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70 ans après son entrée dans la Confédération, Terre-Neuve est une province transformée

Photo de Joey Smallwood qui signe un document.

Le premier ministre terre-neuvien Joey Smallwood signe les conditions de l'Union, le document qui précise les futures relations entre Terre-Neuve et le Canada, à Ottawa en 1948.

Photo : Radio-Canada

Patrick Butler

En juillet 1948, lors du référendum sur la Confédération, ce n'est pas la première fois que les Terre-Neuviens se prononcent sur une possible union avec le Canada. Depuis des décennies, l'idée divise des communautés et des familles, qui sont à la fois effrayées de la possibilité de perdre leur autonomie et découragées par le bilan de leur propre gouvernement.

Gravement endettée après la Grande Dépression, Terre-Neuve a repris son statut de colonie gouvernée par la Grande-Bretagne. Mais elle a ensuite regarni ses coffres pendant la Seconde Guerre mondiale, à l’aide des bases militaires américaines et canadiennes qui se sont installées sur son territoire.

Après le départ des militaires, l’avenir politique et économique du petit dominion fait l'objet d'un débat : doit-il adhérer à la Confédération ou déclarer son indépendance?

Joey Smallwood, le futur premier ministre et grand promoteur de l’intégration de Terre-Neuve à la fédération canadienne, promet un nouveau départ pour les Terre-Neuviens : en devenant Canadiens, les Terre-Neuviens feront partie d'un grand pays et bénéficieront de meilleures protections sociales.

Lors du référendum de juillet 1948, il réussit à convaincre une mince majorité des électeurs de voter pour l’union avec le Canada au lieu d’un retour au gouvernement responsable, une décision qui transformera pour toujours l'économie et la politique de Terre-Neuve.

À 23 h 59 le 31 mars 1949, quelque 345 000 Terre-Neuviens se joignent finalement à la grande famille canadienne.

Mais il reste des sceptiques. Pendant les décennies qui suivent, les indépendantistes terre-neuviens portent des brassards noirs au début du mois d'avril, en signe de deuil.

On allait céder notre indépendance et notre souveraineté pour devenir quoi? Une province du Canada? On disait aux Terre-Neuviens qu’ils vendaient leur pays, leur droit de naissance. C’était un argument puissant, raconte Raymond Blake, professeur à l’Université de Regina.

Portrait de Raymond BlakeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Raymond Blake, professeur à l'Université de Régina

Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon

Des améliorations... et des disputes

De nouveaux programmes fédéraux d'assurance-emploi et d'aide familiale confortent pourtant la majorité des Terre-Neuviens dans la justesse de leur décision.

Comme ailleurs en Atlantique, les décennies qui suivent la Confédération sont marquées par l’amélioration des infrastructures et la diversification de l’économie, traditionnellement basée sur la pêche et la chasse aux phoques.

La population de la dixième province explose.

Mais la gestion des pêches (désormais une compétence fédérale) mène rapidement à la chicane.

L'effondrement des stocks de morue est l'exemple le plus connu de ces accrochages fédéral-provincial. Environ 35 000 Terre-Neuviens perdent leur emploi du jour au lendemain quand le ministre des Pêches fédéral, John Crosbie, annonce un moratoire sur cette pêche en 1992.

Cette interruption temporaire de l’industrie demeure toujours en place 26 ans plus tard. À peine 2 % des emplois à Terre-Neuve sont maintenant liés à la pêche.

Des disputes entre Ottawa et le gouvernement provincial freinent aussi le développement des réserves de pétrole et de gaz naturel de la province. Le financement fédéral assure le lancement du premier mégaprojet pétrolier à Terre-Neuve, Hibernia, mais les deux ordres de gouvernement continuent de se quereller publiquement sur les redevances des industries naissantes du pétrole et du gaz naturel.

Un défi démographique

Sept décennies après la Confédération, la population de la province vieillit rapidement et son taux de naissance diminue. Depuis 2011, il y a plus morts par année que de nouveau-nés. La tendance s’aggrave.

Un rapport publié en 2017 par l’Université Memorial signale que dans 20 ans, les Terre-Neuviens seront plus âgés et moins nombreux. Certaines communautés côtières pourraient disparaître complètement.

Mais la région métropolitaine de Saint-Jean, qui comprend déjà environ 40 % de la population provinciale, continue de grandir. Selon le dernier recensement, Conception Bay South, une banlieue-dortoir de Saint-Jean, est maintenant la communauté la plus peuplée après la capitale.

Une identité terre-neuvienne et canadienne

L’historien Robert Sweeny constate que l’identité des Terre-Neuviens a aussi évolué au cours des dernières décennies. Il remarque que les identités terre-neuviennes et canadiennes sont de nos jours beaucoup plus difficiles à distinguer.

Pendant des années, plusieurs croyaient qu’un pays terre-neuvien indépendant était toujours possible, dit-il. Mais ce rêve n’a pas perduré.

Le fait qu’on était jadis un pays indépendant, au même titre que le Canada, ça n'entre pas vraiment dans l’identité des jeunes. Et ça, c’est le passé, un passé lointain. Le rêve de créer une république de Terre-Neuve, c'est un t-shirt, et pas plus que ça.

Portrait de Robert SweenyAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'historien Robert Sweeny

Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon

Raymond Blake souligne que très peu de Terre-Neuviens remettent maintenant en question la décision de devenir Canadiens en 1949.

Dans l’ensemble, Terre-Neuve a prospéré et la Confédération a été la bonne décision, affirme-t-il.

Il y a des régions du pays qui continuent à être en difficulté et Terre-Neuve est un de ces endroits. L’État canadien n’a jamais eu beaucoup de succès à régler ces inégalités, estime-t-il. Terre-Neuve ne connaît pas autant de succès sur le plan économique maintenant, mais je pense que les gens ne blâment plus la Confédération pour ces problèmes.

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