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N'importe qui peut-il fabriquer et vendre de l'artisanat traditionnel autochtone?

Des pantoufles qu'a fabriquées Mme Tin.

Fatima Tin a-t-elle le droit de fabriquer et surtout de vendre des objets traditionnels inuvialuits, alors qu'elle n'est pas elle-même inuvialuite?

Photo : Courtoisie de Fatima Tin

Radio-Canada

Une publication sur Facebook a lancé le débat, à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest : qui peut vendre des objets d'artisanat traditionnels? La question portait sur l'Arctic Market, petite foire communautaire tenue par la municipalité deux samedis par mois. Mais elle a amené la Société régionale inuvialuite (SRI), qui représente les intérêts des Inuits de l'ouest de l'Arctique, à décider de ne dorénavant vendre dans sa boutique que les produits d'artisans autochtones.

Un texte de Mackenzie Scott, de CBC

Fatima Tin, une réfugiée birmane qui vit à Inuvik depuis environ cinq ans, est bien connue au Arctic Market, où elle vend des objets artisanaux de style traditionnel tels que des pantoufles, des gants en peau de phoque et des mukluks (des bottes).

Mais il y a quelques semaines, Mme Tin a fait l'objet d'une publication, sur Facebook, demandant s'il était approprié pour elle de vendre ces articles, étant donné qu'elle n'est ni gwich'in ni inuvialuite, en référence aux deux nations présentes dans la région.

Selon l'auteur de la publication, en agissant ainsi, elle empêche les artisans autochtones de faire de l’argent.

La publication, qui s'est vite répandue parmi les internautes de la région du delta de Beaufort, a depuis été supprimée.

« [L'auteur] m'a envoyé un message disant : "Vous exploitez notre culture, mais vous n'êtes pas une Inuvialuite" », relate Mme Tin.

C’était la première fois qu’elle entendait qui que ce soit se plaindre des produits qu’elle fabrique.

« Personne avant ne m'avait demandé : "Pourquoi imitez-vous nos produits?" Jamais », dit-elle.

Question d'appropriation culturelle

Plan rapproché de Mme Tin.

Fatima Tin est d'origine birmane.

Photo : Courtoisie de Fatima Tin

Certains usagers de Facebook ont commenté la publication initiale en l’accusant d'appropriation culturelle.

Fatima Tin affirme avoir reçu depuis à la fois des appuis et des messages l’intimant de cesser de vendre ses produits.

« Je ne copie personne, assure-t-elle. Je dessine mes propres motifs. »

« J'aide beaucoup d'autres artisans à broder, ajoute-t-elle. [...] Et j'ai acheté des produits à d'autres personnes. » Elle a vendu les articles d'autres artisans à sa table quand ceux-ci ne pouvaient pas se rendre au marché, signale-t-elle.

Mme Tin vient d'un milieu artistique. Elle fait des arrangements floraux et donne des démonstrations de henné, souligne-t-elle. C’est d’ailleurs après que des gens eurent remarqué ses motifs au henné et qu’ils lui eurent demandé d’en créer pour des chaussons et des mukluks et qu’elle a commencé à en fabriquer.

Je ne fais rien dans le but de manquer de respect à quiconque. Je le fais par amour. Si les gens ne veulent pas l'acheter, c'est leur droit.

Fatima Tin

Uniquement des produits autochtones

La SRI a déjà vendu les produits de Mme Tin dans son magasin, mais elle vend désormais que des articles fabriqués par des Autochtones.

« Nous sommes maintenant plus spécifiques », confirme Lucy Kuptana, directrice des opérations de la SRI. « Nous nous assurons qu'il s'agit bien d'art inuvialuit, d'art autochtone. »

Mme Kuptana trouve légitime de dire que seuls les Autochtones devraient vendre leur artisanat traditionnel. Mais elle reconnaît que Fatima Tin a bien le droit d’aimer fabriquer des produits comme les siens.

Les Inuvialuits adorent partager leur savoir et leurs techniques, affirme Mme Kuptana. Mais Fatima Tin devrait-elle pouvoir en tirer un gain financier? « Là est la question », dit Mme Kuptana.

Ce n'est pas la première fois que l'appropriation culturelle est soulevée au Arctic Market.

Ces questions se sont déjà posées, souligne Jackie Challis, directrice du développement économique et du tourisme à la municipalité d'Inuvik, qui étudie la question.

Même si aucune plainte officielle n’a été déposée, la municipalité a entrepris de consulter la SRI de même que le conseil tribal des Gwich'ins.

Qu’est-ce qui est authentiquement autochtone et qu’est-ce qui est culturellement approprié? Nous ne sommes pas à l'aise à l’idée de trancher.

Jackie Challis, de la municipalité d'Inuvik

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