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analyse

Enquête sur les prêtres pédophiles à Montréal : mission impossible?

Mgr Lépine en tenue de prêtre.

Monseigneur Christian Lépine, archevêque de Montréal, a lancé une enquête pour faire la lumière sur les actes pédophiles au sein de cinq diocèses du Québec. Il a confié cette mission à la juge à la retraite Anne-Marie Trahan.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Alain Crevier

La juge à la retraite Anne-Marie Trahan va plonger dans le vaste dossier des prêtres du diocèse de Montréal. Des milliers de dossiers de prêtres à passer au peigne fin. Sur toute une période : 1950 à aujourd'hui. À la recherche des criminels et de leurs complices.

A-t-on idée combien c’est long, 70 ans d’histoire? Particulièrement au Québec. Précisément pendant cette période, la société québécoise s’est métamorphosée. Nous sommes passés d’une société totalement catholique (ou presque) à une société multiethnique et plurireligieuse. Ça saute aux yeux à Montréal.

Aujourd’hui, l’image que nous avons de l’Église catholique est celle d’une entreprise en pleine décroissance. Les plus nobles et les plus prestigieuses communautés religieuses s’éteignent. Même celles qui ont construit le Québec.

Il y a 70 ans, ces grandes institutions ne se doutaient pas une seconde du sort qui les attendait. Et encore moins qu’un jour on exigerait d’elles des comptes et des explications sur leurs gestes et leurs inactions. Certainement pas à Montréal, où l’Église paradait.

Plutôt, elle dictait la morale, l’éthique, les péchés, les sanctions et les confessions dans l’ombre du confessionnal. Et puis l’Église c’était aussi le sport, les bonnes œuvres, les loisirs et même un peu la politique.

Pourquoi redire ça? Parce que demander à une ex-juge, aussi catholique soit-elle, de fouiller cette époque relève d’un défi fou. Impossible? Probablement pas. Mais certainement ardu.

Par exemple, on ne compte plus les églises qui ont été fermées depuis la Révolution tranquille ni celles qui ont été transformées en condos. Ni même les paroisses qui, faute de fidèles et de curés, ont été fusionnées.

Coincé dans cette vague de décroissance, il n’est pas certain que le clergé ait toujours pris soin de conserver tous les documents, les correspondances et les témoignages parfois incriminants, qui permettraient à Mme Trahan de faire son travail.

L'Église catholique était partout

Et puis on se demande, des décennies après les crimes commis, comment identifier et faire parler ceux qui savaient et qui se sont tus, du plus simple collègue des criminels jusqu’aux plus illustres archevêques qui se sont succédé à la tête du diocèse de Montréal. Beaucoup d’entre eux sont partis. D’autres sont maintenant très âgés.

Dans les écoles primaires des années 1950, les enfants devaient répondre par cœur à une série de questions sorties tout droit du petit catéchisme. Où est Dieu? Et les enfants, en chœur, répondaient « Dieu est partout ».

En réalité, au Québec, c’est l’Église qui était partout. Elle était le tissu social du Québec. C’est pour ça que le père Tom Doyle, un expert sur les questions de pédophilie dans l’Église, soutient que le cas du Québec est potentiellement explosif.

La juge à la retraite Anne-Marie Trahan, engagée par l'archidiocèse de Montréal, doit se préparer à un véritable travail de moine.

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