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Émissions de méthane : des hausses jamais vues depuis les années 1980

Une installation pétrolière et gazière située près de Cremona, en Alberta.

Une installation pétrolière et gazière située près de Cremona, en Alberta. De nouvelles technologies faisant appel à la force brute et à l'action volcanique artificielle sont en cours de développement pour mieux sceller des milliers de puits de pétrole et de gaz inactifs au Canada. Ces puits produisent des fuites de méthane, un gaz à effet de serre ayant un impact démesuré sur le réchauffement planétaire.

Photo : The Canadian Press / Jeff McIntosh

Francis Plourde

Les émissions de méthane (CH4) dans l'atmosphère augmentent à un rythme jamais vu depuis les années 1980. Dans la communauté scientifique, le mystère sur la source de ces émissions demeure, mais une certitude existe : si la tendance se maintient, il sera impossible d'atteindre les cibles de réduction des gaz à effet de serre établies lors de l'Accord de Paris sur le climat.

L’étude derrière ces conclusions, publiée récemment dans le journal scientifique Global Biogeochemical Cycles (GBC), s’est penchée sur les émissions de méthane à travers le monde entre 2014 et 2017.

Pour parvenir à leurs fins, les chercheurs se sont basés sur des échantillons hebdomadaires recueillis par la National Oceanographic and Atmospheric Administration (NOAA), l’agence américaine responsable de l’étude des océans et de l’atmosphère, ainsi que de données provenant d’une variété de partenaires, notamment Environnement Canada.

Les conclusions tirées de l’analyse de ces données sont jugées « très, très inquiétantes » par l’auteur principal et chercheur à l’Université de Londres, Euan Nisbet, qui rappelle l’importance de consacrer des efforts à la réduction des émissions

Cette étude mondiale confirme une hausse observée des émissions de méthane depuis 2007, mais aussi une accélération de cette tendance.

Entre 2014 et 2017, le taux d’émissions de méthane dans l’atmosphère a augmenté d’environ 10 particules par milliards par année.

Ces taux n’avaient pas été vus depuis les années 1980, une époque où l’industrie gazière connaissait un développement rapide en Union soviétique.

« On a retrouvé le rythme des années 1980 alors qu’avant on avait l’impression que ça s’était un peu calmé pour des raisons qui ne sont pas claires », analyse le coauteur de l'étude et chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE), Philippe Bousquet.

Graphique démontrant les émissions de méthane selon différents scénarios.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Selon les données obtenues trimestrielles obtenues par les chercheurs de la NOAA, la moyenne globale des émissions de méthane (les cercles verts) est en hausse comparativement aux prévisions faites dans les différents scénarios climatiques (ligne pleine, et lignes pointillées)

Photo : American Geophysical Union

Or, cette augmentation n’était pas prévue dans les modèles d’analyse utilisés pour déterminer les cibles de l’Accord de Paris sur le climat en 2015.

Selon le modèle utilisé pour fixer les objectifs à atteindre, l’équivalent de quatre scénarios avait été établi. « Aujourd’hui la trajectoire avec le méthane nous amène entre le pire et le deuxième scénario, explique Philippe Bousquet. Avec cette accélération, si ça continue, on se rapproche du pire scénario. Les implications sont assez directes. »

Plus puissant que le dioxyde de carbone

Selon la NOAA, le méthane produit environ 20 % des émissions de gaz à effet de serre.

S’il est beaucoup moins présent dans l’atmosphère que le dioxyde de carbone, le méthane est considéré comme étant 25 à 32 fois plus puissant en matière de réchauffement planétaire.

Dans la nature, le méthane se retrouve naturellement dans les zones humides et les tourbières ou encore dans les décharges.

La combustion des zones de feux assez dense entraîne aussi des émissions de méthane.

Vaches dans un champ.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des vaches Black Angus en Allemagne, le 7 novembre 2017. Les vaches produisent du méthane, un gaz à effet de serre plus puissant que le dioxyde de carbone.

Photo : The Associated Press / Michael Probst

L’industrie du gaz et du pétrole, de même que l’agriculture, sont aussi considérées comme étant émettrices de ce gaz.

La diversité de ces sources d’émissions complique le travail des chercheurs dans leurs recherches. « On n’a pas assez d’information aujourd’hui pour séparer toutes ces sources et pour expliquer la stagnation ou la hausse des émissions », souligne Philippe Bousquet.

Une hausse notable des émissions dans les tropiques

L’augmentation des émissions de méthane observée est particulièrement visible dans les zones tropicales et tempérées de l’hémisphère nord, selon l’étude, qui émet une série d’hypothèses sur les raisons derrière cette hausse.

Les raisons semblent tropicales et pourraient être liées aux zones humides, mais c’est compliqué d’invoquer seulement des causes naturelles parce qu’elles ont tendance à osciller.

Philippe Bousquet, chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement

Échelonnée sur une dizaine d’années, une hausse naturelle devient hautement improbable, rappelle le chercheur. « Ça rend plausible l’idée qu’il y ait aussi une cause anthropique. »

À la lumière des données recueillies, l'augmentation notée ne serait pas attribuable à la fonte du pergélisol dans le Grand Nord, une situation redoutée par la communauté scientifique.

Un casse-tête pour la réduction des émissions

Contrairement au CO2, la durée de vie du méthane dans l’atmosphère n’atteint qu’une douzaine d’années.

« [En s’attaquant au méthane], on pourrait gagner un peu de temps pour réduire les émissions de CO2, dit-il. Et en ce moment, ce n’est pas la trajectoire qu’on suit. »

Pour le spécialiste, il existe tout de même un espoir. Comparativement au CO2, la réduction des émissions de méthane demande des changements moins drastiques sur le mode de vie.

Une installation d'extraction de sables bitumineux près de la ville de Fort McMurray, en Alberta. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une installation d'extraction de sables bitumineux près de la ville de Fort McMurray, en Alberta. Une étude de l'Institut canadien de la recherche énergétique indique que l'industrie pétrolière et gazière pourrait économiser des milliards de dollars si les gouvernements mettaient en œuvre des mesures de réduction des émissions au lieu de simplement exiger des réductions à chaque source émettrice.

Photo : The Canadian Press / JASON FRANSON

Ces gaz sont liés à l’agriculture, à l'extraction gazière et pétrolière ainsi qu'à des émissions provenant des décharges, rappelle Philippe Bousquet.

« Ce sont des émissions qui pourraient être captées, brûlées et transformées en énergie et qui ne se retrouveraient pas dans l’atmosphère. [En s’y attaquant], on pourrait générer de l’activité économique tout en réduisant les émissions de méthane », souligne M. Bousquet.

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