Hyacinthe, au Québec, et en France, il est revenu à Kapuskasing ouvrir son entreprise, la Fromagerie Kapuskoise.

C’est ma communauté. Il y a un énorme confort d’être chez moi, dans ma région.

François Nadeau, propriétaire de la Fromagerie Kapuskoise

Il ne le cache pas : gérer une entreprise comme la sienne dans le Nord ontarien comporte plusieurs défis, dont ceux de la recherche et de l’entretien d’équipement.

Parfois, c’est quand même faire appel à des gens de l’extérieur pour avoir un instrument particulier. C’est vraiment l’équipement qui est le plus gros problème, explique-t-il.

Mais l’aventure en vaut la peine, selon le Kapuskois. Le fromager croit que le succès de son entreprise réside en partie dans l’originalité du produit qu’il offre.

Une homme derrière un étal de fromages.François Nadeau dans sa fromagerie. Photo : Radio-Canada

Il faut quand même connaître la région et être prêt à apprendre, voir ce que les gens veulent dans la région et même essayer d’introduire de nouvelles choses. Les gens sont toujours heureux d’essayer, constate-t-il.

François Nadeau trouve même certains avantages à l’exode rural. Il indique que son commerce bénéficie de la publicité qu’en font les anciens résidents de Kapuskasing qui reviennent rendre visite à leurs familles.

Des partenariats avantageux

Pour la production de ses fromages à base de lait de chèvre, la Fromagerie Kapuskoise se ravitaille à La Chèvre laitière de Hearst, une ferme créée en 2016 par Marie-Estella Richard.

Cette dernière se réjouit d’avoir un tel marché d’écoulement, entre autres parce que la proximité facilite la conservation de son lait.

C’est bien pour un fermier de savoir où son produit va et ensuite de savoir où on le vend après, note-t-elle.

Pour la fermière, qui a par ailleurs brièvement vécu en Alberta après ses études secondaires, rester à Hearst était primordial.

Une femme dans une étable remplie de chèvres.Marie-Estella Richard est très attachée à sa communauté natale. Photo : Radio-Canada / Francis Bouchard

Quand j’ai commencé, les gens me disaient souvent : “Pourquoi tu ne déménages pas dans le sud, faire ça dans une région plus agricole. Ici, on est loin de tout”, mais moi, mon but c’était de voir si ça marchait ici, fait-elle savoir.

L’important, c’est d’avoir quelque chose de local à un moment donné, pas de toujours avoir les produits d’en dehors.

Marie-Estella Richard, propriétaire de La Chèvre laitière de Hearst

La fermière compte d’ailleurs se lancer plus tard dans la production de yogourt.

Pourquoi les jeunes reviennent-ils?

Dans le cadre d’une étude qu’il a menée entre 2005 et 2013, le sociologue et professeur à l’Université de Hearst Pierre Bouchard s’est penché sur la relation que les jeunes Nord-Ontariens entretiennent avec le territoire.

Ce qu’on a pu observer, c’est que les jeunes ont généralement une belle perception de leur région, note-t-il.

Si certains jeunes choisissent de s’établir ailleurs que dans leur ville d’origine au terme de leurs études, le professeur souligne qu’ils sont confrontés à certaines contraintes surtout liées à l’emploi [...] dépendamment de la formation dans laquelle ils s’inscrivent.

Les jeunes qui revenaient étaient des jeunes qui avaient été très impliqués dans leur communauté au départ.

Pierre Bouchard, sociologue et professeur à l’Université de Hearst

M. Bouchard estime que le succès des jeunes entrepreneurs peut avoir un effet d’entraînement.

Il y a une nouvelle génération qui peut regarder ces jeunes entreprises-là et se dire : “C’est possible pour moi de faire la même chose”. Mais je pense qu’il y a aussi tout un nouveau contexte, tout ce qui est au niveau du développement durable, de travailler plus en région, ce sont des choses qui permettent le développement de ces belles entreprises, explique-t-il.

C’est très positif, parce que je pense qu’il y avait une certaine époque où on était moins positifs par rapport à l’avenir de notre région, mais je pense que ces nouveaux changements-là nous amènent à avoir une vision plus positive pour nos plus petites communautés.

Pierre Bouchard, sociologue et professeur à l’Université de Hearst

Le sociologue estime qu’une nouvelle étude destinée à mieux comprendre le secteur de l’entrepreneuriat s’impose.

Les facteurs sont très nombreux dans l’explication d’un phénomène comme celui-ci, donc il y a tout un travail pour voir ce qui se passe, conclut-il.

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