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Le bitcoin, planche de salut pour des Vénézuéliens

Le bitcoin : une cryptomonnaie qui fait rêver
Le bitcoin : une cryptomonnaie qui fait rêver Photo: Radio-Canada
Binh An Vu Van

Pour la famille Di Bartolomeo, comme pour d'autres Vénézuéliens, le bitcoin a été un chemin vers la liberté, un des seuls moyens d'économiser.

Les trois frères vénézuéliens Mario, Mauricio et Daniel Di Bartolomeo ont connu l’inflation toute leur vie, habitués à voir leur monnaie, le bolivar, se dévaluer d’année en année. Le bitcoin a été pour eux le moyen de mettre leur épargne à l’abri de l’hyperinflation, de quitter le pays et de refaire leur vie.

Aujourd’hui, Mauricio habite Toronto, ses frères et ses parents Madrid.

« L’idée de se débarrasser des bolivars est enracinée en nous. Toute ma vie, j’ai vu mon entourage vendre et acheter des voitures, des maisons, car il était toujours plus avantageux de détenir ces marchandises plutôt que de la monnaie qui se dévaluait de jour en jour », raconte Mauricio.

On voit les frères Mario et Mauricio Di Bartolomeo qui discutent en marchant dans une rue de Montréal.Les frères Mario et Mauricio Di Bartolomeo marchent dans une rue de Montréal. Photo : Radio-Canada

L’économie du Venezuela est en déroute depuis plusieurs décennies, mais depuis l’arrivée du président Maduro au pouvoir, en 2013, l’inflation a explosé. Elle a dépassé 1 000 000 % en 2018. Le bolivar fond à grande vitesse.

Selon l’indice Bloomberg Cafe con leche (Nouvelle fenêtre), il en coûtait 0,20 bolivar pour s’acheter un café en janvier 2018 et 450 000 bolivars au début de 2019. La population est désespérée et appauvrie. « Le bolivar est complètement brisé », résume Mauricio.

« Les gens font la file pour se débarrasser de leurs bolivars et l’échanger contre n’importe quoi capable de retenir de la valeur », explique Mauricio. Mais même les biens essentiels et la nourriture se font rares, et il est de plus en plus difficile et cher de mettre la main sur de l’argent américain.

Le bitcoin est loin d’être parfait, mais au Venezuela, il est un des seuls moyens d’économiser. C’est une planche de salut.

Mauricio Di Bartolomeo
Les divers billets de banque de la nouvelle monnaie vénézuélienne sont exposés sur une table, à Caracas.Les divers billets de banque de la nouvelle monnaie vénézuélienne : le bolivar souverain. Photo : EPA / Miguel Gutiérrez

Le bitcoin est encore employé de façon marginale au Venezuela, mais son utilisation est en pleine croissance, selon le site web LocalBitcoins, un important site d’échange de bitcoins. Récemment, un des principaux détaillants au pays, Traki, a aussi annoncé sur Twitter (Nouvelle fenêtre) qu’il acceptait dorénavant les cryptomonnaies comme mode de paiement.

C’est le plus jeune frère Mario qui a découvert par un ami en 2015 qu’il était possible d’obtenir des bitcoins, d’en miner, en faisant fonctionner des ordinateurs spécialisés.

« Quand je me suis rendu compte que le bitcoin était un chemin vers la liberté, j’ai tout abandonné pour me consacrer au minage », se souvient Mario. « Six mois plus tard, nous nous étions tous les trois investis dans le bitcoin, c’est tout ce dont nous parlions, c’est tout ce que nous faisions. »

Avec sa famille, il a acheté davantage de machines. Puis leurs amis se sont intéressés à leurs activités, puis les amis de leurs amis ont voulu à leur tour miner. « Nous sommes devenus la famille bitcoin », raconte Mauricio. « Les demandes nous venaient de partout. Certaines personnes très riches, d’autres qui n’arrivaient pas à boucler leurs fins de mois. »

On voit Mario et Mauricio Di Bartolomeo qui discutent avec une autre personne dans une mine de cryptomonnaies. On voit à côté d'eux des rangées de serveurs.Mario et Mauricio Di Bartolomeo discutent avec une autre personne dans une mine de cryptomonnaies. Photo : Radio-Canada

Puis, en 2016, alors que la situation économique se détériore, et que la valeur du bitcoin croît, « tout le monde s’est mis à vouloir miner », se souvient Mauricio.

« Car le gouvernement n’a aucun contrôle sur le bitcoin, explique Mario. Ils peuvent dire ou faire ce qu’ils veulent, ils peuvent fermer les ports, mais jamais votre investissement ne peut être compromis. » Mais, en 2017, alors que le minage se répand dans le pays, le gouvernement vénézuélien a commencé à saisir les ordinateurs.

La famille Di Bartolomeo a quitté le pays en toute urgence, craignant de se faire arrêter.

« Cette fois, c’est le système monétaire du Venezuela qui s’est écroulé, c’est ce dont j’ai pu témoigner, rapporte Mauricio. Mais ce n’est pas un cas isolé, tôt ou tard, ce genre de situation se reproduira ailleurs dans le monde. »

En effet, le bitcoin est aussi en croissance dans d’autres pays où l’inflation est chronique, notamment en Amérique du Sud et en Afrique. Et dans ces pays, il est souvent plus simple et moins coûteux d’envoyer des bitcoins que des fonds par les méthodes de transmittance habituels.

Si je suis en désaccord avec les politiques de ma banque centrale, je peux à présent choisir de ne plus y adhérer en achetant des bitcoins, et le gouvernement n’y pourra rien.

Mauricio Di Bartolomeo

Une monnaie passe-partout

Le bitcoin permet de transmettre des fonds d’une personne à l’autre sans intermédiaire, sans banque, sans surveillance ou régulation possible, sans qu’aucune autorité ou qu'aucun État ne puisse interrompre la transaction. Ces caractéristiques font de lui un moyen préféré pour les activités illicites et le blanchiment d’argent.

Mais le bitcoin sert aussi à contourner les mesures de contrôle monétaire de certains pays comme la Chine, à échapper aux mesures punitives du gouvernement russe, à transférer des fonds à l’abri du regard de gouvernements autoritaires ou lorsqu’il est impossible d’avoir accès à une banque.

Il peut servir de refuge lors de crises, comme à Chypre en 2013, où le gouvernement, au bord de la faillite, a puisé directement dans les comptes bancaires des citoyens.

« Les utilisations du bitcoin sont diverses », observe Mario Di Bartolomeo. « Et les raisons pour lesquelles les gens achètent et en vendent sont variables, et elles ne peuvent toutes s’effondrer en même temps, ce qui à mon avis, lui procurera une sorte de stabilité à long terme. »

On voit Mauricio et Mario Di Bartolomeo, dans une chambre, qui discutent par vidéoconférence avec leur frère Daniel. Mauricio et Mario Di Bartolomeo discutent avec leur frère Daniel. Photo : Radio-Canada

Le bitcoin utilise une technologie relativement lente, chère, et rébarbative. Mais les cryptomonnaies comme le bitcoin sont appelées à évoluer, et les utilisations pourraient se multiplier alors que les utilisateurs y trouvent de nouveaux avantages en comparaison avec les systèmes bancaires traditionnels.

Aujourd’hui, les frères Bartolomeo se sentent redevables au bitcoin. Ils développent des logiciels, des outils et des applications pour en favoriser l’adoption plus large. « Nous tenons à ce que les gens comprennent ce que le bitcoin permet, et comment il peut changer des vies », explique Mauricio. Bien sûr, rien ne dit qu’un bogue [ou] une perte de confiance généralisée puissent un jour réduire à néant toute cette expérience technologique, économique et monétaire.

Le reportage de Binh An Vu Van et Jeannita Richard sur les cryptomonnaies et les chaînes de blocs a été diffusé à Découverte, à ICI Radio-Canada Télé.

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