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Un enfant trans? Non, une enfant comme les autres

Il faut laisser les enfants explorer leur identité de genre.
Les enfants ont besoin d'explorer leur identité de genre. Photo: iStock
Jean-Pierre Perouma

Naître avec un genre et se découvrir une identité différente dès son plus jeune âge, c'est une question qui concerne les enfants de certaines familles. Jeanne et Pierre sont les parents de Gabrielle, qui est âgée de 6 ans. Gabrielle se définit comme « une fille née avec un pénis ».

L’hiver est encore présent, le vent balaye la route qui souffle jusqu’à la maison familiale où j’ai rendez-vous. Elle est nichée sur une colline au bord de l’eau. La porte s’ouvre sur une atmosphère remplie de rires et de jeux d’enfants. Malgré le froid de février, la chaleur de la rencontre est enveloppante.

Jeanne* m’invite à la table. Pierre, son mari, y est déjà et me reçoit avec un sourire. La conversation s’engage et nous en arrivons à parler de Gabrielle. Leur petite fille au cœur d’une fratrie composée de frères.

De « notre garçon qui aime le rose » à « notre fille »

Jeanne me raconte comment elle s’est peu à peu accoutumée au fait que Gabrielle était différente de ses frères.

Vers les un an et demi, je me suis aperçue que Gabrielle avait des intérêts différents de ses frères au même âge. Elle était attirée par les poupées, les vêtements roses, mauves et Minnie Mouse. J’ai encore l’image d’elle avec son chandail Minnie Mouse, elle en était tellement fière. J’ai fait comme un mini deuil, mais je n’ai pas eu de réaction comme "Oh mon Dieu".

Pour Jeanne, c’est parti tranquillement. On l’appelait notre garçon qui aime le rose. Pour Pierre, cela a pris plus de temps. Le déclic arrive réellement un soir d’hiver où la famille doit sortir. Pierre demande à Gabrielle de changer ses leggings pour des pantalons plus chauds, et beiges.

Il faisait froid. Je lui ai donné des pantalons beiges, elle voulait des leggings noirs. On s’est chicanés. Ça a été un déclic pour moi, j’ai compris que je l’obligerais à entrer dans une identité qui n’est pas la sienne.

Peu à peu, Gabrielle devient le garçon de la famille qui aime porter des robes.

La réaction de la famille

Pour la famille, il y a eu un peu de résistance, qui cesse toutefois lors d’un repas dont Pierre se souvient.

On était en famille. Une famille catholique avec des valeurs et de vieilles traditions. Un membre a alors dit : "Qu’est-ce qu’on va faire avec elle?" Sa grand-mère a alors pris la parole : on va l’aimer.

C’est comme cela que la famille vient à accepter ce que vit Gabrielle. C’est d’ailleurs auprès de la famille et des amis que Jeanne et Pierre se sont ressourcés durant cette période.

L’annonce dans le milieu scolaire

Au moment d'entrer à l'école pour Gabrielle, la question de son genre se pose. Jeanne et Pierre lui demandent alors comment elle souhaite être présentée :Garçon, ce n’est pas beau, je préfère fille, a-t-elle dit à ses parents.

L’enseignant est informé et se révèle compréhensif. La scolarité de Gabrielle débute donc avec une acceptation de son identité. C’est aussi une facilité pour la famille, selon Jeanne, car Gabrielle établissait plus précisément son identité de genre.Pour nous, ç'a été tellement plus facile de dire "c’est notre fille" plutôt que d’expliquer que "c’est notre garçon qui s’identifie comme une fille".

Quand l’ensemble de la communauté démontre une sensibilité à la situation de Gabrielle, cela l’aide encore plus dans la construction et l’affirmation de son identité. Jeanne l’aborde avec un bonheur communicatif. Son regard de mère s'embue.

Elle n’a jamais eu peur d’être mal perçue. Parfois, elle se regarde dans le miroir et elle me dit : "Je suis tellement fière d’être une fille". Je me souviens le printemps dernier, on faisait le tri du linge. Et il y avait toujours des morceaux de filles et ceux de garçon, qu’elle haïssait. J’avais fait un tiroir avec toutes ses robes et ses jupes qu’elle aime tant. Gabrielle m’a serré fortement contre son cœur et m’a dit : "Oh merci maman." Du fond du cœur… C’est juste ça. Elle se sent acceptée, raconte la maman, une larme à l'œil.

Accepter la différence en commençant dans les familles

Pierre a une pensée pour les personnes qui vivent avec un genre différent de leur identité.

On connaît la situation des jeunes gens trans et des difficultés qu’ils peuvent vivre dans la société. Le soutien commence à la maison. Il faut que ça commence à la base. Aussitôt qu’elle a eu une conscience de soi, c’était une fille. C’est la même chose pour chaque enfant, ils s’identifient. C’est à nous d’accepter cette identification. J’ai des amis homosexuels qui avaient cette conscience tôt et ils n’ont rien dit et rien fait jusqu’à leurs 22 ans. Ce n’est pas une vie.

Gabrielle est une petite fille qui pétille de vie. Elle rit, chante, joue et pratique des sports comme toutes les enfants de son âge. Elle pratique son sport comme une petite fille. Parfois, Jeanne avoue même ne pas cocher de case lorsque vient le temps d'écrire garçon ou fille. Pierre a même été agréablement étonné par la manière dont Gabrielle est reçue dans la communauté sportive. Notamment au hockey, que pratique son frère.

Même dans le monde macho du hockey où joue son frère, la communauté est ouverte. Je me pose la question si c’est nous qui sommes choyés d’avoir un entourage et la communauté que l’on a ou si c’est la société qui fait le virage. Les gens n’ont pas peur. Ils comprennent que c’est simple et pas plus compliqué que ça.

Les parents de Gabrielle regardent l’avenir de plus en plus sereinement. L’attitude de la communauté, de l’école et de la famille les encourage à voir l'avenir de leur fille avec de moins en moins de nuages.

Du même souffle, la famille concède qu’il manque parfois de ressources pour accompagner et soutenir les enfants. Jeanne et Pierre invitent les parents et les enfants à ne pas hésiter à solliciter du soutien.

D'expérience, Jeanne sait que le genre est important.

Il faut traiter nos enfants comme tous les autres et les accepter. Il y a des filles qui ne vivent ni comme des garçons ni comme des filles. Et on met tellement d’importance sur les questions de genre. Quand un bébé vient au monde, quelle est notre première question?

Comme le souligne Jeanne, ce qui importe, c’est que la personne soit une bonne personne, qu’elle ne blesse pas les autres et qu’elle soit heureuse. En cela, Gabrielle est une enfant heureuse… comme les autres.

*Afin de préserver l’anonymat des personnes, les noms ont été modifiés.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Communauté LGBTQ+