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Des voix s’élèvent contre les stratégies des grandes entreprises lors des consultations publiques

Une consultation publique en Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Thomas Deshaies

L'enjeu de l'acceptabilité sociale est plus que jamais une préoccupation majeure. Les promoteurs des grands projets n'hésitent plus à multiplier les consultations publiques pour obtenir l'adhésion des communautés d'accueil. Ils font même affaire avec des spécialistes de l'acceptabilité sociale. Une approche qui suscite toutefois de vives critiques de certains groupes de citoyens, qui dénoncent une stratégie de fabrication du consentement.

En Abitibi-Témiscamingue, les consultations publiques se multiplient avec l’arrivée de nouveaux grands projets d’exploitation des ressources naturelles, dont la construction d’un gazoduc et le développement de nouveaux projets miniers. Ces démarches s’inscrivent dans une recherche d’acceptabilité sociale.

L’enjeu de l’acceptabilité sociale est même considéré comme l’un des plus importants risques par l’Association minière du Québec (AMQ). Un constat fondé sur les résultats de plusieurs études à travers le monde visant à identifier les principaux risques liés au développement des projets miniers.

Les entreprises ont changé leurs pratiques et beaucoup d’entre elles embauchent des firmes spécialisées en acceptabilité sociale pour assurer le succès de leurs consultations.

La firme la plus importante dans le domaine au Québec est Transfert Environnement et Société. Elle épaule les entreprises dans l’organisation de consultations publiques, notamment, mais aussi tout au long du développement des projets. Cette firme s'implique d’ailleurs dans des dizaines de comités de suivi des minières, aux quatre coins du Québec.

L’enjeu de la neutralité

Nous, on se définit comme un tiers, neutre, impartial, indépendant, qui vient mettre en place les mécanismes nécessaires pour avoir un dialogue et des échanges avec les communautés, explique André Delisle, conseiller stratégique pour Transfert Environnement et Société.

Transfert Environnement et Société conseille donc les promoteurs, tout en jouant le rôle de médiateur.

C’est ce qui est dénoncé par plus d’un, dont le militant de longue date et président de l’Action boréale, Henri Jacob. Si tu engages un consultant pour faire une job pour toi, il est à ton service. Puis si le consultant ne te donne pas un bon service, bien je ne pense pas que tu vas le garder, s’exclame-t-il pour dénoncer le discours de neutralité de l’entreprise.

Le président de l'Action boréale, Henri Jacob, en entrevue dans la forêt Piché-Lemoine. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président de l'Action boréale, Henri Jacob, se montre très critique des consultations publiques menées par les grandes entreprises.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Marie-Ève Maillé, chercheuse et professeure associée au Centre de recherche interdisciplinaire sur le bien-être, la santé, la société et l’environnement à l’Université du Québec à Montréal, constate aussi l’émergence récente de critiques provenant de groupes citoyens, particulièrement en Abitibi-Témiscamingue.

Leur proximité [avec le promoteur] dérange les citoyens, c’est ça la réalité et c’est pour cela qu’à mon avis, il faut éviter de confondre les rôles.

Marie-Ève Maillé, chercheuse

Invité à commenter ces critiques, André Delisle explique que l’entreprise défend autant les intérêts des promoteurs que des citoyens. Même si on est payés par le promoteur, il est clair au départ, et on établit cela avec le promoteur, qu’on a deux clients [l'entreprise et les citoyens] à satisfaire, s’exclame-t-il.

Ça ne veut pas dire que c’est parce que c’est lui [le promoteur] qui paie que ce processus ne peut pas avoir toute l’indépendance et la neutralité nécessaires pour qu’il se passe dans un contexte de collaboration et non dans un contexte de confrontation, comme c’est le cas souvent dans les conflits, avec les comités citoyens et organismes environnementaux.

André Delisle, conseiller stratégique chez Transfert Environnement et Société
André Delisle, conseiller stratégique pour Transfert Environnement et Société a un micro dans la main et s'adresse aux citoyens. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

André Delisle, conseiller stratégique pour Transfert Environnement et Société lors d'une consultation publique.

Photo : Radio-Canada

Malgré tout, les citoyens sont suspicieux. La présence d’employés de Transfert Environnement et Société lors d’une assemblée militante publique à Amos portant sur le projet de l’entreprise Gazoduq a causé des remous, notamment parce que la firme a un contrat avec Gazoduq.

Nous, comme citoyens, on ne travaille pour personne, on se déplace pour s’informer, mais eux sont venus chercher des informations, puis ils n’étaient pas nécessairement invités, affirme le citoyen Mathieu Gagné, qui était présent à la rencontre. Invité à réagir, André Delisle n’a pas voulu commenter l’événement, puisque sa firme a pour politique de ne pas commenter ses contrats.

Des changements réclamés

Des groupes de citoyens se questionnent sur l'influence qu'ils peuvent avoir en participant à ces consultations organisées par les promoteurs.

C’est le cas de Mathieu Gagné, qui a participé cette année à plusieurs consultations publiques, dont celles de Gazoduq. J’ai l’impression que c’était surtout pour livrer leur message, déplore-t-il. Ils écoutent nos questions, mais c’est toujours des réponses vagues.

Le citoyen Mathieu Gagné, micro à la main, pose une question lors d'une consultation publique. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le citoyen Mathieu Gagné lors d'une consultations publique.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

La chercheuse Marie-Ève Maillé estime que le gouvernement devrait mettre sur pied un fonds pour que les groupes citoyens puissent aussi bénéficier d’un accompagnement de consultants qui ne soient pas ceux des promoteurs. Quelques milliers de dollars qui leur permettraient de choisir un accompagnement dans le processus, souligne-t-elle. Elle croit aussi que les villes devraient s’impliquer davantage et occuper un rôle d’intermédiaire.

Marie-Ève Maillé en entrevue, en face d'une église de Montréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La chercheuse Marie-Ève Maillé.

Photo : Radio-Canada

Cette proposition a été maintes fois exprimée par le passé, mais n’a jamais été retenue par le gouvernement.

On incite les promoteurs à en faire toujours plus évidemment, à avoir un dialogue et à consulter la population au tout début du projet.

Josée Méthot, présidente-directrice générale de l’AMQ

Questionnée sur de possibles ajustements aux méthodes de consultation, dont la création d’un fonds, la PDG de l’AMQ, Josée Méthot, se questionne sur la pertinence de changer une formule gagnante. Cette façon de faire donne de très bons résultats, je ne vois pas pourquoi on voudrait la modifier, affirme-t-elle. Les entreprises qui accompagnent les sociétés minières ont démontré leur sérieux, leur efficacité et leur impartialité et on voit très bien les résultats dans les comités de suivi, le dialogue qui en résulte.

Dans l’acceptabilité sociale au niveau du Québec, il n’y a pas de place pour dire non à un projet. C’est "comment qu’on fait pour faire accepter le projet à la population".

Henri Jacob, président de l'Action boréale

Le militant Henri Jacob s'interroge sur la véritable valeur de l'acceptabilité sociale au Québec.

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