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Envoyée spéciale

L'épidémie d'Ebola peine à être enrayée en République démocratique du Congo

Des motocyclistes sont arrêté près d'une cabane. Un homme se lave les mains.

Barrage sur la route à la sortie de Goma pour le lavage des mains et pour prendre la température.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

En République démocratique du Congo, les autorités sanitaires menées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) tentent de combattre le virus Ebola qui a fait jusqu'ici des centaines de morts. Les cas se multiplient et les équipes médicales peinent à enrayer l'épidémie en raison notamment de la réticence de la population à signaler les nouveaux cas et de violences faites au personnel soignant. Le Dr Michel Yao, un Canadien qui coordonne la riposte contre l'Ebola à l'OMS, a expliqué la problématique à notre envoyée spéciale, Sophie Langlois.

Sophie Langlois : Comment se présente la situation?

On peut dire que la situation est grave, critique. Mais il y a eu des améliorations significatives dans plusieurs endroits. À l’endroit où il y a eu le premier foyer d’infection, ça s’est nettement amélioré. Ensuite, il y a une des grandes villes, Beni, où la situation s’est nettement améliorée, même si on a encore des cas sporadiques.

Par contre, là où nous avons encore des difficultés, c’est dans l’une des grandes villes qui s’appelle Butembo, avec un des grands quartiers, Katwa, qui constitue en ce moment le point le plus chaud. Cela se justifie par le fait que nous avons encore beaucoup de cas qui ne sont pas connus comme « contact », c’est-à-dire comme personne infectée.

Cela pourrait indiquer que l’épidémie est en train de se développer dans la communauté et qu’on aura besoin de beaucoup d’effort pour interrompre la chaîne de transmission.

Il y a de l’insécurité, et notamment de la réticence au niveau des communautés, qui font que dans ces zones-là, il est difficile de travailler de façon adéquate comme on l’aurait souhaité. Il y a des équipes de vaccination qui sont attaquées. On n’arrive pas à faire le suivi correct des contacts.

On n’arrive pas aussi à désinfecter les hôpitaux et les maisons qui ont eu des cas positifs, et comme conséquences, ces dernières semaines, on a beaucoup plus de cas que ce qu’on avait auparavant.

SL : À quel type de violence vos équipes font-elles face ?

On peut dire qu’il y a d’abord la violence communautaire. C’est une réticence, et ça se comprend. Lorsqu’on n’a jamais entendu parler de l’Ebola dans cette région, il est évident que ça fait peur. Et quand les équipes arrivent pour vous dire qu’il y a un patient qui est suspecté d’avoir l’Ebola, cela peut entraîner une résistance. Sur ces résistances-là, en général, on réussit à convaincre les familles.

Mais il s’agit d’une zone où nous avons beaucoup de groupes armés, et ces groupes armés peuvent aussi constituer un handicap majeur en termes d’accès à la population.

Et puis dernièrement, il y a des groupes qui s’attaquent de façon systématique aux équipes, on ne sait pas pour quel motif.

Ce sont des violences qui parfois entraînent des morts d’homme. Il y a eu au moins un infirmier qui a été tué. Il y a eu une attaque contre les centres de traitement, où malheureusement il y a eu des policiers qui ont été assassinés.

Le médecin regarde la caméra.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Dr. Michel Yao, coordonnateur de la riposte contre l’Ebola à l’OMS

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

SL : Cette réticence de la communauté, est-ce que ça complique beaucoup l’identification des contacts? Est-ce que c’est pour ça que vous craignez l’intensification de la contagion?

Absolument. Ebola c’est une maladie communautaire. Donc, on doit prendre en charge les personnes qui ont touché une personne infectée. Ils peuvent bénéficier d’une vaccination, mais ils doivent surtout bénéficier d’un suivi pendant 21 jours, qui est la période où on peut avoir des symptômes.

Si la personne a la maladie et meurt dans la communauté, cette personne en contamine beaucoup plus. Une analyse la semaine dernière a montré qu’un seul cas peut contaminer de 6 à 10 personnes.

SL : En ce moment, il pourrait donc y avoir plus de 1000 cas ?

Cela pourrait se multiplier très rapidement si les contacts ne sont pas suivis.

On a une autre arme, qui est la vaccination. Donc, la vaccination rapide des gens qui ont été en contact avec une personne infectée, mais dans un délai assez court. On vaccine les contacts immédiats et les proches des contacts immédiats. Lorsque ce double anneau est fait autour d’un cas positif, on arrête la transmission.

Mais notre inquiétude, c’est qu’on n’arrive plus à réaliser cette activité qui est essentielle à l’interruption de la chaîne de transmission. Et donc, il y a une propagation qui pourrait être aussi rapide que celle qu’il y avait en Afrique de l’Ouest si on n’arrive pas à faire la vaccination

SL : Les derniers foyers sont très près de la frontière avec l’Ouganda. Est-ce qu’on peut envisager que dans les prochaines semaines le virus traverse la frontière et devienne une épidémie et donc une urgence de santé internationale?

L’OMS a évalué le risque pour les provinces environnantes, même pour les pays environnants, comme des risques très élevés. Donc, le risque demeure.

Mais la chance que nous avons en ce moment c’est qu’après huit mois d’épidémie, elle est demeurée presque uniquement dans les deux provinces qui ont toujours été affectées. Cela est lié au vaccin, mais aussi au fait qu’on a mis en place des centres de traitement.

On a aussi de nouveaux médicaments qu’on utilise sur les patients. Donc, si ces activités-là arrivaient à se mener, on minimiserait les risques de propagation.

Les deux personnes sont face à face, avec un micro entre eux.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sophie Langlois interviewe le Dr Michel Yao, en République démocratique du Congo.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

SL : Quel est le taux de mortalité depuis le début de l’épidémie?

Si on prend de façon générale, autour de 62 % [des personnes infectées]. Mais si nous prenons la mortalité dans les structures de santé, nous avons 37 %.

Ce pourcentage est affecté par les décès dans les trois premiers jours après l’arrivée des malades, c’est-à-dire les décès des gens qui arrivent pratiquement en fin de maladie.

Et c’est justement là la nécessité de suivre le contact, parce que dès les premiers symptômes, si on entre dans un centre de traitement, on a plus de 80 % de chance de pouvoir survivre.

SL : Est-ce qu’il manque quelque chose pour augmenter les chances de contenir la contagion?

On se contamine pendant des funérailles autour d’un cas positif, ou un parent qui prend soin d’un malade dans la communauté, ou un professionnel de santé qui ne prend pas suffisamment de précautions. Et donc, pour pouvoir arrêter la propagation, on doit améliorer l’hygiène dans les structures de santé.

On doit aussi au niveau communautaire collaborer pleinement. Ça veut dire que les personnes décédées doivent être enterrées de façon sécurisée. On ajoute digne, parce qu’on essaie de coller à la culture. Cela entraîne beaucoup de résistance, mais il faut absolument respecter les règles d’hygiène.

Un homme approche un thermomètre de son oreille.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Notre envoyée spéciale, Sophie Langlois, se fait prendre sa température.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

SL : Là, vous parlez de changements de mentalité. Mais manquez-vous de moyens, d’appuis des gouvernements occidentaux pour faire face à cette épidémie?

Nous venons de lancer le troisième appel. Lors des deux premiers appels, nous avons eu des réponses positives, y compris des contributions canadiennes. Mais pour ce troisième appel, il y a un peu un délai dans la réponse. Sur les 148 millions de dollars demandés, nous sommes à 50 % de financement. Donc il y a des efforts à faire.

Ce n’est pas maintenant qu’il faut baisser les bras.

Les premiers efforts nous ont permis de contrôler la maladie dans certains endroits, mais malheureusement, avec le déplacement des populations nous avons un autre foyer qui est un foyer important, pour lequel nous avons vraiment besoin de moyens pour avancer. Parce que ce sont des zones reculées.

Nous utilisons des vaccins qui sont conservés dans des températures extrêmes, comme -60 degrés, donc qui nécessitent une logistique. Nous utilisons des avions, des hélicoptères, c’est une opération qui coûte cher.

Notre équipe était à Goma dans le Nord-Kivu et dans le Sud Kivu, des régions qui se préparent à y faire face mais qui ne sont pas encore touchées par l'actuelle épidémie d'ebola en RDC.

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